Publié le 19/02/2017 à 19:30 / Christophe Ledoux

FNSEA

Le président de la FNSEA, Xavier Beulin, est décédé d'une crise cardiaque ce dimanche 19 février. De nombreuses réactions ont suivi cette disparition.

Xavier Beulin décédé d'une crise cardiaque

 

Le président de la FNSEA Xavier Beulin est décédé d'une crise cardiaque a-t-on appris ce dimanche 19 février auprès de la FNSEA et auprès du groupe Avril qu'il présidait également. Il avait 58 ans. Il devait s'exprimer cette semaine devant la presse pour présenter la présence de sa fédération au Salon de l'Agriculture et comptait aussi faire le point sur le programme d'aides au refinancement des exploitations agricoles.

Xavier Beulin avait décidé de postuler pour un nouveau mandat de président de la FNSEA, à l'occasion du prochain congrès de la centrale syndicale qui doit se tenir à Brest fin mars. Xavier Beulin avait été élu à la tête du syndicat en 2010, prenant la succession de Jean-Michel Lemétayer. Dans une interview à Agra Presse, il avait confié avoir hésité à solliciter le renouvellement de son mandat, évoquant « la charge, qui est lourde ». Il avait décidé de poursuivre sa mission, car « je crois pouvoir encore porter au nom des agriculteurs, un projet. Il consiste à faire reconnaître la diversité de l'agriculture française mais aussi à libérer les énergies dans ce secteur, tout en faisant reconnaître le besoin de politiques publiques. »

Xavier Beulin devait assister au congrès de la FDSEA de la Drôme, le 9 mars prochain à Montélimar.

 

Xavier Beulin une vision économique du syndicalisme agricole

C'est quelques jours après avoir annoncé vouloir briguer un nouveau mandat comme président de la FNSEA que Xavier Beulin vient de décéder d'une crise cardiaque. Président du premier syndicat agricole français depuis 2010, il avait hésité à se représenter à nouveau mais s'y était résolu, « malgré la charge, qui est lourde ». Il avait décidé de poursuivre sa mission, car « je crois pouvoir encore porter au nom des agriculteurs, un projet. Il consiste à faire reconnaître la diversité de l'agriculture française mais aussi à libérer les énergies dans ce secteur, tout en faisant reconnaître le besoin de politiques publiques. » Il portait en lui une vision modernisée, avant tout économique de l'agriculture.

Un style nouveau

Xavier Beulin avait apporté un style nouveau à la FNSEA. Patron de Sofiprotéol (renommé et transformé en groupe Avril depuis) à l'époque de son élection comme président de la centrale syndicale, il avait une claire notion des enjeux industriels et stratégiques des filières. S'il était critiqué pour cette double casquette par certains, lui, au contraire, revendiquait cette double responsabilité pour ce qu'elle lui apportait de culture économique au service des agriculteurs. Lui-même, à la tête de la fédération des producteurs d'oléoprotéagineux (FOP) à la suite de Jean-Claude Sabin, savait ce que c'était que de bâtir une filière prospère, avec des cartes maîtresses dans l'aval industriel (Lesieur, Diester, etc.) malgré (ou à cause de) une très faible protection de la part de la politique agricole commune. Lors de son élection, il croyait fermement que l'avenir de l'ensemble de l'agriculture passait par ce modèle. De fait, il savait que la protection européenne, écartelée entre des intérêts nationaux trop divers, ne protégerait et ne soutiendrait bientôt plus l'agriculture comme par le passé. Il ne cessait de répéter, encore récemment, que les agriculteurs devaient trouver des solutions par eux-mêmes, en créant des filières solides, solidaires, avec un amont agricole exerçant le rôle principal. Le rôle de l'Etat devait être avant tout de créer des conditions permettant à ces filières de se développer.

Les crises de l'élevage

Les crises de l'élevage mais aussi des grandes cultures ont, depuis, rattrapé cette vision mais n'ont pas changé son discours. Tout en bataillant pour un soutien public aux plus touchés par la crise, sur lequel il devait d'ailleurs revenir à la veille du salon de l'agriculture 2017, il insistait toujours sur l'importance des négociations commerciales pour que les agriculteurs retrouvent de la rentabilité. Le processus des négociations doit être inversé, expliquait-il. Non pas partir de baisses des prix consommateurs pour aboutir à des prix agricoles mais partir des charges payées par les paysans pour aboutir ensuite à des prix consommateurs. Toujours plus confiant dans les rouages de l'économie, les progrès de la recherche et des technologies, que dans des subventions ou protections gouvernementales, il se voyait parfois critiqué par des agriculteurs eux-mêmes, au plus fort de la crise de l'élevage, qui demandaient que les pouvoirs publics interviennent dans la fixation des prix.
Plus généralement, Xavier Beulin estimait que la politique économique devait abandonner l'obsession de la demande pour adopter une politique de l'offre qui contribuerait à relancer l'emploi et donc le pouvoir d'achat.

