Publié le 26/04/2017 à 17:00 / Annie Laurie

Aléa climatique

La semaine dernière, le gel a sévi dans le Diois, les Baronnies, le Nyonsais... de façon hétérogène mais sévère en certains endroits.

Noyau d'abricot partiellement touché par le gel (marbrures ponctuelles).

Voici un point fait ce début de semaine sur les dégâts causés par l'épisode de gel survenu entre le 19 et le 22 avril. Il est cependant encore trop tôt pour estimer précisément les pertes.

Toute l'AOC clairette de Die touchée

Dans le Diois, les matins des 19, 20 et 21 avril, la température est descendue à - 3 et jusqu'à - 7°C dans le Haut-Diois, à Châtillon, Menglon... et même à Piégros-la-Clastre. Un courant d'air froid est passé. Les dommages dans les vignes sont variables selon les secteurs, l'exposition. « Toute l'AOC est malheureusement touchée. Le gel est hétérogène mais sévère », déplorait Olivier Malet, conseiller viticole à la Cave Jaillance. Le président du syndicat de la clairette de Die et des vins du Diois, Fabien Lombard, a constaté des dégâts dans la partie basse de ses vignes mais aucun en hauteur près du vieux village de Suze. « Un épisode assez rare, observait-t-il lundi. C'est l'étendue du gel qui pose problème. Il n'y avait pas eu ce type de gel depuis 1991. Il y aurait eu un épisode semblable en 1945. Il est trop tôt pour se prononcer sur le pourcentage de perte global. Mais toutes les communes de l'AOC ont une partie de leur territoire touchée, pas une n'est épargnée. »
Le syndicat de la clairette de Die et des vins du Diois, la chambre d'agriculture et la Cave Jaillance ont engagé une évaluation des dégâts. Fabien Lombard tient cependant à rassurer les amateurs de clairette de Die : « Pendant trois ans, le rendement à l'hectare a été augmenté pour reconstituer les stocks et, ainsi, pouvoir faire face à une mauvaise année. Il n'y aura donc pas de problème de disponibilité pour les consommateurs. Mais pas de raisins cette année signifie des soucis de trésorerie pour des viticulteurs l'an prochain ». Aussi, le conseil d'administration du syndicat doit rencontrer les services de l'État ce 28 avril en vue de faire le point et adapter un dispositif en fonction de l'étendue des dégâts.

 

Jeune vigne du Diois grillée par le gel.

Noyers, luzernes du Haut-Diois

Dans le Haut-Diois, les noyers ont aussi subi le gel. Au plus froid, « il a fait - 4°C le 19, - 6 le 20 et - 4 le 21, indiquait Jean-Louis Mancip (Montlaur-en-Diois). La récolte sera pénalisée mais à quel niveau ? La deuxième floraison compensera-t-elle ? Il est trop tôt pour le dire, on en saura plus dans trois semaines à un mois. » En lavande, selon Alain Aubanel (Chamaloc), « il n'y a pas trop de soucis dans le Diois ». Par contre, dans le Haut-Diois, les luzernes ont gelé. Elles se sont même cassées, obligeant à faucher en urgence.

Sud-Drôme : des secteurs touchés jusqu'à 100 %

Dans les Baronnies, la situation de la lavande suscite plus d'inquiétude : « On m'a signalé une cinquantaine d'hectares où il n'y aura pas de récolte », expliquait Alain Aubanel. « Une perte de fonds liée à la sécheresse de l'automne 2016 cumulée avec le coup de froid de fin décembre-début janvier », complète Pierre-Yves Mathonnet, conseiller Ppam(*) à la chambre d'agriculture. Et d'ajouter : « La semaine dernière, il n'y a pas eu gel sur épis. Il ne devrait pas y avoir d'incidence sur le rendement ».
Ce gel a provoqué des dégâts sur vignes et fruits dans les Baronnies ainsi que le Nyonsais. Il a sévi quatre matins de suite, du 19 au 22 avril, explique Jean-Marc Philibert, président du syndicat de l'abricot des Baronnies. La température a chuté à - 3,5° C en certains endroits et jusqu'à - 8° à Vercoiran, Saint-Auban-sur-l'Ouvèze, Rémuzat, Chauvac. Des cerises, abricots, coings et prunes sont touchés à 100 %. La commune de Sainte Jalle l'est aussi à 100 %. Sur l'exploitation de Jean-Marc Philibert (Saint-Sauveur-Gouvernet), les pertes atteindraient 70 à 80 %. D'autres zones de cette vallée ne sont pas touchées. Sahune fait partie des rares communes épargnées.

