Bilan climatique
Le mois de juillet le plus sec depuis 1959

Juillet 2020 a été le mois le plus sec depuis 1959, confirme Météo France. Le déficit pluviométrique a atteint 81 % sur l'ensemble du pays, aggravant les situations de sécheresses météorologique et agricole. Le mois s'est achevé par un pic de chaleur, les 30 et 31.
Le mois de juillet le plus sec depuis 1959

A l'exception d'un pic de chaleur sur les deux derniers jours du mois, les températures enregistrées en juillet 2020 sur l'ensemble du pays ont été globalement modérées. Au final, la température mensuelle moyenne s'est établie à 21,8°C, en hausse de 0,8°C par rapport à la normale (période de référence 1981-2010), indique le ministère de l'Agriculture dans sa note de climatologie le 7 août. Mais juillet a surtout été marqué par une sécheresse généralisée. Un mois « exceptionnel par sa quasi-absence de précipitations » qui n'ont représenté « que 19 % de la normale saisonnière », relève Agreste, ce qui signifie que le déficit pluviométrique moyen sur le pays a atteint 81 % ! Météo France confirmait dès le 29 juillet que juillet 2020 était le mois le plus sec depuis 1959, « loin devant juillet 1964 et juillet 1979 ». Aucune région n'a été épargnée, poursuit Agreste, le Sud-Ouest, par exemple, n'a reçu que 8 % des précipitations habituelles pour la saison. Dans le Centre-Est, où l'écart des températures par rapport aux normales a été le plus important à + 1,4°C, le manque d'eau a, là aussi, été élevé, puisqu'il a atteint 77 %. Ainsi, depuis début mars, les précipitations cumulées sont en net retrait dans le Nord (- 35 %), le Nord-Est (- 35 %) et le Centre-Est (- 24 %). Avec pour conséquence, un indice d'humidité des sols déficitaire sur la majorité du pays.

Les zones rouges enregistrent un déficit de précipitations exceptionnellement important par rapport à la normale.

Sécheresse marquée en Aura

Auvergne-Rhône-Alpes a connu un mois de juillet plus chaud qu'ailleurs, « avec une moyenne des températures entre 0 et 1°C au-dessus des normales sur le Massif central et les Alpes, et jusqu'à + 2°C en vallée du Rhône », précise Météo France dans son résumé mensuel régional le 7 août. Les écarts ont été encore plus marqués sur les maximales. Le 31 juillet a été la journée la plus chaude, avec 41,3°C à Vichy (Allier) et 40,3 °C à Mornant (Rhône). Côté précipitations, juillet 2020 est le troisième mois le plus sec depuis 1959 en Aura, derrière juillet 1983 et juillet 1984. « Il a plu généralement moins de 20 mm en plaine et plus de 40 mm sur le relief et le déficit pluviométrique est supérieur à 70 % sur une grande partie de la région », déclare l'office météorologique. Le mois a été globalement peu perturbé, sauf localement où des orages, parfois violents, comme en région lyonnaise et en Ardèche le 1er juillet, ou en Savoie le 10, ont apporté des volumes d'eau notables. « Seuls trois secteurs affichent des pluies mensuelles conformes ou excédentaires : le Vivarais (155 % de la normale à Tence en Haute-Loire avec 84,3 mm), les Cévennes (252 % à Barnas en Ardèche avec 140,2 mm) et localement la Savoie (193 % à Ste-Marie-de-Cuines avec 110,5 mm) », ajoute Météo France. Mis à part ces secteurs, la sécheresse s'accentue en juillet en Aura, plus particulièrement en Auvergne, qui connaît à la fois une sécheresse météorologique et une sécheresse agricole sévères (lire par ailleurs). La première « est déjà latente depuis le début de l'année où seul un mois affiche un excédent d'eau (juin avec 150 % de la normale), les autres étant déficitaires », indique Météo France. Pour la seconde, malgré un retour au-dessus de la normale de l'indice d'humidité des sols en juin, celui-ci plonge de nouveau en juillet, avec l'absence de pluies et la chaleur.

Important déficit fourrager

Sous l'effet du manque d'eau et des températures supérieures aux normales, « la pousse cumulée d'herbe connaît un ralentissement notable » en juillet, observe le ministère de l'Agriculture dans sa note de conjoncture Prairies du 31 juillet. Elle est en effet en recul de 10 points par rapport à la pousse de référence à la même période. Plus de 40 % des régions fourragères sont déficitaires ; 25 % sont même en déficit important. La situation est particulièrement préoccupante dans le quart Nord-Est où le déficit continue de s'accentuer. Le retard de pousse continue de s'accroître dans les Hauts-de-France et Grand Est. La zone déficitaire s'étend désormais à la Bourgogne-Franche-Comté, la Normandie et les Pays de la Loire où les retards de pousse sont marqués. À l'inverse, les régions de l'Ouest et du Sud poursuivent la campagne sans fléchissement, avec une pousse cumulée dans la norme, voire excédentaire en Paca.

Sébastien Duperay (avec Agra)

ANALYSE / Il existe plusieurs phénomènes de sécheresse, rappelle Météo France dans une analyse publiée le 10 août.

