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RAVAGEUR

Verse des maïs à la mise en route de l’irrigation : un signe de dégâts de chrysomèle

Depuis mi-juin et avec la mise en route de l’irrigation sur maïs, des cas de verse sont observés. Agriculteurs et techniciens se demandent quelle en est la cause et comment réagir pour en limiter l’impact. Les réponses d’Arvalis-Institut du végétal.  

Verse des maïs à la mise en route de l’irrigation : un signe de dégâts de chrysomèle
©PierreChavallard
Verse de maïs, cultivé pour la quatrième année sur la parcelle, après une irrigation à Leyrieu (Isère), le 17 juin dernier.

Un orage ou une irrigation peut agir comme un révélateur en entraînant une verse impressionnante des maïs, mais cette verse est en réalité causée par des dégâts aux racines des maïs qui limitent leur ancrage. La chrysomèle est souvent la responsable sur les parcelles cultivées en maïs depuis plusieurs années. Lorsque l’on prélève des maïs à la bêche et que l’on observe le système racinaire, on peut remarquer que les racines coronaires sont détruites, mangées par les larves de chrysomèle. À cette période, des larves peuvent encore être bien visibles. Comparer le système racinaire avec celui de plantes saines non versées peut permettre de mieux repérer les dégâts.

Quelle évolution des parcelles versées ?

Même si la verse est impressionnante, les maïs se redressent, plus ou moins rapidement, parfois de façon spectaculaire. Ils conservent cependant un bas de tige courbé et caractéristique en « col de cygne » et restent fragilisés. Un nouvel épisode de verse est possible en cas d’orage ou de vent violent. Lorsque l’irrigation a déclenché la verse, il peut être tentant d’interrompre le tour d’eau, par peur d’amplifier les dégâts. 
Au contraire, il est très important, dans les situations qui le nécessitent, d’apporter l’eau nécessaire à la plante. Une bonne alimentation hydrique est le principal facteur permettant au maïs de produire rapidement de nouvelles racines pour s’ancrer et s’alimenter. En dehors de secteurs localisés touchés par des orages et ayant parfois reçu des cumuls importants, la pluviométrie a été assez limitée depuis le 10 mai. Les réserves utiles des sols en plaine de Lyon et plaine de l’Ain étaient souvent très entamées et les maïs commençaient à souffrir du stress hydrique, limitant leur capacité de compensation racinaire. Le premier tour d’eau reçu va être bénéfique.

Évolution des attaques et incidence sur le rendement

Le stade larvaire de la chrysomèle s’achève avec l’émergence des adultes. Si ces derniers peuvent être très visibles et facilement reconnaissables dans les parcelles, ils ne causent pas de dégâts sur les maïs hybrides. Ils se nourrissent sur les feuilles puis les soies fraîches, mais le maïs compense facilement.
A l’émergence des adultes, les nouvelles racines émises par le maïs ne sont plus consommées, car il n’y a plus de larves dans le sol : les dégâts racinaires atteignent donc leur niveau maximum fin juin. L’impact sur le rendement est très difficile à prédire et dépendra des conditions de l’été, surtout en termes d’alimentation hydrique. En cas d’été très chaud et sec et d’irrigation limitante, l’impact sera beaucoup plus important que si l’été est arrosé et/ou l’irrigation non limitante. Dans des essais menés en Alsace en 2023 et 2024, l’impact sur le rendement de la chrysomèle était de 10 à 15 %, dans des conditions favorables (été sans gros excès de chaleur et avec irrigation). En conditions défavorables, l’impact peut être beaucoup plus conséquent, comme observé dans le Grésivaudan et en Combe de Savoie en 2022.  

Ophélie Boulanger, ingénieure régionale Rhône-Alpes Arvalis-Institut du végétal

Pour plus d’éléments concernant la chrysomèle et les résultats d’essais, se référer au document « Choisir et Décider Maïs – région Est 2025 », à partir de la page 131, disponible ici

Conseils

En cas de verse, regarder les racines des maïs, la chrysomèle est généralement à l’origine de dégâts importants.
Poursuivre l’irrigation des maïs tout au long du cycle, même si cela provoque de la verse. Une bonne alimentation hydrique constitue le meilleur soutien possible à la croissance racinaire des maïs et à leur compensation. Il n’y a pas d’autre lutte ou méthode curative à mettre en place, car les dégâts sur racines ont déjà été causés. La chrysomèle ne se développe que dans les parcelles où du maïs est cultivé pendant plusieurs années de suite. Si de la verse est observée sur une parcelle avec un précédent autre que le maïs, la cause est à rechercher ailleurs (rhizoctone par exemple). Les adultes, même si très visibles, ne causent pas de dégâts importants. Leur suivi via le réseau de piégeage mis en place dans la région a pour but d’estimer un niveau de risque pour les maïs de l’année prochaine.
Et la campagne prochaine ? 
Ne surtout pas réimplanter en maïs, en 2026, une parcelle ayant versé en 2025. 
Limiter le plus possible à trois années les successions de maïs, en coupant ensuite par un soja ou un blé par exemple, qui permet de ramener la population de larves à 0 pour le maïs 
suivant.  Appliquer un produit larvicide au semis des maïs avec un précédent maïs, même si l’efficacité n’est jamais totale. Le Force 1.5 G a montré la meilleure efficacité sur larves dans les essais, réduisant de près de 70 % le nombre d’adultes émergeant de la parcelle. Il n’est utilisable qu’un an sur trois, il faut le réserver à la dernière année de maïs avant la rotation. Le Belem et le Force 20 CS ont permis une régulation de l’ordre de 30 %, et peuvent apporter une protection sur des maïs de 2ème année. Il est inutile de lutter contre la chrysomèle au semis d’un maïs avec un précédent autre que maïs (soja, blé), car il n’y a pas de larve dans le sol. Selon les cas, une lutte contre un autre ravageur peut être nécessaire (taupin…).