ÉLEVAGE
115 000 visiteurs : le Sommet, l’Everest de l’élevage

Pour sa trente-deuxième édition, le Sommet de l’élevage n’a pas failli à sa réputation de catalyseur commercial, politique et territorial. Mieux, en accueillant 115 000 visiteurs, deux ministres, une myriade d’élus et une foule de responsables professionnels, l’évènement s’impose résolument comme le plus grand sur la scène européenne.

115 000 visiteurs : le Sommet, l’Everest de l’élevage
Bruno Le Maire a visité longuement le Sommet de l’élevage en compagnie notamment du président du Salon Jacques Chazalet. ©AF

Il ne fallait pas être devin pour mesurer que le cru 2023 du Sommet serait un succès. Malgré la défection de certains éleveurs qui, en raison du risque sanitaire lié à la FCO et la MHE, ont finalement renoncé à amener des animaux, dès mercredi soir 4 octobre, il y avait comme un air de record. Record d’abord de fréquentation : des travées et des allées bondées dans les halls, sous les chapiteaux mais aussi à l’extérieur, au Zénith, dans les salles de conférences… De quoi donner le sourire aux 1 500 exposants qui ont concrétisé de nombreuses affaires. Petite victoire parmi tant d’autres : le public professionnel commence à pleinement investir la première journée du Sommet, ils étaient quelque 2 500 de plus par rapport à l’an dernier. Record aussi d’accueil de visiteurs internationaux (voir par  ailleurs), d’élus, et de responsables professionnels venus de toute la France. Pour Fabrice Berthon, Commissaire général du Salon, « cette nouvelle édition est un cru exceptionnel, tant par les chiffres que par la convivialité qui s’est encore développée d’un cran : la soirée du jeudi de Jeunes agriculteurs a rencontré un vif succès, tout comme la soirée du mardi parrainée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la soirée « raclette »  imaginée par le Criel Alpes Massif central, le mercredi soir ». De la convivialité et du sérieux marqué par les visites de deux ministres, celle classique du ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Marc Fesneau, et plus inattendue, celle du ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire.

Les annonces de Bruno Le Maire

Vendredi 6 octobre, paraphrasant à plusieurs reprises le général de Gaulle, et sa célèbre réplique autour d’une « certaine idée de la France », Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a précisé que « cette idée ne pouvait se concevoir sans élevage, atout économique majeur de la Nation, patrimoine de notre culture ». Voilà pour les intentions, pour ce qui est de leur concrétisation, le ministre a tracé quelques pistes et annoncé une mesure fiscale réclamée par la profession. Cette mesure consiste à autoriser la déduction fiscale d’une provision correspondant à la prise de valeur de chaque vache à la clôture de l’exercice, dès lors que cette prise de valeur est supérieure à 10 %. Cette provision sera déductible dans la limite de 150 € par vache et de 15 000 € par exploitation. Cette provision s’appliquera dès la clôture 2023 et s’appliquera sur les années 2023 et 2024. Les sommes déduites devront être réintégrées au résultat d’exploitation au titre d’un ou plusieurs des six exercices comptables suivants.

Pourquoi cette mesure fiscale ?

En raison des hausses de marché et de l’inflation, la valeur des vaches allaitantes et laitières a augmenté ces derniers mois mécaniquement de plus de 500 € en moyenne par bête. La valeur plus forte des bêtes va générer une hausse d’impôt
et de cotisations sociales sans que l’éleveur ait vu son revenu augmenter. La tension sur la trésorerie aurait donc pu être très importante. Bruno Le Maire a par ailleurs confirmé d’autres mesures financières dans le cadre du plan élevage :
400 millions d’euros de garanties de trésorerie pour pouvoir bénéficier de prêts plus facilement auprès des banques, une enveloppe de 3 millions d’euros dédiée à la communication sur l’élevage…

Reprendre le fil de la contractualisation

Sur le volet des prix, Bruno Le Maire a indiqué : « Je suis prêt à accélérer cette contractualisation et à veiller à ce que le rapport de force entre l’industrie agroalimentaire, les distributeurs et les agriculteurs soit le plus équitable possible ». Il ne l’a pas dit aussi explicitement, mais cela revient à appliquer l’ensemble des dispositions des lois égalim.