Dégâts de gel sur abricots

Sur l'ensemble des Baronnies, les dégâts seraient de l'ordre de 50 %, d'après Benoît Chauvin-Buthaud, conseiller arboriculture à la chambre d'agriculture. « Ils sont très variables selon les secteurs, l'altitude, l'exposition au mistral », précisait-il. Pour le Nyonsais, il faisait le même constat. A Saint Pantaléon-les-Vignes, des parcelles sont « grillées à 80 % ». Et de signaler encore que des fruits dont le noyau présente des marbrures ponctuelles peuvent tomber avant la récolte : « Il est malheureusement raisonnable de considérer ces fruits comme perdus ».
Sandrine Roussin (Tulette) et Serge Roux (Piégon) signalaient des dégâts de gel dans la vallée de l'Eygues jusqu'à Tulette, sur des parcelles situées près de la rivière. « La température est tombée entre - 3 et - 4°C, suivant les endroits, expliquait la première. Elle a baissé de 5 à 6 °C en une heure au lever du jour. » Et Julien Vigne, conseiller viticulture à la chambre d'agriculture, ajoutait mardi dernier : « Les dégâts sur vignes sont hétérogènes. Ils vont de 10 à 100 % selon les situations, le long des rivières Eygues, Ouvèze, Ennuyé et Lez. La vague de froid du 21 avril, de type gelée noire, a occasionné des dégâts importants sur Rousset-les-Vignes, Saint-Pantaléon-les-Vignes, Venterol, Mirabel-aux -Baronnies, Piégon... »

Dégâts limités ou peu significatifs en d'autres secteurs

Sur leurs secteurs, Frédéric Lérat (Savasse) et Michel Baude (Châteaudouble) n'ont pas constaté de dégâts de gel. A Loriol, la température est descendue jusqu'à - 3,5°C dans la nuit du 21 au 22 avril. « Quelques dégâts du gel sont observés sur pêches et abricots dans les bas fonds de parcelles mais très limités, remarquait Marc Fauriel mardi passé. Il semble que les pommes ne sont pas touchées et les kiwis peu, malgré une panne du réseau d'irrigation qui a empêché de protéger ces derniers. Il s'agit d'un froid atypique qui a concerné des zones où il ne gèle pas habituellement. Les dégâts sont difficiles à quantifier aujourd'hui. S'ils en restent là, ce ne sera pas trop grave ».
Sur le Nord-Drôme, Grégory Chardon (La Roche-de-Glun) signalait « peu ou pas de dégâts en arboriculture et viticulture ». Concernant les côtes-du-rhône septentrionales, « quelques parcelles peuvent être touchées mais c'est insignifiant, pour le moment », notait Pierre Combat (Mercurol).
Mobilisée, la FDSEA invite les agriculteurs à faire remonter, via son réseau, les informations sur cet épisode de gel. Elle les encourage aussi à signaler les situations de gel à leurs mairies. Celles-ci peuvent, en effet, en faire part à la DDT et, ainsi, appuyer la voix des professionnels.

Annie Laurie

(*) Ppam : plantes à parfum, aromatiques et médicinales.

 

Lire également l'article en page 11 (III).

 

Gel /
L'Etat se mobilise
Le ministère de l'Agriculture se prépare à des mesures d'indemnisation des producteurs après le gel de la semaine dernière dans les vignobles et vergers, indique-t-il dans un communiqué publié le 24 avril. Les pertes de récolte arboricoles pourront être indemnisées dans le cadre du régime des calamités agricoles. Dans le secteur viticole, elles ne relèvent pas de ce régime « mais ce dernier pourra être activé pour les pertes de fonds, si les dommages impactent la récolte 2018 ». De plus, Stéphane Le Foll a demandé aux préfets « de tout mettre en place pour que les exploitants concernés » puissent bénéficier des mesures comme l'accès au chômage partiel pour leurs éventuels salariés, le dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti pour les parcelles touchées par le gel et le report du paiement des cotisations sociales.
Mots clés : ARBORICULTURE VITICULTURE BARONNIES DÉGÂTS DE GEL NYONSAIS DIOIS VIGNOBLE CLAIRETTE DE DIE