Publié le 17/03/2019 à 06:00 / Béatrice Dupin

Zoom sur l’usine d’un fabricant de tracteurs

Cavaillon ne produit pas que d’excellents melons ! La ville accueille depuis six ans la firme Kubota, premier fabricant de moteurs diesel au monde. Ce fleuron de la haute technologie nippone, certifié Iso 9001, ré-assemble en Vaucluse une dizaine de tracteurs par jour, livrés en France, en Italie et en Suisse.

Au fil de la chaîne de montage des tracteurs, dans l’usine Kubota de Cavaillon. ©F. Pabst

«Nous avons choisi Cavaillon pour sa position stratégique, à deux pas de l'autoroute et à 70 km de Fos-sur-Mer, et pour ces coûts logistiques moindres, explique Hervé Orio, directeur logistique de Kubota. Nous recherchons toujours la proximité avec nos clients. Avec l'autoroute, nos conteneurs en provenance du Japon (554 en 2017 et 800 en 2018, ndlr) sont réceptionnés à Cavaillon dans les meilleurs délais. Puis, nos tracteurs sont livrés rapidement par camion en France, en Italie et en Suisse. »
L'usine Kubota a été d'abord installée, il y a six ans, au nord de Cavaillon sur 6 000 m², avant de déménager, en 2015, à l'ouest dans la Zac « Bords de Durance » sur un site de presque 18 000 m², pour faire face à son rapide développement. En 2014, la production était de 841 tracteurs, 962 en 2015, 1 372 en 2016. En 2017, le site cavaillonnais a ré-assemblé 1 424 tracteurs ; et il a atteint les 1 554 expéditions fin septembre 2018, soit une augmentation de 76,2 % de tracteurs produits sur la période de janvier à septembre, entre 2017 et 2018.

Positionnement du tracteur en début de chaîne. ©F. Pabst

490 tracteurs en attente de montage

Ce qui frappe sur ce site doté d'un grand bâtiment, ce sont ces racks qui montent jusqu'au plafond et où sont entreposées toutes les pièces détachées. Et, plus impressionnant encore, le stockage en rack des tracteurs pré-montés, installés sur trois étages superposés. Une prouesse technique que les autres entités du groupe viennent admirer de loin. « C'est une particularité de notre site, haut de plafond », souligne Hervé Orio, fier d'avoir imaginé ce système ingénieux, où la pose et la dépose des tracteurs est toutefois une manœuvre délicate. « Ce système de stockage nous permet d'entreposer 490 tracteurs en attente de leur montage » souligne-t-il.
Si une bonne moitié du site stocke des tracteurs compacts, ou du matériel de parcs et jardins assemblés par le concessionnaire, la partie restante est exclusivement réservée au ré-assemblage des tracteurs. En effet, la particularité du site de Cavaillon est de ré-assembler les tracteurs en provenance du Japon, et d'y rajouter ensuite les accessoires répondants aux marchés locaux. En effet, l'intégralité des pièces (sauf les pneus) est fabriquée au Japon, avec un pré-assemblage partiel sur le site nippon (notamment le moteur avec sa transmission, sa carrosserie et sa cabine vide).

Une montagne de pneus entreposés dans l’immense site de presque deux hectares... ©F. Pabst

