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Elevage

Intelligence artificielle, agroécologie et humain :  le triptyque gagnant d’Adice 

L’association Adice (Ardèche, Drôme, Isère Conseil élevage) a tenu son assemblée générale le 26 juin. Si l’intelligence artificielle au service de projets innovants fait partie des enjeux majeurs de l’association, pour améliorer la productivité des élevages et l’agroécologie, l’humain reste au cœur de ses priorités.

Intelligence artificielle, agroécologie et humain :  le triptyque gagnant d’Adice 
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Pour Adice, c’est une question de stratégie et d’adaptation, « dans un contexte de contraintes économiques, sociétales et climatiques », explique Patrick Ribes, son président.

Une association d’éleveurs, au service des éleveurs, déterminée à résoudre leurs problématiques et à être à l’écoute de leur bien-être comme de celui des animaux : tel est le leitmotiv d’Adice, dont l’assemblée générale s’est tenue le 26 juin dernier à Guilherand-Granges. Depuis sa fusion en 2019, et après deux premières années de résultats négatifs, les comptes sont redevenus positifs à partir de 2021. Une dynamique qui accompagne une stratégie volontariste : développer le volet agroécologique du conseil, tout en mettant le cap sur de nouveaux projets productivistes où l’intelligence artificielle est mise à profit, pour une approche plus pointue.

Une approche systémique 

Si Adice propose des services à la carte, le contrôle de performance reste le pilier principal. L’an dernier, 5 394 pesées ont été réalisées, soit plus de 6 900 traites et 385 000 échantillons analysés. Les conseillers ont parcouru l’équivalent de dix fois le tour de la Terre en kilomètres. « En moyenne, les éleveurs bénéficiant de conseils chez nous reçoivent entre 15 et 16 heures d’accompagnement par an, indique Adrien Raballand, responsable conseil élevage chez Adice. Avec une approche à 360°, nous souhaitons accompagner tous les volets de l’exploitation. Par exemple, pour calculer la ration, il faut s’intéresser au troupeau, au fourrage, penser au coût, à la stratégie et à la logistique. »
Pour Adice, c’est une question de stratégie et d’adaptation, « dans un contexte de contraintes économiques, sociétales et climatiques », explique Patrick Ribes, son président. Adrien Raballand présente alors les services proposés, notamment les services fourrages AgriNir et ceux liés aux acides gras, via les données de pesées. Ils servent à affiner la nutrition des animaux, grâce à des critères portant sur l’ingestion, la digestion et les émissions de méthane. La présentation se poursuit, avec un outil satellite d’aide à la décision pour l’ensilage maïs. Ce satellite suit la maturité du maïs et permet de prévoir une date de récolte optimale. Chaque semaine, les éleveurs reçoivent un rapport personnalisé.

Monitoring par caméras

À l’aide de l’intelligence artificielle, un système de caméras placées en hauteur dans les bâtiments permet de suivre finement le comportement des vaches : détection des vêlages, des chaleurs et d’éventuels problèmes de santé. Grâce au « budget temps », l’outil analyse en continu le temps passé à manger, ruminer, à être couché..., pour anticiper les évolutions du troupeau. L’expérience en est pour le moment à ces balbutiements : « Aujourd’hui, une quarantaine d’élevages sont équipés en France », souligne Adrien Ballarand.

Liste de pesée électronique

Nouveauté prévue pour les caprins en 2026 : la liste de pesée électronique (LPE). Son avantage ? Plus besoin d’utiliser un ordinateur en salle de traite : une simple application sur téléphone suffit. De plus, « la préparation en amont réduit le risque d’anomalies », assure Anne-Claire Cesbron, responsable contrôle et performance. L’assemblée générale se poursuit avec la présentation d’un outil bien connu, désormais, des éleveurs caprins : la balance automatisée connectée. Elle permet de mesurer la croissance des chèvres en s’appuyant sur leur curiosité naturelle, pour déterminer le moment idéal du sevrage, avec à la clé, des gains techniques, économiques et de temps. Lauréate du prix de l’innovation au Sommet d’Or 2024, cette technologie est désormais en test chez les ovins. Une application est en cours de développement et l’algorithme est encore en phase de fiabilisation, avant d’envisager son industrialisation.

