Publié le 07/07/2020 à 08:15 / Béatrice Dupin

Remaniement ministériel



©gouvernement.fr

A quelques jours près, Didier Guillaume n'aura pas eu le temps de finaliser sa réforme de la gestion des risques agricoles. Alors qu'il devait s'exprimer mi-juillet sur ce dossier qu'il porte de longue date, le Premier ministre lui a finalement trouvé un remplaçant, ce 6 juillet. C'est Julien Denormandie qui a été nommé au poste de ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Né en 1980, Julien Denormandie est un ingénieur agronome (AgroParisTech) et un haut fonctionnaire rattaché au corps des Eaux et Forêts (Ipef), ce qui n'avait plus été le cas d'un ministre de l'Agriculture depuis le mandat de Pierre Méhaignerie (1977-1981).
Julien Denormandie était jusqu'ici ministre en charge de la Ville et du Logement, et auparavant secrétaire d'État auprès du ministre de la Cohésion des territoires. Proche d'Emmanuel Macron, il a été son directeur adjoint de cabinet lorsqu'il était ministre de l'Économie, et l'un des principaux artisans de sa campagne à l'élection présidentielle.
Pas de fusion ministérielle donc ; la rue de Varenne n'a pas été rattachée à l'Écologie ou à l'Économie, comme le craignait le syndicalisme majoritaire.

Surprise de Didier Guillaume

Du côté de Didier Guillaume et de son équipe, c'est la surprise et la déception. « Si l'on m'avait dit il y a 48 heures que je serais là ce matin pour la passation de pouvoirs avec Julien (Denormandie, ndlr), je ne l'aurais sûrement pas cru. » C'est ainsi que l'élu de la Drôme a commencé son discours de passation, le 7 juillet, affichant sa surprise d'être démis de ses fonctions, et mettant en avant la dureté du jeu politique. Mais « les cimetières sont pleins de gens irremplaçables », a-t-il poursuivi. Et d'enchaîner par l'éloge de son successeur, de « ses qualités humaines, professionnelles, sa connaissance des dossiers agricoles et de la forêt ». Car, note-t-il, en désignant les fonctionnaires de l'administration centrale présents lors de la cérémonie : « n'oubliez pas que le ministre est un Ipef (ingénieur des ponts et forêts, ndlr) et il y en a beaucoup ici ».

« Je serai le ministre des agriculteurs »

Pour son premier discours, Julien Denormandie n'a pas donné signe de redirection particulière. « Je serai le ministre des agriculteurs, à leurs côtés, fier de leur travail que je connais bien, je serai le ministre également d'une alimentation française durable, accessible à tous », a conclu le nouveau ministre de l'Agriculture le 7 juillet lors de la passation de pouvoirs. Il s'est affiché dans la continuité de son prédécesseur et des États généraux de l'alimentation. Il n'a pas évoqué les dossiers d'actualité portés par Didier Guillaume, comme la gestion des risques climatiques, ou l'organisation d'une grande conférence à la rentrée sur la souveraineté alimentaire. Il a toutefois plaidé pour « renforcer à l'échelle européenne notre souveraineté », et affiché sa détermination pour que « l'agriculture et l'alimentation soient des éléments importants du plan de relance ». S'affichant enfin en homme de « dialogue », il a annoncé qu'il recevra « dans les prochains jours » syndicats et organisations professionnelles. 

M. R.

 

Réaction / L’APCA demande un ministre  qui « accompagne les transitions »
Réagissant à la nomination d’un nouveau ministre de l’Agriculture le 6 juillet, le président de l’APCA (chambres d’agriculture), Sébastien Windsor, souhaite un ministre « à l’écoute » et qui « accompagne les transitions » auxquelles sont confrontés les agriculteurs. « L’agriculture vit une crise et des difficultés importantes, avec une moisson qui s’annonce compliquée, une sécheresse, des difficultés liées aux ravageurs, des attentes très fortes de la société et une restructuration économique, résume-t-il. Il faut accompagner les agriculteurs dans ces transitions ». S’adressant aux trois ministres, de l’Agriculture, de la Cohésion des territoires, et de la Transition écologique, l’agriculteur de Seine-Maritime demande « une politique plus incitative et moins coercitive, une politique d’accompagnement des agriculteurs dans le changement ». Et de mettre en avant les propositions faites ces derniers mois par son réseau, au travers du plan stratégique des chambres d’agriculture pour 2025, ou du plan de relance. « Voyons-nous et regardons ensemble les propositions que nous pouvons mettre sur la table », conclut Sébastien Windsor. 

 

Transition écologique / Barbara Pompili remplace  Élisabeth Borne
Autre changement notable de ce remaniement : la députée LREM Barbara Pompili a été nommée ministre de la Transition écologique. Elue dans la Somme depuis 2012, cette ancienne d’EELV a été une fervente opposante au projet de Ferme des 1 000 vaches dans son département.
De 2016 à 2017, elle fut brièvement secrétaire d’État chargée de la Biodiversité, sous la présidence de François Hollande. Lors de sa passation de pouvoir le 7 juillet avec Élisabeth Borne, Barbara Pompili a considéré sa prise de fonction comme « un symbole de continuité » pour l’État. « Je me garderai bien d’établir tout de suite un programme d’action », a prévenu Barbara Pompili. Ce programme sera construit progressivement « en concertation large » avec les associations, les parlementaires, les collectivités locales et les entreprises. « Nous aurons à concrétiser les travaux de la Convention citoyenne sur le climat », a précisé la nouvelle ministre, reconnaissant avoir partagé « certains doutes », lors du lancement de l’initiative il y a un an. 

Barbara Pompili

Mots clés : MINISTRE DE L'AGRICULTURE BARBARA POMPILI JULIEN DENORMANDIE GOUVERNEMENT CASTEX