Publié le 12/06/2016 à 06:00 / Béatrice Dupin

Un parcours exceptionnel

Entreprise / Bricolant au départ dans un petit cabanon, Roger Pellenc a construit un groupe multinational qui s’est diversifié de la vigne jusqu’au chai, en passant par l’oléiculture, l’arboriculture et les espaces verts. Aujourd’hui, il croit au développement des engins électroportatifs dans tous ces domaines. Au cœur de sa stratégie, un pôle recherche et développement qui lui permet sans cesse d’innover. La nouvelle usine qui devrait voir le jour à Pertuis (84) sera sa dernière concrétisation avant le passage des rênes à l’entreprise familiale Somfi.

Trop à l’étroit sur son site de Pertuis, Pellenc souhaiterait s’étendre et construire une autre usine sur la commune.

«C'est très important pour nous de consolider les liens avec nos utilisateurs », rappelle Roger Pellenc, devant des représentants des Cuma de Vaucluse et du Conseil départemental, alors qu'il se lance dans une présentation de l'entreprise qu'il a créée en 1973, à partir de presque rien, dans un hangar. « J'ai eu une chance terrible car nous étions au début de la mécanisation. Parfois, des choses se mettent en mouvement. (...) Nous étions ici, à Pertuis, sur la propriété de mon grand-père. Professeur au lycée d'Avignon, j'ai toujours eu la passion de la viticulture. » Et il décide de s'engager dans l'aventure, qui commence à Milan, où il part avec un agriculteur voisin, pour acheter du matériel d'occasion...
L'entreprise a bien grandi et l'an passé, le groupe Pellenc a enregistré 212 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec un prévisionnel pour 2016 évalué à 230 millions d'euros. Elle rassemble 1 500 salariés à travers 20 filiales. 1 500 machines viticoles sortent chaque année des usines et 480 machines à vendanger. « Jusqu'à présent, je ne m'étais jamais intéressé aux vignes étroites. C'est difficile quand on n'est pas du cru. » En 2014, Pellenc rachète Lauprêtre, devenue Pellenc haute densité. « La Champagne ne pourra pas éviter la mécanisation. Il y a du potentiel de développement sur ce marché. La situation devient difficile pour trouver de la main-d'œuvre, pour des vendanges qui ne durent plus que 15 jours. Et aujourd'hui, nous avons des solutions qualitatives et performantes. Nous travaillons sur la machine du futur pour la Champagne, des machines avec de plus en plus d'électronique. »

De plus en plus de précision

L'entreprise a fait du chemin depuis le robot Magali, mis au point avec le Cemagref dans les années 1990, et qui permet de récolter des pommes. « Aujourd'hui, il n'y a presque plus un outil sans électronique ». Ce premier robot novateur s'est vu relégué au hangar avec l'effondrement de la production arboricole, face à la concurrence de l'Hémisphère Sud. « On a vu une profession à son zénith s'effondrer en 3-4 ans », se souvient Roger Pellenc, qui reprend l'idée de l'œil artificiel de Magali, tout d'abord pour l'industrie du recyclage, puis pour les machines à vendanger. Aujourd'hui, l'un des dernières innovations concerne le tri de la vendange : « C'est encore un investissement conséquent, dans les 100 000 euros, mais cela va se démocratiser car il apporte un vrai plus. » De la vigne jusqu'au chai, il n'y avait qu'un pas, que l'entreprise a franchi en rachetant, Pera, spécialisée dans le matériel de chai. « On se lève l'âme à créer des machines à vendanger performantes, il faut que l'effort se poursuive à la cave. » Aujourd'hui, Pellenc travaille sur un pressoir continu, notamment pour les blancs et les rosés, « de meilleure qualité qu'un pressoir hydraulique. Cela fait plus de dix ans déjà qu'on y travaille ». Mais la recherche prend du temps « pour la récolte des olives, il nous a fallu vingt ans de recherche ». Pellenc s'est aussi intéressée aux vergers d'oliviers haute-densité, qui nécessitent une plantation en palmettes, pour permettre le passage des engins de récolte. Pour cette production non plus, Roger Pellenc ne manque pas d'idées, même si ses équipes sont restées dubitatives la première fois qu'il a évoqué son projet : « On va faire l'huile d'olive directement dans le verger ! » L'objectif est de limiter l'oxydation, qui peut débuter lors du transport et du stockage des olives. Cela pourra également offrir des solutions à la problématique du traitement « des margines, très acides, et qui ne peuvent pas être épandues. » Pellenc travaille également sur la réduction des volumes de traitement avec l'IFV. « D'ici trois ou quatre ans, on peut espérer avoir mis au point un appareil avec une vision 3D pour améliorer encore la précision de la pulvérisation. »

1 500 machines viticoles sortent chaque année des usines Pellenc, de même que 480 machines à vendanger.

