Publié le 02/04/2020 à 06:00 / Annie Laurie

Aléa climatique

Dans la nuit du 24 au 25 mars, le gel a frappé fort dans la Drôme. Une calamité de plus pour les arboriculteurs s'ajoutant, avec le Covid-19, à une situation sanitaire et économique grave.

Dégâts de gel sur abricotier. Crédit photo : chambre d'agriculture de la Drôme.

Un premier constat des dégâts de gel dans les Baronnies, le Nyonsais, sur les secteurs de Loriol et du Nord-Valence, sachant qu'il est encore trop tôt pour en mesurer précisément l'ampleur.

Baronnies et Nyonsais

Dans les Baronnies et le Nyonsais, pendant la nuit du 24 au 25 mars, la température est descendue entre - 2 à - 5°C et entre - 1 à - 3°C la nuit suivante, indique Benoît Chauvin-Buthaud, conseiller arboriculture à la chambre d'agriculture de la Drôme. Un retour d'Est, de l'air polaire qui descend ; ce qui n'est pas la norme (en général, les dépressions arrivent de l'Ouest).
Sur ces deux secteurs, les dégâts semblent supérieurs à 75 % sur abricots, des vergers sont même touchés à 100 %, estimait Benoît Chauvin-Buthaud, le 26 mars. « C'est bien plus qu'en 2019, où le gel était localisé au-dessous de 550 mètres d'altitude. Cette année, il a gelé partout entre 200 et 900 mètres. » Particularité 2020 : des dégâts sont observés dans les vergers protégés avec des bougies ou tours à vent. Et, facteur aggravant, la végétation avait dix jours d'avance.

Quatre ans consécutifs de gel

« L'air froid et l'humidité ont fait que c'est catastrophique », déplore Franck Bec, président du syndicat de l'abricot des Baronnies. A première vue, « 80 % des vergers auraient gelé sur une surface large : dans la vallée de l'Ennuye, de l'Ouvèze, sur Malaucène, de partout, estimait-il le 26 mars, tout en notant qu'il fallait attendre un peu pour avoir une idée plus précise. Chez moi et mes voisins, c'est du 100 %. On a fait le tour des vergers et on n'a pas trouvé un abricot de bon. Tout est cramé. Sur des secteurs comme Beauvoisin, Plaisians, il en reste peut-être 30 %, les abricots étaient encore protégés dans les fleurs. A - 3°C, sans humidité, il serait resté au moins 50 % de la récolte. Et, si le gel s'était produit la nuit suivante, les cinq centimètres de neige tombés auraient protégé les abricots ».
Dans les Baronnies, c'est la quatrième année consécutive de gel. « Ça fait beaucoup, constate Franck Bec. On ne sait plus si on doit poursuivre notre démarche d'IGP ou s'il faut changer de culture. L'abricot des Baronnies est demandé et on ne peut pas en fournir. C'est dur avec, en plus, la situation sanitaire et économique du pays très difficile en ce moment. Tout le monde doit prendre sur soi. Avec ce qui arrive, il faut être solidaires. Aujourd'hui, c'est dur. »

Secteur de Loriol

A Loriol, la station météo de Marc Fauriel a enregistré - 3,8°C à 50 centimètres du sol et - 2,7 à 1,80 mètre dans la nuit du 24 au 25 mars. En abricots sur ce secteur, il pense qu'il restera tout au plus 10 à 20 % de production. « C'est plumé ». En pêches, il estime « la casse » à 100 % jusqu'à 1,5 mètre et à 70-80 % au-dessus. Cela dépend de la situation des parcelles, des variétés (sur certaines les corolles protégeaient encore les fruits). Sur les précoces, le bas de l'arbre jusqu'à 1,5 mètre est « grillé ». Quant aux plantations de kiwis, elles n'ont pu être protégées avec l'aspersion car le réseau d'irrigation à partir de l'eau du Rhône n'ouvre qu'au 1er avril. 80 % seraient gelés. Sur poiriers, cerisiers, des fleurs ont gelé ainsi que, en pommes, sur la variété Pink Lady. « Mais il est trop tôt pour dire s'il va manquer de la production. » Le gel a également fait de la casse sur le secteur de Montélimar et Pierrelatte, près du Rhône.