Relations difficiles avec Stéphane Le Foll

Une stratégie syndicale qui insistait tout autant sur la diversité des formes d'agriculture, circuits courts, bio, agriculture raisonnée, pluriactivité, etc., dès lors que ces diverses agricultures trouvaient leur marché. Quant aux contraintes écologiques, celles-ci ne devaient pas se traduire par des excès de complexité administrative et devaient préserver la rentabilité des exploitations. Il se disait toujours choqué de voir le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, davantage mettre en avant l'écologie que l'économie du monde agricole, dans son projet d'agroécologie. Entre les deux hommes, le courant n'est jamais bien passé, allant parfois jusqu'au conflit ouvert et un congrès de la FNSEA 2016 très dur. Si dur que Xavier Beulin en était lui-même embarrassé. Ses relations étaient bien plus cordiales avec le président de la République ou le Premier ministre Manuel Valls qu'avec Stéphane Le Foll. Les premiers représentaient souvent un recours, notamment ces derniers mois pour face à la crise agricole.

«Une charge lourde»

Dans une interview le 26 janvier, Xavier Beulin avait confié avoir hésité à solliciter le renouvellement de son mandat, évoquant « la charge, qui est lourde ». Il avait décidé de poursuivre sa mission, car « je crois pouvoir encore porter au nom des agriculteurs, un projet. Il consiste à faire reconnaître la diversité de l'agriculture française mais aussi à libérer les énergies dans ce secteur, tout en faisant reconnaître le besoin de politiques publiques. » « Nous sommes dans une situation où les agriculteurs subissent trois crises, expliquait-il, une crise économique, une crise sanitaire, et une autre, climatique. Partir aujourd'hui n'était pas satisfaisant. Plusieurs engagements sont loin d'être aboutis. L'agriculture n'est pas un secteur comme les autres. Il est très exposé, tant sur des contextes économiques que sur des exigences environnementales ou sociétales.»

Que l'agriculture française retrouve son rang en Europe

Quant aux priorités qu'il s'était fixées, « la première c'est que l'agriculture française retrouve son rang en Europe, un rang qu'elle a largement abandonné à ses voisins ces dernières années. Cela implique, pour libérer les énergies, des mesures, sans doute très ciblées comme la fiscalité ou le statut. Le deuxième objectif concerne la place des agriculteurs dans ce pays. Les enquêtes d'opinion montrent que la population aime les agriculteurs, mais elle en fait souvent des boucs émissaires pour tout et rien. Voyez les émissions multiples qui sont à charge, ou encore ce qui se diffuse sur les réseaux sociaux. C'est affligeant.» Le troisième objectif de Xavier Beulin était « la question de savoir si nous sommes capables d'adapter l'agriculture, dans sa diversité, à des besoins d'efficacité économique. »

Un orateur efficace

Cette vision avant tout économique plutôt que revendicatrice du syndicalisme agricole n'empêchait pas le président de la FNSEA d'être un orateur efficace, entraînant ses troupes vers des directions qui pouvaient les surprendre elles-mêmes. S'il était rarement à l'origine de manifestations de rues, il ne s'y opposait pas, dès lors qu'il sentait que la base devait s'exprimer ainsi.
Gros travailleur, hyperactif, même, l'allure plutôt sportive, il se déplaçait souvent en moto, ce qui lui avait valu un accident un jour en venant à Paris. La mort l'a saisi alors qu'il considérait sa mission comme non encore terminée. Sa succession à la tête de la FNSEA aura lieu à l'occasion du prochain congrès de la centrale syndicale, à Brest, fin mars.

 

Nombreuses réactions après le décès de Xavier Beulin
De nombreuses réactions ont suivi le décès du président de la FNSEA Xavier Beulin, annoncé le 19 février. « Il s'agit d'une perte majeure pour la France », a commenté le président de la République François Hollande. Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a salué « un pilier du mouvement syndical agricole ». « Avec lui, au-delà de nos différences, j'ai toujours travaillé à trouver des solutions pour soutenir une agriculture qui traverse des moments difficiles », a affirmé le ministre. La Confédération paysanne a reconnu qu'au-delà de leurs divergences, « le décès de Xavier Beulin est un choc pour l'agriculture ». Tandis que les organisations qu'il présidait, la FNSEA et le groupe Avril ont réagi les premières, Claude Cochonneau, président de l'APCA (chambres d'agriculture) a constaté que « l'agriculture française perd un grand responsable ». Il faut noter aussi l'émotion de la FRSEA de sa région Centre Val-de-Loire, les hommages de la FCD (Commerce et distribution), du patron de la Sopexa Jean-René Buisson ainsi que les réactions de François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, candidats à la présidentielle, de même que Manuel Valls, François Bayrou et du FN. D'autres membres du gouvernement se sont également exprimés, à l'instar de Ségolène Royal ou Jean-Marc Ayrault. Le premier ministre Bernard Cazeneuve le décrit comme « un grand chef d'entreprise », rappelant que Xavier Beulin défendait l'idée que ses activités « concourraient à construire l'agriculture de demain ».

 

 



 


 


 

 


 

Mots clés : XAVIER BEULIN