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Expérience

En plein tour du monde, ils découvrent les métiers agricoles nichés au cœur de l’Australie

Depuis août 2024, Marine Ropa et Ludovic Leibel ont tout quitté pour entamer un tour du monde. Après huit mois passés en Asie, ces voyageurs ont atterri en Australie afin de découvrir cet immense pays, tout en travaillant dans des secteurs jugés en crise. En quelques semaines, le jeune couple a déjà expérimenté le travail en exploitation laitière de 1 200 vaches, la plantation de sapins de Noël et le fonctionnement d’une entreprise productrice de gingembre.

En plein tour du monde, ils découvrent les métiers agricoles nichés au cœur de l’Australie
©Les Vadrouyeurs
Les voyageurs ont passé trois semaines sur une ferme laitière de 1 200 vaches, où ils devaient à la fois nettoyer et veiller à ce que les veaux nés le jour-même apprennent à boire au biberon.

Originaires des Vosges et de l’Alsace, Marine Ropa et Ludovic Leibel ont quitté la France il y a un an pour entamer un tour du monde dont ils font le récit depuis leur compte Instagram et leur blog nommé Lesvadrouyeurs. Appartement, CDI en tant que manipulatrice radio et ingénieur dans le bâtiment, familles, amis… Ce jeune couple a décidé de tout plaquer pour vivre pleinement cette expérience hors-normes. Après avoir arpenté l’Asie durant huit mois, puis la Nouvelle-Zélande, le duo a posé ses valises en Australie pour une durée plus longue que ce qu’ils avaient initialement imaginé. 

Travailler au milieu de 1 200 vaches laitières

« On se sent vraiment bien en Australie, surtout que nous avons la possibilité de travailler et de faire des économies pour un coût de la vie qui est moins cher qu’en France », sourit Marine. Depuis leur arrivée, les voyageurs ont entrepris les démarches pour étendre leur Programme Vacances-Travail (PVT) et rester une seconde année sur le territoire australien. Les conditions sont simples : avoir moins de 35 ans et réaliser 88 jours de travaux, soit 3 mois, dans un des secteurs jugés en tension, dont le secteur agricole et la construction. « En France, je n’avais jamais mis les pieds dans un champ, mais en Australie, il n’y a pas besoin d’avoir de l’expérience, il y a énormément d’opportunités tant que l’on est motivé et que l’on maîtrise un minimum l’anglais », assure Ludovic. Leur première expérience dans une giga-ferme laitière de 1 200 vaches de race prim’holstein située dans l’État du Victoria, au sud-est de l’Australie et à trois heures de Melbourne, les a fortement marqués. « La ferme produit quotidiennement environ 15 000 litres de lait. Le protocole d’hygiène y est très strict, car il n’y a pas de pasteurisation. Le lait est envoyé dans une autre entreprise pour l’embouteillage, puis vendu frais dans les supermarchés australiens », raconte Ludovic, tout en se remémorant le passage des camions-citernes qui transportent près de 50 000 litres de lait chaque jour. « Ces camions ont parfois deux remorques à l’arrière, à tel point qu’ils se font appeler les trains sur la route ! » Durant trois semaines, la mission du couple était essentiellement du nettoyage, entre 5 heures et 9 h 30, puis de 14 h 30 à 18 heures. « Toute la traite était robotisée, c’était très impressionnant », déclarent-ils d’une même voix. En parallèle, Ludovic devait veiller à ce que les vaches qui ne souhaitaient pas aller à la traite par elles-mêmes s’y rendent. Arrivé en pleine période de vêlage, il devait également surveiller les naissances. « Je regardais si des veaux étaient nés. Si c’était le cas, nous devions les emmener une heure après leur naissance dans un hangar dédié où il fallait leur apprendre à boire au biberon… Une expérience que nous n’aurions pas pu avoir en France ! » Mais cette aventure, riche en apprentissages et en découvertes, s’est rapidement arrêtée. « Nous avons fait le choix de démissionner, car le management était trop compliqué, nous n’avons jamais rencontré les propriétaires de la ferme, qui se contentaient de nous envoyer des consignes sur l’application WhatsApp, dans une conversation où nous ne pouvions jamais répondre, ce qui ne facilitait pas les échanges et le travail… », se désole Marine. En Australie, ces contrats dits « casual » permettent aux employés, comme aux employeurs, de cesser le contrat du jour au lendemain. « Il n’y a aucun engagement de part et d’autre, un simple SMS est gage de démission », souligne la jeune femme. 

Planter 29 000 sapins de Noël durant cinq jours

Leur second emploi, au cœur d’une plantation de sapins de Noël, fut encore plus atypique. « Durant une semaine, nous plantions des arbres de 7 heures à 16 heures, avec une pause d’une demi-heure pour manger. Nous étions payés à l’arbre, avec un salaire minimum garanti de 17 € brut par heure et avec une taxation à seulement 15 %, du fait de notre statut casual, continue Marine. Nous pouvons nous faire virer du jour au lendemain et nous n’accumulons pas de congés payés, c’est la contrepartie pour être payé 25 % plus cher qu’un citoyen australien. » Véritable amoureux des chiffres, Ludovic a comptabilisé le nombre de plantations effectuées et le gain final. « En cinq jours de travail, nous avons planté près de 29 000 arbres à deux, soit l’équivalent d’une ligne droite de 38 km durant laquelle nous plantions un arbre toutes les dix secondes ! » Selon le couple, cette expérience a confirmé leurs ressentis vis-à-vis des Australiens. « Nous avions des barquettes de 45 ou 81 plants accrochées à notre taille, qui nous servaient à calculer le nombre d’arbres plantés. Nous notions sur notre téléphone le nombre de barquettes plantées à la journée, c’était vraiment une déclaration basée sur la confiance. En Australie, les personnes sont réellement honnêtes », assure Marine. 

Comprendre et participerà la production du gingembre

Désormais employés dans une ferme de gingembre bio de 1,6 ha située dans l’État du Queensland, au nord-est du pays, Ludovic et Marine continuent leur découverte de l’agriculture australienne. « Une loi protège cette production, puisque l’importation de gingembre en Australie est interdite », affirme Marine. Autre spécificité : le gingembre est le résultat de plusieurs multiplications. Sur place, leurs missions sont surtout dédiées à la récolte, mais aussi à la découpe et à l’emballage des gingembres. « Une fois les multiplications effectuées, il faut trier et vérifier que la plante n’est pas malade, ou couper les bouts bruns », continue la jeune femme. Les gingembres tirant sur le blanc bleuté sont réservés aux restaurateurs haut de gamme, tandis que les morceaux plus traditionnels sont envoyés chez un grossiste deux fois par semaine. « Nous sommes réellement surpris par la diversité des postes proposés ici, lancent-ils en chœur. Si tu as une bonne attitude et que tu montres que tu as envie d’apprendre, ton profil sera privilégié. Depuis que nous sommes arrivés, nous avons rencontré une personne qui a été jury dans un lycée français, une autre qui a récolté des pommes et a appris à faire du cidre, une troisième qui a travaillé dans des écuries de chevaux de course… Les choix sont infinis ! » À l’avenir, le couple de vadrouilleurs espère avoir l’occasion d’expérimenter de nouveaux métiers, notamment dans l’hôtellerie, avant de s’envoler vers de nouvelles aventures de l’autre côté du globe, en Amérique. 

Léa Rochon

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