Point clé : les batteries

Issue du travail sur les sécateurs, l'entreprise a créé une branche espaces verts « Green&city technologies ». Un enjeu technique est au cœur du développement des outils électroportatifs : la batterie. « Ce fut une épopée. Nous sommes partis au Japon, en leur disant qu'on voulait mettre une batterie lithium-ion dans des outils électroportatifs. Ils pensaient cela impossible. Cela a été un sacré challenge mais, quand nous y sommes arrivés, nous avons vraiment gagné leur respect. » Désormais, Roger Pellenc ambitionne d'intégrer cette batterie dans ses sécateurs.
Autre réussite technologique, la mise au point d'un moteur électrique, sans frottement, sans émission de CO2 et à très haut rendement (90 %). Sur 400 salariés à Pertuis, 150 sont dédiés à la recherche et au développement. « Tout ce que j'ai gagné, je l'ai réinvesti. 10 % du chiffre d'affaires est consacré à la recherche. » Dernier né, le sécateur Vinion connait un très bon démarrage des ventes : « 30 000 ont été produits et on va encore augmenter ».
Roger Pellenc revendique : « En termes sociaux, on est aussi une entreprise pilote », avec des cadres qui ont été intégrés au conseil d'administration et des jeunes qu'il ne faut pas pousser pour participer à cette aventure industrielle. « Il faut les jeter dehors à 20 h. Nous avons une moyenne d'âge de 36 ans », poursuit Roger Pellenc, qui se désole de la situation française. « J'ai eu la chance de visiter l'usine Claas en Allemagne. À l'intérieur du site qui sort 70 moissonneuses-batteuses par jour, il y a un centre de formation. On peut entrer à 14 ans, apprendre à manier la lime, puis les machines-outils, sortir ingénieur et trouver un emploi chez Claas. Nos jeunes en France, ils ne veulent pas devenir ingénieurs, ils veulent faire de la gestion, de la finance, entrer dans l'administration...  »
Sans successeur, Roger Pellenc a choisi de transmettre son entreprise à Somfy, qui sera propriétaire en 2017. « C'est un groupe familial savoyard qui partage mes valeurs, voilà pourquoi je les ai choisis. Cela n'aurait jamais fonctionné avec un groupe financier car ils ne voient pas le long terme. Or pour l'industrie, c'est indispensable, comme pour l'agriculture. Quand on plante, c'est pour un résultat à 3-4 ans. »

Magali Sagnes

 

Distribution et filiales

« Chez Pellenc, on ne manque pas d’idées. On a encore du travail ! », lance Roger Pellenc.

• À partir des années 1990, Roger Pellenc a cherché à internationaliser son groupe en ouvrant des filiales dans les pays possédant des régions viticoles en commençant par l’Australie en 1995. La même année, fut aussi créée Pellenc Iberica à Jaén (Espagne), au centre de l’Andalousie où l’on trouve également un bureau d’études en oléiculture. Les châssis des machines y sont construits, de même que les bobines de ficelles pour les attacheurs, à raison « de 4 millions de bobines par an. Tout y est automatisé ».
• En 1996, Pellenc America a vu le jour à Santa Rosa en Californie au cœur de la Nappa Valley, dans le but de s’installer dans un pays où la viticulture était extrêmement prometteuse.
• En 1997 fut créée Pellenc Italia, principalement pour les outils électroportatifs. Pour recouvrir également le marché viticole avec une production de machines à vendanger tractées, une deuxième filiale en Italie a été créée sous le nom de Volentieri-Pellenc. « Nous avons ainsi récupéré 75 % des parts du marché » de la botte italienne, indique Roger Pellenc.
• 2004 fut l’année qui a marqué la création de Pellenc Maroc en vue de développer sur tout le bassin méditerranéen la commercialisation de matériel voué à l’oléiculture.
• En 2006, apparut la filiale Pellenc Sud America implantée au Chili, créée principalement pour la viticulture.
• En 2012, la filiale Pellenc Deutschland en Allemagne fut créée, principalement pour la vente des outils servant à l’entretien des espaces verts.
• Pellenc a également agrandi son réseau de distribution en France, en ouvrant une filiale dans le Languedoc-Roussillon en 2012 et  dans la région Bordeaux-Charentes en 2013.
• Le 31 décembre 2013, Pellenc rachète la société Pera, fabricant de matériel de cave.
• En 2014, après l’ouverture de la branche Sud-Africaine, le nombre de filiales s’élève à quinze.
• Le 4 août 2014, Pellenc SA rachète la société Lauprêtre, spécialisée dans la construction de tracteurs-enjambeurs pour vignes étroites. Elle devient Pellenc HD (HD pour Haute Densité). 
Mots clés : PELLENC 40 ANS INNOVATIONS