Des sécheresses répétées mais pas identiques

La sécheresse météorologique, d'abord, se traduit par un « déficit de précipitations et peut être calculée sur un mois, sur une saison ou sur une période plus longue ». Si juillet 2020 a été marqué par une forte baisse des précipitations, « depuis le début de la saison hydrologique (septembre 2019), le bilan reste encore à ce jour excédentaire à l'échelle du pays après un automne et un hiver excédentaires », indique Météo France. Et la situation est même meilleure qu'en 2019. En revanche, depuis ce printemps, les Hauts de France, la Champagne-Ardenne, la Haute-Normandie, l'Ile-de-France et la Bourgogne sont touchés par un déficit de pluie important. « Cette sécheresse météorologique touche sensiblement les mêmes régions que les événements de 2019 et 2018 », analyse l'organe météorologique. La sécheresse agricole, ensuite, ou sécheresse des sols « se caractérise par un déficit en eau des sols superficiels (entre 1 et 2 m de profondeur), suffisant pour altérer le bon développement de la végétation. Elle dépend des précipitations et de l'évapotranspiration des plantes ». En juillet, la sécheresse des sols s'est largement accentuée et généralisée puisque « début août 2020, la quasi-totalité du pays présente un déficit, c'est-à-dire une "anomalie de sol sec" », précise Météo France. Les régions Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté et Hauts-de-France ainsi que l'Auvergne sont particulièrement touchés, avec un niveau de sécheresse jugé localement proche de 1976 qui fait office de « référence » en la matière, indique l'organisme. Et la vague de fortes chaleurs début août a encore accentué le stress hydrique subi par les cultures et la végétation en général ainsi que par les animaux d'élevage ou la faune sauvage. Enfin, sur le plan hydrologique, « même s'il existe un caractère répétitif, la sécheresse actuelle est totalement différente de celle de 2019 », confirme Météo France, la période de « recharge des nappes » ayant été globalement plus favorable en 2020, à la faveur d'un hiver très arrosé. Ceci n'exclut pas des situations qui peuvent varier localement, indique cependant l'organe météo.
S.D.

 

A noter

SÉCHERESSE / Une série de mesures d'urgence pour l'agriculture

Depuis fin juillet, les mesures pour aider l'agriculture à faire face à la sécheresse se multiplient. Lors d'un entretien le 11 août sur France Inter, la présidente de la FNSEA avait demandé un plan d'aide d'urgence pour l'agriculture face à la sécheresse « exceptionnelle ». D'après Christiane Lambert, « trois quarts » des agriculteurs sont en difficulté : « Tous ceux qui ont des grandes cultures ont souffert, tous ceux qui ont des pâtures ont souffert ». Un appel entendu, puisque le 14 août, les ministres Julien Denormandie (Agriculture) et Olivier Dussopt (Comptes publics) ont annoncé dans un communiqué que les agriculteurs les plus touchés par la sécheresse pourront bénéficier de « reports ou allégements des cotisations sociales ». « Ces exploitants peuvent dès maintenant solliciter un échéancier auprès de leur caisse de Mutualité sociale agricole », précise le communiqué. Ceux-ci pourront, en outre, bénéficier de « dégrèvements individuels ou collectifs de taxe sur le foncier non bâti » (TFNB).
Extension des dérogations
Quelques jours plus tôt, le 12 août, le ministère de l'Agriculture avait aussi annoncé l'extension des dérogations sur les jachères et les cultures dérobées à de nouveaux départements1. Les agriculteurs peuvent désormais valoriser leurs jachères pour nourrir leurs animaux dans 62 départements, soit 15 de plus, précise le communiqué. Quant au décalage de la date de début de présence des cultures dérobées, il devient possible dans 54 départements, soit 29 de plus. Par ailleurs, dans ces départements, « les exploitants qui en font la demande pourront décaler le début de la période de présence des cultures dérobées au 1er septembre », au lieu du 20 août comme prévu initialement. Un nouveau report dont bénéficieront automatiquement les agriculteurs qui ont déjà demandé le report au 20 août. Si elles sont semées au 1er septembre, les cultures dérobées devront rester en place jusqu'au 27 octobre pour pouvoir être comptabilisées comme surface d'intérêt écologique.
Enfin, pour clore la série de mesures d'urgence, le ministère avait rappelé dès le 7 août que « les agriculteurs bénéficieront le 16 octobre de l'augmentation des taux d'avance des aides [de la Pac] à hauteur de 70 % des montants finaux pour les aides directes (au lieu de 50 %) et de 85 % pour l'ICHN (au lieu de 75 %) ».
Le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie indique être « extrêmement attentif à l'évolution de la situation, au niveau national comme au niveau local, pour adapter les mesures de soutien pour nos agriculteurs ». Le 17 août, 78 départements métropolitains étaient en alerte sécheresse, selon le site gouvernemental Propluvia. n
S.D. avec Agra
1. Départements concernés en région :
- valorisation des jachères : Ain, Allier, Ardèche, Drôme, Isère, Jura, Loire, Rhône, Saône-et-Loire.
- cultures dérobées SIE : Ain, Allier, Ardèche, Cantal, Drôme, Jura, Loire, Haute-Loire, Puy-de-Dôme, Rhône, Saône-et-Loire, deux Savoie.