Au nord de Valence

Sur le secteur de Valence-Tain, il y a aussi de la perte sur les parcelles non protégées en abricots, selon Régis Aubenas le 26 mars. « Dans les bas-fonds, c'est sûr et il semble y avoir du mal même sur les terrasses. » Dans les parcelles protégées, il a été difficile de lutter contre le gel. Par contre, dans des vergers où les filets paragrêle étaient déployés, les fruits ont pu être sauvés...
« Ce qu'on peut dire aujourd'hui, résume Régis Aubenas, c'est que le potentiel abricots de la vallée du Rhône sera réduit. Mais c'est encore trop tôt pour être fixés. En pêches, peu de dégâts ont été constatés pour l'instant sur ce secteur. Sur celui de Loriol, ils sont plus importants. Malgré tout, le commerce français peut compter sur les fruits de la Drôme cet été, d'autant que de très nombreux vergers conservent leur potentiel de production car non impactés par le gel. Nos collègues des Baronnies viennent de connaître leur quatrième gel consécutif. Le nord de Valence a vécu deux orages de grêle puis la neige en 2019 et maintenant le gel. Le moral des troupes est atteint mais chacun fait face à la situation actuelle, qu'elle soit sanitaire ou climatique. »

« L'Etat doit donner des signes forts »

Marc Fauriel juge nécessaire d'activer la procédure des calamités rapidement et de façon simplifiée comme pour la grêle en 2019. « L'Etat doit gérer le dossier au plus vite et donner des signes forts, sinon des exploitations arrêteront, alerte-t-il. Avec le cumul des calamités, il y a urgence pour maintenir la filière arboricole. »
La DDT a été contactée et le ministre prévenu, indique Régis Aubenas, avant de rappeler que, chaque année depuis 2016, des dossiers calamités agricoles sont faits à plus ou moins grande échelle. Lui aussi demande une procédure d'urgence car les trésoreries sont « hyper-plombées ». Et d'observer : « Actuellement, du fait du confinement, l'Etat prend des mesures exceptionnelles qui étaient impossibles avant. Je pense que, sur la question agricole et singulièrement sur le gel, il va falloir aller au-delà de ce qui est fait d'habitude. L'Etat doit agir vite et donner des signes forts pour rasséréner un peu les choses. Il faut que la solidarité nationale fonctionne, d'autant que le fonds des calamités est majoritairement alimenté par les agriculteurs. Toute la panoplie des mesures existantes doit être mobilisée (prise en charge des cotisations sociales, dégrèvement de la TFNB*, techniques bancaires telles que report d'échéances...) et sans doute d'autres dispositifs encore. »

Annie Laurie

TFNB : taxe foncière sur les propriétés non bâties.

 

Du gel sur vignes aussi

Dégât de gel sur vigne. Crédit photo : chambre d'agriculture de la Drôme.
En vigne, le sud de la vallée du Rhône est le secteur drômois le plus touché, expliquait, le 30 mars, Isabelle Méjean, conseillère en viticulture à la chambre d'agriculture : de Saint-Paul-Trois-Châteaux à Donzère et sur Suze-la-Rousse, Bouchet, Rochegude jusqu'à Tulette. Avec des température sous abri de - 1,9°C à la station météo de Donzère. Les dégâts sont hétérogènes suivant les endroits et dates de taille. Ils sont observés depuis le stade B des vignes (« bourgeons dans le coton ») mais surtout au stade « pointes vertes » visibles (stade C) et éclatement des bourgeons (stade D). Ainsi que dans quelques endroits chauds sur viognier et chardonnay au stade « deux à trois feuilles étalées » (stade E). Sur le secteur de Suze-la-Rousse, Tulette, Rochegude, Sandrine Roussin, vice-présidente de la chambre d'agriculture, qualifiait les dégâts de gel de très hétérogènes, à première vue : de 0 à 30 % et jusqu'à 90 % par endroits. « On en voit un peu de partout, même sur des secteurs pas spécialement gélifs. »
Sur les zones de Vinsobres, Saint-Maurice-sur-Eygues, les vignes ont apparemment moins souffert. « On a frisé la catastrophe et on ne s'en tire pas trop mal », commentait Jean-Philippe Bréchet, viticulteur à Piégon, avant de signaler quelques dégâts ponctuels sur jeunes vignes et parcelles précoces (chardonnay) au bord de l'Eygues. « On verra mieux quand la vigne aura un peu plus poussé, notait-t-il. Ce qui nous fait souci, c'est que la végétation est en avance et il peut encore geler en avril. » Sur le secteur de Saint-Pantaléon-les-Vignes et Venterol, il n'a quasiment pas été observé de dégâts. Pas de dégâts non plus sur Mollans, où la vigne était moins avancée.
Sur la plupart des secteurs du Diois, malgré des températures négatives et du fait de la phénologie (végétation pas très avancée), la majorité des vignes ont été épargnées par le gel ; les dégâts sont négligeables, à l'exception de la vallée de la Gervanne où les pertes pourraient atteindre 10 %.
Sur le secteur de Tain-l'Hermitage, quelques bourgeons ont gelé dans des bas-fonds proches du Rhône en plaine mais ponctuellement sur des parties de parcelles. Sinon, « pas de soucis dans le Nord-Drôme pour le moment », indiquait Pierre Combat, président du syndicat de l'AOC Crozes-Hermitage et vice-président de la chambre d'agriculture, toujours le 30 mars. Mais il était inquiet, du froid étant annoncé le 1er avril et les vignes étant déjà avancées (bourgeons bien éclatés).
A. L.
Mots clés : GEL EN ARBORICULTURE ET VITICULTURE MARS 2020 DANS LA DRÔME