500 000 vaches laitières sur la sellette aux Pays-Bas
Martijn van Dam, ministre néerlandais de l'Agriculture annonçait le 13 octobre dernier l'abandon de l'accord sur les permis phosphates. Cet abandon remet en cause une dérogation chère aux Pays-Bas, celle qui l'autorise à un seuil de nitrates supérieur au reste de l'Europe. 500 000, c'est donc le nombre de vaches laitières qui seront probablement sur la sellette d'ici quelques années, soit un tiers du cheptel laitier. Pour augmenter leur production de lait, les Pays-Bas ont, depuis des années, accru leur cheptel de bovins et, par conséquent, les émissions de phosphates issus des déchets organiques des vaches. Pour une exploitation basée à 80 % sur l'herbe, la dose autorisée d'azote organique est de 250 kg/ha aux Pays-Bas (230 kg/ha en zone sableuse) contre 170 kg/ha dans la plupart des États membres. C'est le cas de la France qui ne bénéficie pas de dérogation à la directive européenne sur les nitrates reconduite tous les quatre ans par Bruxelles, contrairement à l'Irlande du Nord, le Pays-de-Galle, l'Écosse, l'Angleterre, les Flandres et la plaine du Pô en Italie. « L'Irlande, par exemple, justifie cette forte production par une exportation d'azote organique plus importante que la moyenne de ses voisins européens », explique Sylvain Foray, chargé d'études sur le cycle de d'azote sur des systèmes laitiers à l'Institut de l'élevage. Sous la pression de la Commission européenne, La Haye a tapé du poing sur la table face aux effets pervers de la disparition des quotas laitiers européens.

Des sanctions pécuniaires
Épinglés par Bruxelles pour avoir dépassé trois ans de suite les plafonds autorisés, les Pays-Bas annoncent la mise en place d'un régime contraignant en vue d'encadrer le secteur laitier du pays. Conséquence : un millier d'exploitations sont amenées à disparaître dans le courant de l'année. « C'est une décision difficile mais inévitable car l'État néerlandais doit respecter les limites de la production de phosphates de l'UE », explique René van Buitenen, porte-parole de NZO, association de producteurs laitiers aux Pays-Bas. Rabobank, la banque du secteur agricole prévoit une réduction à terme de 4 % à 8 % du cheptel bovin laitier néerlandais. La mesure majeure concerne les sanctions pécuniaires. Elle vise les exploitations ayant grossi leur cheptel depuis 2015. Ceux qui se refuseraient de le réduire comme prévu percevront 90 % de moins du prix garanti du lait pour chaque vache surnuméraire. De son côté, la coopérative laitière FrieslandCampina, le numéro un du lait dans le pays, a annoncé à ses producteurs un bonus de réduction de la production de lait de 10 cts/kg pour le lait non produit, en plus de l'aide européenne de 14 cts/kg. En début d'année 2016, FrieslandCampina avait déjà payé à ses producteurs 2 cts de plus au kg de lait, s'ils avaient produit moins, ou autant, que fin décembre 2015. La baisse des livraisons s'était élevée à 35 millions de kg pour 14,1millions d'euros, soit 40 cts pour le kg de lait non produit. Cette décision avait été prise pour faire face à des goulots d'étranglement dans les capacités de transformation du groupe. Outre les difficultés de valorisation qui subsistent, la nouvelle mesure est surtout en rapport avec le quota phosphates qui sera attribué aux exploitations laitières néerlandaises. Ces quotas sont attribués par le gouvernement depuis le 1er janvier 2017 sur la base d'une référence prise en juillet 2015. Ils correspondent à un plafonnement du nombre de vaches. Or, malgré le fait que cette décision soit connue depuis longtemps, les producteurs néerlandais ont très peu réagi et la production a continué de progresser. La décision de FrieslandCampina porte sur la période du 1er octobre 2016 au 31 mars 2017, avec référence aux volumes produits entre le 20 août et le 17 septembre 2016. L'attribution du bonus est automatique, mais les éleveurs doivent au moins diminuer de 2 000 kg par trimestre, et le bonus est plafonné à 20 000 kg par trimestre. L'objectif est une baisse de 150 M kg pour une enveloppe de 15 M €.

