COMPRENDRE
Changement climatique : qu’est-ce que l’effet albédo ? 

Si la capacité des prairies à stocker du carbone est désormais un fait scientifique largement étayé, leur effet refroidissant, baptisé effet albédo pourrait décupler leur intérêt.

Changement climatique : qu’est-ce que l’effet albédo ? 
Encore mal connu, l’albédo, qui quantifie la part de lumière réfléchie par les surfaces, est un levier pour limiter une partie des impacts du réchauffement. Les prairies pourraient en être les principales pourvoyeuses. ©SC

La séquestration de carbone dans les sols à un rôle important à jouer pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Les modèles du Giec intègrent le stockage de carbone et les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour évaluer les changements de 
pratiques ou d’usages des sols. Or ces effets, dits biogéochimiques, ne sont pas les seuls à peser dans la balance climatique. L’albédo du sol, c’est-à-dire sa capacité à réfléchir ou à absorber le rayonnement solaire, conditionne la température de la surface terrestre. Plus cet albédo est élevé, plus la surface renvoie le rayonnement solaire reçu vers l’espace et peut être considérée comme ayant un effet « refroidissant ». Sa valeur est comprise entre 0 et 1. L’albédo de la neige s’approche ainsi de 1 si elle est bien blanche. En clair plus une surface est réfléchissante, plus son albédo est élevé. Appliqué à l’agriculture, ce phénomène constitue une mine pour atténuer le changement climatique. Pour tenter d’explorer son potentiel, l’Institut de l’élevage s’est emparé du sujet il y a quelques années. Objectif : investir un champ d’analyse jusque-là très peu documenté en évaluant l’effet d’atténuation du changement climatique par l’albédo en complément du stockage du carbone par les prairies et de la réduction des émissions de GES des fermes d’élevage. Pour cela, depuis 2020, sept stations de mesures ont été mises en place dans des contextes climatiques très différents, depuis le Finistère jusqu’en Ardèche, en passant par la Haute-Vienne. En juin dernier, un séminaire de restitution du projet a avancé des pistes prometteuses s’agissant de nos vertes prairies.

Humidité, type de couverts, saisons…

Ce que l’on sait déjà : l’albédo des prairies est en moyenne supérieur aux autres surfaces végétalisées, tandis que l’albédo des surfaces végétalisées varie au cours de la saison, selon le type de végétation, le taux de couverture du sol…
À l’échelle du sol, l’humidité, sa composition en matière organique influe également sa valeur. L’albédo évolue selon des pas de temps variables et selon les conditions météorologiques : la présence de givre en automne - hiver génère ainsi une variabilité intra et inter-journalière. Au printemps et en été, ce sont les pluies après des périodes sans précipitations, qui diminuent l’albédo pendant quelques jours (- 6,9 %). De la même manière, des pratiques agricoles ont un effet plus ou moins important : la fauche de refus a le moins d’impact : - 3,5 % pendant quelques jours. C’est moins que le pâturage, - 3,9 % en moyenne pendant deux semaines, dont l’effet est fonction du chargement instantané en bétail. 
La fauche a un effet plus marqué : 
- 13,7 % pendant un mois. En prenant comme référence un sol nu, le forçage radiatif (FR) des prairies, calculé à partir des dynamiques d’albédo est négatif, ce qui signifie un effet refroidissant sur le climat.

Les recherches vont se poursuivent

Cette valeur est en moyenne plus négative en été (- 11,1 W/m²) qu’en hiver (- 3,1W/m²) du fait de niveaux d’albédo plus forts en raison de la présentation accrue de végétation combinée à un rayonnement solaire plus élevé. « Une simulation de l’albédo à l’échelle d’exploitations montre que l’albédo moyen de l’assolement augmente avec la proportion des surfaces en herbe et suggère que les systèmes reposant le plus sur l’herbe auraient un FR favorable à l’atténuation du changement climatique. Cet effet pourrait être accentué via l’adaptation des pratiques sur les prairies pour préserver et améliorer l’albédo de surface », résume Pierre Mischler, chef du projet à l’Institut de l’élevage. Les travaux vont se poursuivre dès janvier 2024 dans le cadre du nouveau projet ALBAATRE-Systèmes (l’ALBédo, un moyen pour Atténuer et s’AdapTer au REchauffement climatique grâce à des Systèmes de culture fourragers destinés à l’élevage des ruminants).

Sophie Chatenet

Mischler P., Ferlicoq M., Ceschia E., Kerjose E., (2022). « L’albédo, un levier d’atténuation du changement climatique méconnu : quel potentiel d’atténuation pour les prairies ? », publié dans la revue Fourrages 251, pages 1 à 16.