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Congrès FNSEA

70 ans de lutte syndicale et le combat continue !

Après une année 2015 difficile pour un grand nombre d’agriculteurs, le congrès de la FNSEA s’est tenu du 30 mars au 1er avril à Laval, en Mayenne. L’occasion de faire le point sur les mesures obtenues et sur les avancées encore possibles. Ce congrès a été marqué par le 70e anniversaire du syndicat national.
70 ans de lutte syndicale et le combat continue !

Les responsables agricoles ont le sentiment qu'on leur tourne le dos », a déclaré le président de la FNSEA, Xavier Beulin, à l'adresse du ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, qui venait de terminer son discours devant le 70e congrès de la FNSEA, qui s'est déroulé à Laval, les 30, 31 mars et 1er avril. Accueilli sous les huées, Stéphane Le Foll a déroulé la totalité de ses propos, imperturbable, sous le brouhaha et les chahuts des congressistes dont certains avaient ouvert des parapluies en tournant le dos à la tribune pour signifier que le ministre ne répondait pas à leurs attentes. Dès le départ, Xavier Beulin avait donné le ton. « Je ne peux taire les désaccords qui sont les nôtres. Nous avons un passif, Monsieur le ministre », l'a-t-il interpellé à plusieurs reprises. Avant de faire l'inventaire dans un discours sans concession de tous les sujets de mécontentement, même s'il a reconnu, ici et là, quelques avancées. Ainsi, en est-il de la mise en œuvre de l'année blanche, même si des instructions récentes viennent de sortir. « Le texte ne nous convient pas », a martelé le président de la FNSEA. « Du même tonneau », pour la deuxième enveloppe du fonds d'allégement des charges, avant que Stéphane Le Foll s'engage « à ajuster et compléter ce qui a été fait ». Le président de la FNSEA a plaidé, pour sa part, pour la mise en place d'un congé formation pour ceux qui n'ont d'autre choix que de quitter le métier et d'envisager une reconversion professionnelle. Et d'ailleurs, pour ceux qui sont en difficulté et pour protéger leur patrimoine privé, la FNSEA appelle de ses vœux la création d'un statut de l'agriculteur et la mise en place d'une fiscalité professionnelle. « La fiscalité agricole n'est plus adaptée aux conditions actuelles de l'exercice du métier. Elle mélange le privé et le professionnel et elle ne tient pas suffisamment compte des variations de revenu », a observé Xavier Beulin. Ce qu'il souhaite, c'est une véritable fiscalité d'entreprise, interannuelle et qui favorise les investissements.

Le compte pénibilité sur la sellette

Si le président de la FNSEA s'est félicité de la diminution des cotisations sociales de 10 points pour engager une baisse durable du coût du travail, il n'en reste pas moins que la politique de l'emploi du gouvernement manque de lisibilité. Il en est ainsi du compte pénibilité. Les dispositions actuelles « sont inapplicables en l'état, elles ne seront pas appliquées », a confirmé Xavier Beulin. Quelques instants plus tard, le ministre s'est montré ouvert à certaines revendications professionnelles. Est-ce que ce sera suffisant pour faire taire la grogne ? Il en est de même sur la complémentaire santé inadaptée à l'agriculture, en raison du caractère saisonnier de l'activité. Le ministre a été aussi interpellé sur les normes. Certes, la mise en place du comité d'élaboration des normes, promis par le Premier ministre en février dernier, a tenu sa première réunion le 23 mars dernier. Pas de quoi rassurer complètement la FNSEA. Notamment sur la mise en place du certificat d'économie phytosanitaire dont le décret est en préparation. « Pas de surtransposition par rapport au cadre européen, nous voulons la norme européenne, ni plus, ni moins », a insisté Xavier Beulin.

Ligne rouge

Sur les filières, on sait que la FNSEA se bat pour un meilleur partage de la valeur ajoutée entre les différents maillons. La contractualisation est une voie qu'elle promeut, à condition, bien entendu, qu'elle prenne en compte les coûts de production. « Nous demandons que les coûts de production soient des indicateurs qui servent à déterminer le prix des contrats ». Idée reprise par Stéphane Le Foll qui a indiqué que la loi Sapin 2, qui vient prochainement en discussion au Parlement, comportera un article en ce sens ainsi que la possibilité d'engager des négociations pluriannuelles. Plus précisément, elle intégrera un article interdisant la cessibilité des contrats laitiers ainsi qu'un renforcement des astreintes pour les entreprises qui ne publient pas leurs comptes. Comme Lactalis. Interpellé sur la Pac et notamment sur les surfaces non agricoles (SNA), le ministre a promis que les corrections effectuées cette année vaudraient pour 2015 et 2016 ainsi que pour 2017 et 2018, sans être écouté, comme d'ailleurs tout au long de son discours. Mais Stéphane Le Foll n'a pas répondu à la demande de report de la date limite de dépôt des dossiers Pac, ni sur la levée de l'embargo russe ou à défaut de mesures de compensation. En revanche, il partage comme le président de la FNSEA, la nécessité d'étendre à l'échelle européenne la maîtrise de la production laitière. « Je vais reprendre mon bâton de pèlerin », a-t-il indiqué, pour convaincre nos partenaires réticents. Quant aux négociations sur le traité transatlantique entre l'Europe et les États-Unis, le ministre a rappelé la ligne rouge de la France, à savoir : pas de remise en cause des normes sanitaires européennes, ni d'ouverture des frontières qui compromettrait la capacité de production de l'Europe, sur la viande bovine par exemple. Il est vrai que quelques instants plutôt Xavier Beulin lui avait demandé une suspension des négociations, l'agriculture ne devant pas être considérée comme une monnaie d'échange. Il n'en reste pas moins que quelles que soient les réponses que le ministre ait pu apporter, la confiance est désormais rompue et on ne voit pas très bien ce qui pourrait la restaurer.