Une prime pour abattre des vaches laitières
Pour contrebalancer sa mesure, le gouvernement hollandais a décidé d'attribuer une prime à l'abattage de vaches laitières pour respecter le plan de réduction des émissions de phosphates. « Le montant a été fixé à 1 200 € par vache laitière abattue en cas de cessation d'activité », précise René van Buitenen. 500 éleveurs ont d'ores et déjà annoncé leur participation à ce plan pour 31 500 vaches. C'est la première partie du plan gouvernemental actuel de 60 000 animaux qui doivent être éliminés en 2017. Une seconde soumission est prévue pour mai prochain. Avec cette réduction du cheptel laitier, la production devrait diminuer de l'ordre de 5 %, indique le principal syndicat agricole néerlandais LTO. Mais au total, le cheptel laitier devrait être réduit de 190 000 animaux pour respecter les objectifs du plan. « 160 000 vaches ont déjà été retirées du marché », précise l'association NZO. Ce programme est la conséquence du contentieux entre les Pays-Bas et l'Union européenne concernant les émissions de phosphates en agriculture. Les mesures d'abattage font partie du catalogue de mesures arrêtées entre le gouvernement et les organisations agricoles pour échapper aux sanctions européennes. Le plan de réduction d'émissions est financé à hauteur de 25 M € par l'État néerlandais et par un montant équivalent de la branche agricole. Outre ce plan d'urgence, un nouveau système de quotas de lisier sera mis en place dès 2018 imposant des limites de production de déchets organiques des vaches en fonction de la grandeur du cheptel et de la superficie des terres. Si l'élevage est trop intensif, les exploitations agricoles seront obligées de réduire leur troupeau. À ce jour, ce nouveau plan de réduction de phosphates ne semble pas impacter l'économie de la filière aux Pays-Bas. « Depuis le début de l'année, il n'y a pas eu de réduction de production dans le pays », reprend Sylvain Foray de l'Idele. Reste à surveiller la situation dans les prochains mois pour connaître les conséquences de l'abandon de l'accord sur les permis phosphates pour les Pays-Bas. En France, des réflexions sont en cours pour obtenir des dérogations pour les exploitations engagées dans un système reconnu.
Agrapresse avec A. Pelotier
Production / Malgré une surface limitée en terres agricoles (1,87 Mha, soit 1,1 % de la SAU européenne en 2010), les Pays-Bas présentent une production agricole relativement importante.
Une agriculture intensive et mécanisée
En raison des contraintes territoriales fortes, l’agriculture néerlandaise est très intensive et hautement mécanisée. Le territoire agricole en 2014 se partage entre 50 % de prairie, 517 000 ha de terres arables, et 100 250 ha d’horticulture/maraîchage, dont 9 500 ha sous serre. Les Pays-Bas comptent près de 63 000 exploitations agricoles. Leur nombre est en baisse depuis plusieurs années. Depuis 2000, un tiers des exploitations a disparu. La taille moyenne des exploitations est de 28 ha. Du fait de la forte pression foncière, le prix des terres est particulièrement élevé. Près de la moitié des agriculteurs néerlandais a plus de 55 ans et plus de 20 % d’entre eux ont plus de 65 ans. Bien que la part des agriculteurs de 65 ans et plus soit relativement stable, la part des agriculteurs de moins de 45 ans a fortement diminué (20 % en 3 ans). En 2014, l’agriculture (production primaire) participait pour 1,8 % du PIB national et employait 190 026 travailleurs réguliers, soit 2,3 % de l’emploi total.Cheptel bovin laitier important
Le secteur bovin lait néerlandais est important. Avec quelque 13 Mt de lait collectés en 2015, il représentait presque 9 % de la collecte de l’Union européenne. Le produit transformé principal de l’industrie laitière est le fromage. Les cultures arables se retrouvent principalement au nord du pays (Groningen, Drenthe, Flevoland) et au sud (Zélande). Les productions majoritaires sont la betterave sucrière, la pomme de terre, le blé, l’orge et le triticale. Sur la côte ouest hollandaise se trouve une forte concentration d’exploitations horticoles. L’horticulture en plein air se situe essentiellement entre Haarlem et Leyden sur d’anciennes dunes alors que l’horticulture sous serre s’est implantée autour de La Haye. L’agriculture biologique se développe très lentement et concerne 1 412 exploitations agricoles, soit 2,2 % des exploitations néerlandaises. En 2014, 49 000 ha étaient certifiés en agriculture biologique, soit 2,7 % de la SAU néerlandaise. Près de 40 % des exploitations certifiées biologiques sont des exploitations avec des pâturages. Le consommateur néerlandais est de plus en plus exigeant vis-à-vis de la qualité des produits alimentaires. De nombreux labels garantissant de meilleures conditions de vie des animaux ont vu le jour aux Pays-Bas, comme le label Better Leven, « Meilleure Vie ».
Source : Ministère de l’Agriculture