Publié le 06/11/2016 à 06:00 / Béatrice Dupin

Patrimoine et traditions

Dans la Drôme, plusieurs groupes d'arts et traditions populaires perpétuent les danses, musiques et chants d'autrefois. De véritables témoignages vivants concernant la vie d'autrefois. La vie dans les champs y est souvent abordée.

Autrefois, on dansait avec les outils que l'on avait utilisés dans la journée.

Mercredi, 15 heures. Au premier étage de la maison des associations, à Romans-sur-Isère, un groupe d'enfants s'élance sur la piste de danse. Le rituel est le même chaque semaine. « Chibri chibra  », « la guimbarde » ou encore le « rigaudon dauphinois » font parties de ces danses qu'ils prendront plaisir à apprendre au son de la vielle à roue, du violon, de la flûte traversière et du bachat. Et oui, on peut s'épanouir – même au XXIème siècle – à travers la pratique des danses d'autrefois. Le groupe d'arts et traditions populaires Empi et Riaume a été créé en 1934. Un nom tiré du cri des mariniers du Rhône, qui lançaient sur leurs embarcations « Pique à l'Empi, Bute au Riaume ». Comprenez ainsi le Saint-Empire romain germanique et plus précisément le Dauphiné (Drôme, Isère, Hautes-Alpes). Le « Riaume » était en revanche le Royaume de France, soit le Vivarais (l'Ardèche).

Les scènes de la vie quotidienne

Collecter, former, transmettre sont autant de valeurs que le groupe s'efforce de respecter. Et aujourd'hui, la jeune génération est présente pour relayer à son tour les gestes et traditions d'antan. Les différentes danses font en tout cas la part belle à la vie quotidienne d'autrefois. Et parmi elles, des danses saisonnières qui rappellent notamment les fêtes de moisson, les vendanges, etc. « Le groupe est né dans les années 1930. À l'époque, il s'agissait de conférences avec quelques danses et saynettes. Le nom "Empi et Riaume" n'était pas encore utilisé, on parlait des "amis de Mistral". Dans les années 1950, nous avons poursuivi la collecte de danses afin d'enrichir le répertoire, raconte Michel Riotord, qui est encore aujourd'hui membre du groupe d'arts et traditions populaires. Nous allions dans les campagnes. Dans les fermes, on dansait encore quelquefois. Je m'en rappelle très bien : les dimanches, à sept ou huit, nous montions dans une vieille camionnette, très souvent conduite par mon père. Nous avions parmi nous un musicien. Dès qu'il entendait une musique, il la jouait aussitôt. Cela mettait en confiance, et on nous montrait les danses. »

Parmi le répertoire du groupe, 
la danse des vendangeurs.

Tous savaient danser

Lui, comme tant d'autres, a ainsi dansé la bourrée des serpettes, le rat du Vercors, la danse des bergers ou encore celles des balais. Autant d'histoires à raconter. « Après avoir fauché le blé, il était mis en gerbe. Celles-ci étaient stockées dans la grange. Puis, on les battait au fléau afin d'obtenir les grains de blé. Quand on arrivait au dernier rang des gerbes, nous retrouvions des nids de souris. Pour les chasser, on faisait alors appel au meneur de rats. Il y avait les chats, aussi. », explique Michel Riotord. L'homme était censé les attirer vers l'extérieur. Avait-il un produit sur la main pour les faire fuir ? Etait-ce un moyen efficace ? La danse ne le dit point. Mais celle-ci dégage en tout cas un certain enthousiasme et beaucoup de convivialité. Et contrairement à aujourd'hui, les agriculteurs n'avaient nullement besoin de répétitions, ceux-ci savaient en effet tous danser. Les plus habiles sautaient peut-être un peu plus haut que les autres. Il faut dire que toutes les occasions étaient bonnes pour s'amuser. « Ces danses leur permettaient aussi de se défouler. Ils avaient bien bu aussi parfois, le vin coulait à flot  », précise encore Michel Riotord.

Des chanteurs complètent les effectifs du groupe romanais.

