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Sanitaire

Colza : les ravageurs passés à la loupe

Même si les levées de colza se passent dans de bonnes conditions, la gestion des prédateurs est primordiale. Le point sur comment les reconnaître et les moyens de lutte avec Terres inovia.  

Colza : les ravageurs passés à la loupe
© ©Terres Inovia
Limaces, petites altises, tenthrède de la rave ou encore vers gris, il est primordial de bien observer la présence de ravageurs pour mettre en place la lutte adéquate si nécessaire.

Grâce aux pluies qui ont débuté vers le 20 août, les semis ont pu être réalisés sereinement et une grande partie de la sole prévue est maintenant semée et/ou levée. Actuellement (article réalisé avant le 15 septembre, N.D.L.R.), les stades des colzas en Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, se situent entre levée en cours et 2 feuilles.  Les premiers ravageurs, en premier lieu les limaces, sont présents localement dans les parcelles.

Ne pas se laisser dépasser les limaces

Comme en 2024, cette fin d’été est humide et donc favorable à l’activité des limaces. Une attention toute particulière doit être apportée aux cultures pour éviter les déconvenues. à noter toutefois, que pour le moment aucune alerte n’a été émise en Auvergne-Rhône-Alpes.
Ainsi, dans les situations à risque, et au vu du climat favorable à l’activité des limaces, une application préventive juste après le semis est conseillée. Puis, pour la majorité des parcelles déjà levées, mais n’ayant pas atteint le stade 4 feuilles, le raisonnement du risque doit se faire en fonction de plusieurs critères :
-  l’activité des limaces via le suivi d’un piège,
- la dynamique de dégâts observés sur plante,
- la disponibilité des molluscicides,
-  les facteurs parcellaires favorables aux limaces (sol motteux, pailleux ou avec résidus en surface).

Les attaques précoces sont les plus préjudiciables

La pose d’un piège est vivement conseillée.  Il peut être un carton plastifié, une tuile, une soucoupe plastique, une planche,…ou encore mieux : un véritable piège à limaces.

Moyens de lutte :
Deux substances actives sont disponibles : phosphate ferrique et méthaldéhyde.
Limiter les déplacements de petites altises
Autre ravageur, la petite altise peut être régulièrement observée dans les parcelles de colza. Elle ne doit pas être confondue avec la grosse altise, qui arrive sur les parcelles à partir de fin septembre.
L’altise des crucifères est observée plus tôt, dès le mois d’août. Sa présence n’est pas systématique, mais peut être localement préjudiciable. Des symptômes de petites altises ont déjà été remontées localement sur la région, sur des parcelles déjà levées. 
Les symptômes se traduisent sur la plante par des morsures d’alimentation. Si ces dernières ressemblant à celles de la grosse altise, elles ne perforent généralement pas complètement les feuilles. Les dégâts associés peuvent alors être importants allant jusqu’à la disparition des plantes et potentiellement à la perte totale de la parcelle si le colza est peu développé et peu poussant. Le risque est donc plus présent sur les très jeunes colzas, c’est-à-dire au stade cotylédons et également sur les bordures, zones d’arrivées du ravageur.
Le colza est exposé à la petite altise de la levée jusqu’à 3 feuilles compris. Au-delà, la cinétique d’émission de nouvelles feuilles par la plante compense les pertes par morsure. Le seuil de nuisibilité est défini à 80 % de plantes avec morsures et 25 % de la surface foliaire détruite.

Moyens de lutte :
L’un des leviers les plus efficaces consiste à limiter les risques de colonisation de la parcelle par l’insecte. Pour cela, il est primordial de maintenir en place les repousses de colzas sur les parcelles proches d’un colza en train de lever ou à un stade jeune. Ces repousses constituent des zones refuges. Leur destruction entraine alors le dépla-
cement des populations de petites altises vers les nouvelles parcelles de colza en cours de levée. Par conséquent, la destruction d’une parcelle de repousses pour éviter d’entretenir les populations de petites altises est bien souvent une fausse bonne idée.
En cas de présence sur la parcelle, et si le seuil de nuisibilité est dépassé, les pyréthrinoïdes peuvent être utilisés. En l’absence de référence établies sur des différences d’efficacité entre les pyréthrinoïdes sur petites altises, il faut privilégier les solutions les moins coûteuses, telles que la deltaméthrine ou la cyperméthrine. Attention, à bien tenir compte du nombre maximum d’applications par an. À ce titre, il peut être préférable de conserver la lambda-cyhalothrine pour des applications ultérieures.
L’efficacité de ces solutions est parfois mise en défaut, du fait, d’une part, des arrivées massives et successives d’insectes, et, d’autre part, des conditions météorologiques d’août ou début septembre chaudes et sèches qui favorisent les pullulations.