Sophie Chatenet

Réactions professionnelles

Le syndicalisme majoritaire FNSEA-JA appelait de ses vœux depuis plusieurs semaines maintenant un plan spécifique pour l’élevage. Les annonces du ministre de l’Économie sont-elles conformes à leurs attentes ?
Sabine Tholoniat, présidente de la FNSEA 63 : « Nous attendons de la détermination de la part du ministre de l’Agriculture et de celui de l’Économie et des Finances pour mettre en œuvre toutes les annonces. Le monde agricole ne peut plus attendre. Nous avons également interpellé Bruno Le Maire au sujet de l’eau, sujet crucial pour nos départements. »
Patrick Bénézit, président de la Fédération nationale bovine : « La mesure annoncée par Bruno Le Maire reprend l’essentiel des propositions avancées par la FNSEA, la FNB et la FNPL et apporte une vraie réponse à la problématique actuelle. Elle doit cependant s’accompagner de la pleine et entière application des lois Egalim afin d’assurer des prix rémunérateurs aux producteurs. »
Michel Joux, président de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes : « Cette mesure fiscale va apporter une bouffée d’oxygène aux éleveurs. Mais ne perdons pas de vue la question centrale du prix qui est notre cheval de bataille. Le gouvernement doit faire appliquer la loi Egalim afin que les producteurs soient payés au niveau de leur coût de production. »
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA : « La mesure fiscale annoncée n’est que justice puisque les éleveurs auraient payé plus de taxes et de fiscalité alors qu’au final ils n’ont pas plus d’argent dans leurs poches. C’est une première mesure qui va dans le bon sens. Nous en attendons une autre sur la protection de la valeur de la matière première agricole. »

5 000 visiteurs internationaux de 90 pays

 Avec l’accueil de 5 000 visiteurs originaires de 90 pays, la fréquentation du Sommet de l’élevage confirme son attractivité auprès des professionnels étrangers. Preuve en est avec une croissance de 10 % du côté des exposants venus, en majorité, de pays européens. Pays d’honneur de cette édition, la Géorgie, qui souhaite orienter son développement économique dans le secteur de l’élevage, était représentée par une délégation de 40 Géorgiens. Point d’orgue de ces quatre journées, la signature d’une lettre d’intention de coopération entre la France et la Géorgie par les deux ministres, Marc Fesneau et Otar Shamugia, mardi 3 octobre. « À l’étranger, notre renommée progresse. Aujourd’hui, le Sommet est un vrai carrefour d’affaires pour les visiteurs internationaux. Des liens se tissent entre les délégations étrangères », a précisé Benoît Delaloy, responsable international, avant de souligner « la trentaine de visites de terrain est une véritable plus-value. Les visites d’exploitations de limousines, race à l’honneur, ont notamment affiché complet avec, parfois, 90 personnes. Nous sommes le seul événement professionnel de l’élevage à proposer aux visiteurs internationaux de se rendre sur une ferme, dans un laboratoire ou au cœur d’un site agro-industriel pour aller à la rencontre des experts mais aussi des pratiques françaises. » Temps fort attendu chaque année, la soirée internationale a encore tenu toutes ses promesses avec près de 300 personnes présentes.

Le Sommet de l’élevage a accueilli 115 000 visiteurs pour sa 32 ème édition, confortant sa place de grand Salon de l’élevage au nIveau européen. © AF

Au Sommet de l’élevage, Laurent Wauquiez en terres conquises

Le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes a passé un long moment au Sommet de l’élevage. D’abord mardi, où le conseil régional avait organisé une soirée inaugurale autour des produits made in Auvergne-Rhône-Alpes. L’occasion pour Laurent Wauquiez de réaffirmer sa confiance aux agriculteurs, son soutien au stockage de l’eau et sa fierté de l’élevage français. « La meilleure façon d’agir pour l’environnement, c’est de défendre l’agriculture française et de s’attaquer à ce qui vient du Brésil, de Chine… », a-t-il indiqué. Mercredi, il a longuement visité le Salon où il est allé à la rencontre des éleveurs. Il a pris le temps d’échanger longuement avec chacun, y compris avec des visiteurs, certains n’hésitant pas à l’encourager : « On compte sur vous en 2027 ! » Lors d’un déjeuner avec une délégation de représentants de la profession accompagné de Fabrice Pannekoucke, vice-président en charge de l’agriculture et des espaces valléens, Laurent Wauquiez a précisé que l’ouverture des paiements de la DJA et que le comité de sélection des investissements seraient effectifs cette semaine. Plus globalement, le président de Région a indiqué vouloir bâtir avec la profession une feuille de route globale pour une agriculture et des filières de production. 
Sophie Chatenet