Pastoralisme
Le statut du loup  doit évoluer

Pour sauver le pastoralisme et les aménités positives qu’il engendre, les sénateurs sont favorables à l’évolution du statut du loup afin de mieux maîtriser sa présence dans les territoires qu’il a conquis.

Le statut du loup  doit évoluer
En 2023, le plafond autorisé de prélèvement était de 209 loups. 207 l’ont été dont 16 en Drôme. ©FDC26

Le 20 décembre, la Commission des affaires économiques du Sénat, a organisé une table ronde sur le pastoralisme et son avenir, avec la participation de Brigitte Singla, secrétaire générale de la fédération nationale ovine, Jean-Paul Celet, préfet référent pour la mise en œuvre du plan national loup et les activités d’élevage, François Balique, maire de Le Vernet dans les Alpes-de-Haute-Provence au titre de la Fédération nationale des communes pastorales, et Charles Dereix, ingénieur forestier honoraire, président de l’association de la forêt méditerranéenne. Si tous les sénateurs qui participaient à la table ronde reconnaissent l’intérêt de la transhumance pour l’économie agricole (production de viandes et de fromages), son rôle pour la protection de la biodiversité, la lutte contre les incendies et le stockage du carbone, tous déplorent les effets délétères du développement des grands prédateurs, et notamment du loup. Ainsi Brigitte Singla a pointé les pertes économiques que subissent les éleveurs, leur désarroi psychologique consécutif à une attaque du loup. La question de la pérennité de l’élevage dans ces zones de présence du loup est désormais posée. En ce sens que « l’attractivité du métier devient un vrai sujet de préoccupation », a insisté Brigitte Singla.

Evolution du statut des chiens de protection

Le climat d’insécurité, le stress n’incite guère les jeunes à s’installer dans ces conditions. François Balique déplore pour sa part l’abandon des zones pastorales, le non-entretien des espaces qui favorise le développement du loup et l’accroissement des incendies, sans parler des conflits d’usage entre touristes et éleveurs et même avec les ruraux. Les chiens de protection des troupeaux, dont on encourage les éleveurs à se doter, inquiètent les promeneurs par les agressions et les morsures qu’ils peuvent provoquer. Jean-Paul Celet s’est voulu rassurant. Le plan national loup qui entre en vigueur prévoit la création d’un statut de protection des chiens de troupeaux. Il prévoit également une modification de la méthode de comptage des loups, maintes fois dénoncée par les organisations professionnelles. Ainsi seraient mieux identifiées la population du prédateur et son évolution pour décider des prélèvements à réaliser. En 2023, il a été procédé à un réajustement qui a abouti à une réévaluation de plus de 20 % de leur nombre, de 906 à 1 104 individus.

Les bovins désormais concernés

Ont été évoquées également, la difficulté et les lenteurs à obtenir les autorisations de tirs, « un carcan administratif », relève Brigitte Singla. Sur ce point, le prochain plan loup prévoit un assouplissement du protocole de tir. Des sénateurs déplorent l’extension de la prédation aux troupeaux bovins. Dans les Savoie par exemple, les producteurs de lait sont de plus en plus victimes de ces attaques. D’autres pointent le déploiement du loup dans les zones de plaine, notamment d’individus solitaires, et la difficulté de mettre en place des mesures de protection dans ces territoires.
Tous les intervenants partageaient le souci de faire évoluer le statut du loup au niveau international et au niveau européen d’une « espèce strictement protégée » à « une espèce protégée ». Le Plan national loup devra s’y atteler en fournissant un argumentaire. D’ailleurs, « la question n’est plus tabou », a indiqué Jean-Paul Celet. Il reste encore à convaincre un certain nombre de pays. La procédure prendra du temps. En attendant, le préfet a suggéré de modifier le taux de prélèvement qui relève d’une décision nationale. Fixé actuellement à 19 % (soit 209 loups pour 2023), celui-ci pourrait être relevé sans remettre en cause la viabilité de l’espèce.