Des projets dans la durabilité

L’objectif d’Adice : trouver un équilibre entre la préservation de la biodiversité et la productivité des élevages. Ainsi, 2024 a été l’année où une chargée de mission agroécologie a été recrutée : Émilie Ollion. L’assemblée générale a permis de présenter quelques projets en cours, pour accompagner les éleveurs vers davantage de durabilité. Le projet « Accalmie », destiné aux éleveurs bovins laitiers, vise à accompagner les exploitations dans leur adaptation au changement climatique. « L’ambition est d’aller vers une transition agroécologique cohérente à l’échelle d’un territoire, en impliquant les éleveurs dans une démarche collective. L’objectif est de créer du lien et de co-construire des stratégies résilientes et efficaces. Il est important que les agriculteurs s’engagent pour se fixer un cap », explique Émilie Ollion. Le projet s’articule autour de plusieurs axes : autonomie alimentaire, maintien de la productivité des prairies, réduction de l’usage des produits phytosanitaires, travail du sol allégé, baisse de l’empreinte carbone… Il a débuté le 30 juin dernier pour une durée de trois ans, avec une attention particulière portée à la « diversification comme levier de résilience pour les fermes. » 
Émilie Ollion poursuit sa présentation avec le projet « Proscor », démarré en 2024, en collaboration avec l’Inrae, l’institut de l’élevage et la Suisse. Son objectif est d’évaluer si les élevages de bovins lait et viande sont producteurs ou consommateurs nets de protéines. Ce projet recherche ainsi à diminuer la compétition dans l’utilisation des ressources en particulier entre les ruminants et l’alimentation humaine. « Il s’agit de mesurer combien de protéines consommables par l’Homme sont produites par la ferme, par rapport à la quantité de protéines consommées par les animaux qui auraient pu être directement consommées par l’Homme, détaille la chargée de mission. L’enjeu est de croiser cette efficience protéique avec l’efficience économique, pour démontrer que certains systèmes d’élevage sont vertueux et producteurs nets de protéines. » À terme, l’ambition est que cet indicateur devienne un des outils de pilotage des exploitations.

L’IA au service de l’humain

En clôture de l’assemblée générale, Hugues Villette, directeur d’Adice, a souligné les défis à venir, notamment l’intégration de l’intelligence artificielle (IA). Si celle-ci ouvre de nouvelles perspectives, elle ne remplacera pas le rôle du conseiller, qui reste central, « pour transformer ces données en connaissances utiles et adaptées à chaque exploitation », souligne Thierry Deygas, vice-président de l’association. Et surtout, il s’agit de préserver l’essentiel : l’humain en général et l’éleveur en particulier, qui est lui aussi, un expert de sa pratique. Le témoignage d’Odile Seive, conseillère en élevage bovin lait, rappelle l’importance de l’écoute et de la relation de confiance. Des éléments, qu’aucune intelligence artificielle ne pourra remplacer : « Si on est sur le terrain, la confiance se crée et l’éleveur peut nous parler de choses profondes. On ne fait pas de miracles, mais si l’éleveur repart un peu plus léger dans ses bottes, alors on a avancé », observe-t-elle, avec lucidité.  

M.M.

Interview

« Rester présent sur tous les fronts »

Avec 670 adhérents, Adice affiche une baisse de ses effectifs, notamment parmi les éleveurs bovins lait (démographie en baisse, conjoncture difficile). Mais le prix du lait, actuellement favorable, freine l’hémorragie… pour le moment. Patrick Ribes, président d’Adice, revient sur la stratégie à adopter et les ambitions de l’association. 

« Rester présent sur tous les fronts »
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Face à la baisse du nombre d’éleveurs, adhérents à l’association, Adice a fait le choix de diversifier ses missions et d’appliquer une approche systémique.

Comment fédérer davantage d’éleveurs ?
Patrick Ribes : « Il y a plusieurs leviers. Face à la baisse du nombre d’éleveurs, on pourrait s’attendre à une réduction du nombre de conseillers. Pourtant, cela impliquerait une équipe restreinte, moins de compétences mutualisées et davantage de déplacements. Pour y répondre, notre première stratégie a été de diversifier les missions liées à l’élevage, comme le pointage ou l’accompagnement sur les dossiers PAC. Ces actions permettent de renforcer les compétences, de tisser des liens avec d’autres structures et de maintenir les conseillers sur un territoire plus restreint et vivable. L’autre moyen, c’est une approche à 360°, systémique, d’où l’intérêt de la fusion des trois départements (Drôme, Ardèche et Isère, qui a eu lieu en 2019 NDLR). Cela nous permet de constituer une équipe aux compétences variées, capable d’accompagner les éleveurs sur tous les fronts. »

Quelles sont les ambitions d’Adice ?
P.R. : « Il s’agit de rester présent sur tous les fronts, tout en s’impliquant dans des projets innovants au service des éleveurs. L’intelligence artificielle, par exemple, en fait partie : elle nécessite des moyens importants, d’où l’intérêt de se regrouper et de nouer des partenariats pour répondre à ces enjeux. Cela nous permet de continuer à innover pour accompagner au mieux les éleveurs. »

Ne craignez-vous pas qu’à force d’accumuler des données, les éleveurs finissent par perdre de vue leurs objectifs, voire le sens même de leur métier ?
P.R. : « Un trop-plein de données n’a aucun intérêt pour l’éleveur. C’est justement là que l’intelligence artificielle prend tout son sens : elle permet de filtrer l’information et de ne transmettre que l’essentiel, sous forme d’alertes, quand un problème se pose. Mais aussi de se poser la question, de savoir de quoi on aura besoin demain, car les choses évoluent vite. L’objectif n’est pas de noyer les éleveurs sous les chiffres, mais de leur fournir des outils utiles, sans jamais perdre de vue l’essence du métier : l’animal, la passion et le terrain. »  

Propos recueillis par M.M. 

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L’assemblée générale d’Adice a permis de passer en revue les nombreux services aux éleveurs, tout en mettant le cap vers des projets agro-écologiques.