Des moments de convivialité

En règle générale, on dansait toujours au terme d'un gros travail. Qui plus est lorsque les récoltes étaient bonnes. Les paysans dansaient même avec les outils qu'ils utilisaient tout au long de la journée. « Au terme d'une grosse corvée, les voisins qui avaient aidés pendant la journée étaient invités au repas du soir. La bonne humeur était de mise et la soirée se terminait souvent par quelques danses où l'on brandissait les serpettes des moissons, les balais de nettoyage de l'aire de battage, etc. », explique encore Michel Riotord. Fauchage à la faux, balayage de l'aire de battage, rassemblement des gerbes, transport des raisins dans les hottes, fabrication des gerbes : autant de gestes que l'on retrouve dans les danses. Mais celles-ci ont sans doute évolué au fil des années. « La danse des vendangeurs ne devait pas se danser dans les vignes comme nous le faisons. Par la force des choses, il y a eu une certaine mise en scène à Empi et Riaume », souligne encore Michel Riotord. L'homme se rappelle également d'une danse concernant les muletiers. « Ils sautaient d'un âne à l'autre paraît-il », explique-t-il. 
Aurélien Tournier

 

Empi et Riaume recrute (toujours)
Michel Riotord était proche de la terre, de la campagne. Une approche que n'ont pas forcément les jeunes aujourd'hui. Mais Empi et Riaume recherche toujours de nouvelles forces vives. Pourquoi exécuter encore ces danses ? Les motivations sont diverses. Certains sont tombés dedans lorsqu'ils étaient petits. Comme ce fut le cas de Céline Bully, qui a rejoint les rangs dès l'âge de six ans. Aujourd'hui, toute sa famille monte sur scène, comme si le terroir était inscrit dans leurs gênes. Pour tous, il s'agit d'une image et de tranches de vies à sauvegarder.
L'association a récemment fait l'objet d'une exposition à la médiathèque Simone-de-Beauvoir, à Romans-sur-Isère. Il faut aussi aller là où sont les jeunes. C'est dans ce contexte que le groupe est davantage présent sur les médias sociaux. Comme quoi, patrimoine et modernité peuvent aussi s'allier !

 

Groupes folkloriques

De la Drôme aux quatre coins du monde

A Empi et Riaume, on voyage, que ce soit en France ou à l'étranger, afin de faire connaître au plus grand nombre les us et coutumes du patrimoine local. En 1945, l'association participait au « gala des Alliés » à l’Opéra de Paris. En 1972, le groupe était sélectionné pour assurer aux jeux olympiques de Munich la partie française du folklore mondial. Les exemples sont nombreux. Ces dernières années, danseurs et musiciens se allés Mexique, au Japon ou encore en Arabie Saoudite. L'association organise également un festival international de folklore. La 40e édition se déroulera d'ailleurs du 5 au 9 juillet prochains à Romans-sur-Isère et dans les communes alentours. Mais Empi et Riaume n'est pas le seul groupe d'arts et traditions populaires dans le département de la Drôme. On en compte effectivement trois autres, à Chabeuil, Allan ou encore à Livron-sur-Drôme.
"Partager nos traditions populaires"
Fort de 80 danseurs, chanteurs et musiciens, le groupe Cabeolum'Folk (Chabeuil), tient lui aussi à faire vivre les traditions du Dauphiné. « Notre but est de faire connaître et partager nos traditions populaires afin que celles-ci ne se perdent pas. Il nous paraît en effet important de savoir comment vivaient nos arrière-grands-parents afin de comprendre le monde d'aujourd'hui et de montrer qu'un lien social existe toujours dans notre époque où l'ordinateur est un moyen de communication de plus en plus répandu. De plus, la diversité au sein de notre groupe (âge, milieu social) est un bon moyen pour nous de véhiculer un message fédérateur et de renforcer encore plus ce lien qui s'étiole parfois au fil de notre vie quotidienne », explique Isabelle Barret, la présidente du groupe. Des traditions montrées lors de fêtes de village ou d'autres manifestations locales. Ses membres n'hésitent pas à parcourir la France (Bretagne, Paca, Nord, etc.), voire au-delà. « Il nous arrive également de participer à des festivals ou des échanges à l'étranger (Portugal, Belgique, Bulgarie, Angleterre, Allemagne, République Tchèque...) », ajoute Isabelle Barret. 
Mots clés : TRADITIONS PATRIMOINE FOLKLORE EMPI ET RIAUME