Quelles variétés d’orge d’hiver pour les semis 2025 en Rhône-Alpes ?
Afin de préparer les semis d’orge d’hiver, à partir des résultats de ses essais, Arvalis-Institut du végétal revient sur le choix des variétés les mieux adaptées en Rhône-Alpes.
La précocité de l’orge en fait une espèce à part par rapport au blé ou au triticale. Elle permet en général d’esquiver le stress hydrique ou thermique de fin de cycle dans la région. Une note de précocité à épiaison entre 6,5 et 8 semble être un bon compromis. Le choix variétal repose donc assez peu (moins que le blé) sur des critères pédoclimatiques, à deux exceptions près : les sols à très faible réserve hydrique (RU inférieure à 80 mm) où une variété précoce ou très précoce à épiaison sera plus adaptée ; les secteurs d’altitude, où les températures descendent largement en dessous de zéro pendant plusieurs jours ou brutalement. La note de tolérance au froid doit y être prise en compte, en privilégiant une note supérieure ou égale à 5.
La tolérance JNO : un critère incontournable
La généralisation des variétés tolérantes à la jaunisse nanisante de l’orge (JNO) dans le paysage variétal limite fortement l’incidence de cette virose. Durant la campagne 2025, la combinaison de semis souvent retardés par les pluies du début d’automne et d’une grande proportion de variétés tolérantes JNO cultivées, a rendu cette virose assez discrète. Elle représente cependant toujours un fort aléa pour la production d’orge régionale, étant donné les importantes pertes de rendement qu’elle peut engendrer. Il convient donc de privilégier le choix de variétés tolérantes à cette virose. Le décalage de la date de semis est un autre levier efficace pour réduire le risque de contamination. Un semis précoce expose davantage la culture aux pucerons à l’automne, entraînant un risque accru de JNO.
Les recommandations d’Arvalis
Au-delà du rendement, les caractéristiques agronomiques et technologiques de chaque variété sont à prendre en compte attentivement.
Les critères de recommandation des variétés d’orge fourragère sont, dans l’ordre d’importance :
• la productivité (avec souvent un avantage aux orges 6 rangs sur ce point),
• le PS (les 2 rangs sont généralement un peu meilleures sur ce critère),
• la tolérance à la verse (critère dont l’importance varie selon le contexte, à prendre en compte particulièrement dans les sols profonds, avec apports fréquents d’effluents),
• la tolérance aux maladies (helminthosporiose principalement dans la région, voire rhynchosporiose pour certains secteurs plus frais de l’Ain et des Savoie notamment).
Date de semis : les risques d’un semis trop précoce
Le comportement de l’orge à la reprise de végétation est différent de celui du blé. L’orge est une espèce sensible à la photopériode, elle ne débute sa montaison qu’à partir d’une certaine longueur de durée du jour. Contrairement au blé, le risque de montée des épis en cas de période douce en fin d’hiver est limité. Le risque de gel hivernal est cependant à prendre en compte.
Si physiologiquement l’orge supporte bien les semis précoces, d’autres risques existent. Un semis trop précoce expose la culture aux insectes vecteurs de viroses (pucerons et cicadelles) à l’automne, aux difficultés de désherbage (surtout graminées), voire à un risque de gel d’épis (ou de froid lors de la méiose). Le levier de la tolérance variétale à la jaunisse nanisante de l’orge est efficace pour limiter les risques de pertes de rendement liés à cette maladie. Cependant, ces variétés, lorsqu’elles sont semées trop tôt et sont fortement exposées aux insectes vecteurs de viroses, peuvent également exprimer des symptômes et des pertes de rendement, bien que fortement réduites par rapport à des variétés non tolérantes. La plupart de ces variétés ne protègent pas non plus du virus des pieds chétifs transmis par les cicadelles, même si la première variété double tolérante JNO-pieds chétifs a été inscrite en 2024, et que deux nouveautés double tolérantes ont été inscrites en 2025.
À l’inverse, un semis après le 15 novembre expose l’orge au risque de gel de plantes avant le stade 3 feuilles, ou à un tallage insuffisant et à la mise en place d’un système racinaire diminué. L’orge est plus sensible que le blé aux excès d’eau, surtout s’ils interviennent pendant la mise en place des racines (semis-début tallage). Chaque variété doit donc être semée dans un créneau défini et avant le 15 novembre. Dans aucune situation de plaine, les semis d’orge ne doivent débuter avant le 1er octobre.
Densité de semis
En conditions non stressantes, l’orge est une espèce qui talle beaucoup.
Le nombre de talles est souvent excédentaire en semis précoce, ce qui augmente la concurrence à la lumière et fragilise la culture vis-à-vis de la verse et de la résistance aux maladies. En conséquence, la dose de semis devra être adaptée et prendra en compte la qualité de préparation du sol et le risque de pertes à la levée.
Distinguer orges 2 rangs et escourgeons
L’élaboration du rendement entre les orges à 2 rangs et les orges à 6 rangs est différente. Les escourgeons forment leur rendement essentiellement grâce à un nombre de grains par épi élevé, le nombre d’épis étant limité. Plus sensibles à la verse que les 2 rangs, ils ne doivent pas être semés trop denses. Les densités conseillées sont proches de celles du blé. Pour une orge à 2 rangs, le nombre de grains par m² résulte essentiellement du peuplement épis. Cette culture s’avère donc très sensible à un déficit de pieds/m². Il faut les semer un peu plus denses. Le poids de mille grains des orges 2 rangs est aussi un élément prépondérant dans l’élaboration du rendement. En cas de semis tardif (semis de la première quinzaine de novembre), il est conseillé de majorer la densité de semis de 10 à 15 % par rapport à la dose conseillée pour un semis de
la 2e quinzaine d’octobre, et de bien prendre en compte les conditions d’implantation. Si les conditions sont bonnes et le sol non hydromorphe, il n’est pas nécessaire de densifier à outrance.
En cas de conditions dégradées, la densité doit être augmentée, en gardant 370-400 grains/m² comme un grand maximum. Pour rappel, l’augmentation de la densité de semis permet uniquement de compenser un éventuel défaut de tallage en sortie d’hiver.
Les variétés conseillées en AURA
Ophélie Boulanger, ingénieure Arvalis-Institut du végétal Rhône-Alpes