Traçabilité assurée en permanence

Dans le détail, à Cavaillon, une seule chaîne de montage permet l'assemblage des modèles M4 (de 60 à 70 CV) et M5 (de 85 à 110 CV). Toutefois, elle est précédée d'une chaîne de montage spécifique pour les cas particuliers, notamment les commandes portant sur des tracteurs équipés de prise de force avant, de relevage avant, de chargeur frontal ou encore de crochet ramasseur. « Selon le type de modèle commandé et les aménagements à réaliser, le montage peut s'échelonner sur une période allant de quelques heures à trois jours... », explique Antoine-Marie Schoepfer, responsable du site de Cavaillon.
Au départ de la chaîne, qui comprend huit zones, le tracteur attend son stock de pièces détachées, légères et dûment étiquetées avec le code barre de la commande. Puis, la chaîne se met en marche à une vitesse de 17 cm par minute. Chaque technicien monteur dispose d'environ 45 minutes pour poser les petites pièces et les plus grosses, qui arrivent directement dans la zone concernée afin d'éviter les manipulations lourdes. Tout est contrôlé et recontrôlé, notamment le serrage des pièces. A chaque opération, le technicien appose sa signature sur une fiche détaillée, la traçabilité étant assurée en permanence. En fin de chaîne, après la pose des roues, le matériel passe au banc d'essai pour vérifier le roulage, les freins, les niveaux ; et un nouveau contrôle digital s'opère, avec affichage de la valeur de serrage des pièces, sans oublier quelques litres de carburant... Enfin, toutes les fiches de contrôle sont scannées et envoyées au Japon chez Kubota, qui délivre le certificat de conformité.
Actuellement, le site de Cavaillon compte 14 personnes spécifiquement affectée à la logistique (Nippon Express). Elles assurent la préparation des commandes et l'alimentation de la chaîne d'assemblage. Cette première équipe est complétée d'une seconde, dédiée au montage des tracteurs, comprenant 16 personnes en contrat intérimaire et 7 autres en CDI. En outre, la société de transport Channelfret (Orange) est intégrée et possède son bureau sur place, idéal pour coordonner les livraisons au plus près des besoins.

Accelérer la montée en puissance

Dans une atmosphère zen mais concentrée, le site de Cavaillon assure une production fidèle à la réputation nipponne : « Nous sommes à l'écoute de nos utilisateurs clients, nous misons énormément sur la fiabilité de notre produit ainsi que de nos pièces de rechange », conclut le directeur de Kubota Europe, François Schmitt. D'ailleurs, forte de ces capacités, l'entreprise entend poursuivre son développement et accélérer la montée en puissance de la production, via notamment l'installation d'un nouveau banc d'essai. 

Francis Pabst, CLP

Autour du directeur de la division tracteur de Kubota Europe, François Schmitt, le directeur logistique, Hervé Orio, le directeur de production du site de Cavaillon, Antoine Marie Schoepfer, le président de KRD, concessionnaire Kubota de Cavaillon. ©F. Pabst

 

En savoir plus / L’organisation de Kubota

En 1890, Gonshiro Kubota (1870-1959) fabrique des tuyaux en fonte pour la distribution de l’eau et invente, en 1922, le premier moteur alimenté en kérosène. La firme Kubota crée en 1960 le premier tracteur agricole au Japon avant de fonder, en 1974, sa première société de distribution en Europe. En 2017, le chiffre d’affaires de Kubota atteint 13,8 milliards d’euros, l’entreprise comptant 39 000 employés et 21 usines dans le monde, dont deux en France. Elle produit et commercialise plus de 20 000 produits : tracteurs, moteurs (elle équipe aussi les véhicules sans permis Aixam), pompes, véhicules utilitaires, tondeuses, solutions à membranes, moissonneuses, mini-pelles et chargeuses sur roues, vannes, tuyaux en fonte, machines agricoles, unités de traitement des eaux, planteuses de riz, systèmes de contrôle et de mesure pour les pesées.
En 2017, Kubota a réalisa 7,1 % de parts de marché du tracteur en Europe. L’entreprise est par ailleurs leader mondial pour les moteurs diesel jusqu’à 100 CV, premier fabricant de mini-pelles jusqu’à 8 tonnes en Europe et dans le monde. Et elle occupe le premier rang des fabricants de machines agricoles au Japon.
En Europe, ses actifs sont gérés par Kubota Europe SAS. La société, basée à Argenteuil depuis 1974, emploie 300 personnes, possède deux filiales (Italie et Hollande) et cinq importateurs (Luxembourg, Belgique, Autriche, Suisse) ainsi que 450 points de vente. Kubota Europe a également créé en 2015 une autre usine de production à Bierne, près de Dunkerque.
Mots clés : USINE CONSTRUCTION DE TRACTEURS KUBOTA CAVAILLON VAUCLUSE