Tenthrède de la rave :  la réactivité est la clé du succès

La tenthrède de la rave, quant à elle, est, dans sa phase nuisible, une fausse chenille de couleur gris-noir. Elle dévore le limbe des feuilles en laissant les nervures. Les pullulations, qui peuvent être importantes, ne sont nuisibles que sur jeunes colzas. Au jour de la rédaction de cet article, il n’y a eu aucune remontée d’attaque.
Le stade de sensibilité s’étend jusqu’au stade 6 feuilles inclus. Le seuil de nuisibilité est atteint si 25 % de la surface foliaire est détruite par le ravageur. L’évolution d’une attaque peut être soudaine.
L’adulte, qui est un hyménoptère de 6 à 8 mm au corps et appendices noirs, n’est pas nuisible. Son abdomen de couleur vive est jaune-orangé (critère de reconnaissance). Son arrivée dans les parcelles peut être identifiée via les cuvettes jaunes. Attention, une arrivée en nombre ne présage pas forcément d’une forte attaque. Cela doit tout de même pousser à la vigilance et à l’observation.

Moyens de lutte : Si une attaque est détectée et le seuil de nuisibilité dépassé, la lambda-cyhalothrine (Karate Zeon, Karis 10 CS, Lambdastar), la deltaméthrine (Decis Expert, Decis Protech, Deltastar) ou la cyperméthrine (Cythrine Max) peuvent être utilisées. Attention à bien tenir compte du nombre maximum d’applications par an. À ce titre, il peut être préférable de conserver la lambda-cyhalothrine pour des applications ultérieures. Il faut utiliser un volume de bouillie élevé afin d’atteindre la cible, notamment sur des colzas proches de 6 feuilles. Les solutions à base Bacillus thuringiensis (Bt) ne sont pas efficaces contre la tenthrède.

Des attaques rares de vers gris  

Enfin, la noctuelle terricole, appelé aussi ver gris, est un insecte discret. La larve responsable des dégâts occasionnés sur colza se niche en journée dans les premiers centimètres du sol. Elle est active de nuit, venant s’alimenter en sectionnant le colza au niveau du collet. En cas de perte de pieds, il est donc utile de gratter la terre dans les premiers centimètres pour vérifier sa présence.  Ces attaques sont le plus souvent localisées et restent assez rares à l’échelle du territoire (Gers, façade atlantiques ou Haute-Garonne, principalement).

Moyens de lutte : 
En cas d’attaque, une intervention est possible à base de cyperméthrine (uniquement Sherpa, 100EW, Aphicar 100 EW, Cyperfor 100EW, Scipio 100 EW)... Il est fortement recommandé d’intervenir le soir (activité nocturne), sur un sol de préférence humide et d’utiliser un volume de bouillie important de 500 l/ha, pour favoriser la pénétration du produit dans les premiers centimètres du sol. L’idéal pour y parvenir étant de réussir à intervenir sous une pluie (dans la limite de la portance du sol) ou juste avant celle-ci.
Les homologations récentes des microgranulés Trika Super ou Trika Perfect, sont également des solutions autorisées, mais leur efficacité sur noctuelles reste à préciser. Ces microgranulés doivent être incorporés à 4 cm au moins donc sans diffuseur. En raison du coût de ces solutions et du caractère aléatoire des attaques de noctuelle, il est préférable de les réserver aux parcelles à risque taupins avéré. Généralement, les attaques s’estompent à partir de 4-6 feuilles, lorsque le collet commence à s’épaissir.  

Quentin Lambert, 
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