Fonds porcin : premiers versements en juin

Devant le congrès de la FNSEA, Xavier Beulin a indiqué que le fonds porcin est désormais prêt à fonctionner et que les premiers versements devraient intervenir mi-juin. « Le protocole d'accord est prêt à être signé. Dès la mi-juin, si chacun respecte ses engagements, les éleveurs recevront un premier versement », a indiqué le président de la FNSEA. Il sera équivalent à deux mois de production sur la base de 9 € par porc charcutier pour un naisseur-engraisseur. Un deuxième versement devrait intervenir en juillet, a-t-il précisé. 

 

Table ronde / À la suite d’une réflexion sur les filières de plusieurs mois sur le terrain, portée et présentée par Henri Brichart, vice-président de la FNSEA, une table ronde s’est déroulée. La création de valeur et son partage équitable au sein de la chaîne alimentaire demeurent cruciaux. Pour y parvenir, la contractualisation est mise en avant par une majorité d’opérateurs.

Comment créer plus de valeur et de partage ?

Face au constat de succession des crises, de déséquilibre dans les relations commerciales, de volatilité des prix accrue et de pertes de parts de marché de la France vis-à-vis de ses voisins européens, une table ronde sur l’avenir des filières s’est déroulée lors du congrès de la FNSEA le jeudi 31 mars. L’occasion de rappeler, par les différents acteurs intervenants de la FNSEA, de la FNB, de la CGB, du ministère de l’Agriculture, de l’Institut de l’élevage (Idele), et du Copa-Cogeca, la priorité de créer de la valeur aux produits et de la redistribuer plus justement. Assurer un revenu aux agriculteurs reste l’objectif premier. « Les producteurs sont trop souvent considérés comme des fournisseurs de minerai. La création de valeur est plus forte à l’aval qu’à l’amont », regrette Henri Brichart en préambule des échanges. Une offre non adéquate avec la demande et un manque de segmentation des marchés pénalisent considérablement la production. Mais alors, quelles stratégies concrètes proposer pour garantir un avenir aux filières ?
Un outil trop peu développé
Considérée par beaucoup d’opérateurs comme la solution à privilégier, la contractualisation peine encore à trouver ses marques. Pour Guy Hermouet, vice-président de la FNB, ce dispositif fonctionne déjà pour les marchés de niche. Mais pour les autres, il faut qu’il ait atteint un taux de représentativité de plus de 30 % pour être en capacité d’influer sur les prix. Dans les négociations de filières, la FNSEA prône une application du contrat en deux temps (avant la fin de l’année entre producteurs et industriels et avant la fin février entre transformateur et distributeur). « Il faut la développer en multipliant les partenariats », précise Xavier Beulin. Même discours chez Francis Amand, médiateur sur ces questions au ministère de l’Agriculture. La réouverture possible de la loi de modernisation économique (LME) permettrait de recentrer la place des producteurs au cœur des négociations commerciales. « Une véritable opportunité à saisir », selon Xavier Beulin. Pour le médiateur du ministère, un risque d’affaiblir la compétitivité du maillon intermédiaire demeure néanmoins présent. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a annoncé en clôture du congrès « des progrès substantiels grâce à la contractualisation » ,précisant que 25 % de la filière porcine française sera sous ce dispositif.
L’exemple du secteur viticole
Dans la région du Languedoc, rappelle Thierry Coste, président du groupe vins au Copa-Cogeca, la filière viticole a dû subir une véritable mutation afin de répondre aux évolutions et aux nouveaux défis. « À l’époque, le vin allait très mal », se remémore-t-il. Les modes de consommation ont totalement changé passant d’un « vin aliment » à un « vin plaisir ». « Sur les 30 millions d’hectolitres que produisait la région, 25 millions ne sont plus consommés aujourd’hui », précise-t-il. Des arrachages de vignes ont alors été mis en œuvre partout dans la région. En parallèle, la montée en gamme des vins de cépages américains et australiens et les restrictions grandissantes des pouvoirs publics vis-à-vis de l’alcool continuaient de faire pression sur la filière française. L’impulsion d’un renouveau a été permise par les aides publiques aux investissements. L’unité et le dynamisme de la coopération viticole ont constitué un autre facteur de soutien et pas des moindres. La redéfinition de produits ciblant de nouveaux consommateurs s’est également avérée payante.