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Série d’été

À la ferme des Réveilles, un camping hors du temps

Afin de se diversifier et avec la volonté de faire découvrir ses activités au grand public, de plus en plus d’exploitations s’ouvrent à l’agritourisme. Dans cette série, nous partons à la rencontre de ceux qui pratiquent le camping sur la ferme. C’est le cas de la ferme les Réveilles à La Chapelle-en-Vercors.

À la ferme des Réveilles, un camping hors du temps
©ME-AD26
Géraldine Royannais peut compter sur Élise et Jean-Pierre, ses parents pour la soutenir sur la ferme.

À quelques virages au-dessus de la Chapelle-en-Vercors, la ferme les Réveilles s’étend sur 18 hectares de verdure vallonnée. Difficile de dire depuis quand existe l’exploitation agricole. Même Géraldine Royannais, installée depuis 2005 à la suite de sa mère Élise, peine à donner une date précise. La création d’une aire de camping sauvage remonterait quant à elle aux années 1960, selon les parents de l’agricultrice, toujours présents sur la ferme. L’activité des Réveilles repose ainsi sur l’élevage de 24 chèvres et de 60 brebis ainsi que le camping.

Un camping authentique

Un réveil au béguètement des chèvres, un déjeuner à l’ombre de la grande ferme en pierre et des papouilles aux animaux les moins farouches… Le camping les Réveilles enchante petits et grands et grave dans la mémoire des souvenirs uniques. Les habitués saluent Élise, connue sous le surnom « Lisette » et Jean-Pierre, les parents de Géraldine Royannais, habitants sur la ferme. Depuis la fin des années 1990 et l’officialisation de l’aire de camping, le site propose 70 emplacements. Le camping est ouvert de mai à fin octobre. Toutefois, depuis quelques années, la ferme accueille aussi des mobil-homes à l’année. Aujourd’hui, ils sont une vingtaine à laisser leur caravane pour venir en profiter lors des beaux jours. Élise et Marc, retraités venus de la région de Carpentras, font partis des habitués. Ils viennent au camping depuis 2008. « Nous avons visité le Vercors car nous nous intéressions à l’histoire. Une après-midi, nous faisions la sieste lorsque nous sommes tombés sur la bergère et son troupeau », racontent-ils avec un clin-d’oeil à Géraldine Royannais.

« C’est une ferme qui vit presque en autarcie. Nous n’en voyons plus des campings comme ceux-là de nos jours », estiment Marc et Élise, habitués depuis 2018. ©ME-AD26

Des habitués fidèles 

Depuis 2018, le couple laisse sa caravane à l’année. « J’ai trouvé ce que je recherchais et ce que j’ai connu dans ma jeunesse. Mes grands-parents étaient agriculteurs et ils vivaient dans l’authenticité, la convivialité et en famille… Comme ici. C’est une ferme qui vit presque en autarcie. Nous n’en voyons plus des campings comme ceux-là de nos jours », s’émeut Marc. « Sans oublier les bons produits de la ferme et tous ces animaux présents. Moi aussi, cela me rappelle l’enfance. Ici, nous nous vidons la tête et l’avantage, c’est aussi la fraîcheur l’été », témoigne à son tour Élise.

Les habitués saluent Élise, connue sous le surnom « Lisette » et Jean-Pierre, les parents de Géraldine Royannais, habitants sur la ferme. ©ME-AD26

« Le tourisme, c’est des rencontres qui m’ont fait évoluer. Nous organisons des repas partagés et des petites animations. D’ailleurs, l’hiver, ça me manque beaucoup », déclare Géraldine Royannais. Aujourd’hui, l’éleveuse voit la ferme évoluer comme un tiers-lieu. « Nous essayons des proposer de nouvelles choses », souffle-t-elle. Son mari, technicien en électronique, dispose de son cabanon sur la ferme pour réparer des instruments de musique. L’année dernière, l’agricultrice a été sollicitée par un jeune homme qui cherchait un lieu pour installer un festival de musique électronique. Malgré la pluie, plus de 1 000 personnes avaient assisté à l’événement. « Nous avons finit comme à Woodstock avec la pluie mais c’était une superbe expérience, très dure à organiser », précise Géraldine Royannais avant de rejoindre son troupeau impatient de rejoindre la vallée de Comblinouze.

Morgane Eymin

Élevage

Une ferme au rythme de la nature

Outre son camping, la ferme les Réveille compte aussi deux élevages, caprin et ovin.

Une ferme au rythme de la nature
©ME-AD26
L’activité des Réveilles repose ainsi sur l’élevage de 24 chèvres et de 60 brebis ainsi que le camping.

« Nous avons toujours eu cette volonté de rester traditionnels et de conserver une petite production. Pour apporter du bien-être aux animaux, les chevreaux grandissent à l’extérieur. Ça n’est pas dans notre éthique de les laisser en bâtiment », explique Géraldine Royannais, 51 ans.

Cette tradition d’élevage, l’agricultrice y tient. « Nous produisons au rythme de l’animal et nous nous adaptons d’années en années. À l’automne, nous comptons sur l’agroforesterie et les feuilles de frêne pour nourrir les bêtes. De fin mai à début octobre, nous n’avons pas recours au foin et très peu aux compléments concentrés, uniquement en cas de grande sécheresse », détaille l’éleveuse. Adolescente, Géraldine Royannais ne pensais pas reprendre la ferme familiale. Elle a d’abord suivi des études dans le commerce et en économie avant de ressentir « l’appel de la terre ». « J’avais besoin de revenir à mes racines. Mon arrière grand-mère était bergère et elle m’emmenait souvent avec elle lorsque j’étais enfant », se souvient la Drômoise. Elle a donc suivi un BPREA et a repris la ferme à 28 ans. Au sein de l’élevage, les chevreaux restent trois mois sous la mère.

"En estives, je vois le changement climatique avec la forêt qui sèche. Il faut sans cesse s’adapter", témoigne l'agricultrice. ©ME-AD26

Sortir la tête de l’eau

Depuis 2005, l’exploitation a installé un laboratoire de transformation afin de produire des fromages lactiques. Pour le pâturage, l’éleveuse compte aussi quatorze hectares en fermage. Elle fait paître ses bêtes le matin en parc et l’après-midi sur la vallée de Comblinouze. « En estives, je vois le changement climatique avec la forêt qui sèche. Il faut sans cesse s’adapter. Il y a de plus en plus de maladies, des gelées et la sécheresse. Les bêtes ont leurs chaleurs au mois d’octobre à cause des températures », raconte l’agricultrice. La traite de ses chèvres se déroule à partir de juin, le matin et le soir. La famille transforme le lait en fromage le matin et assure la vente à la ferme. Les chevreaux et les agneaux, abattus à Die, sont valorisés en viande. L’ensemble de la production est vendu en direct. Si l’activité de la ferme et sa production continuent normalement, Géraldine Royannais traverse pourtant une mauvaise passe. Elle a perdu près de la moitié de son troupeau ovin en 2024 en raison de l’épidémie de la FCO-8. Elle n’a pu vacciner son troupeau par « manque de temps, manque de moyens et le manque de vaccins ». Cette épreuve a poussé l’éleveuse à revoir toute son organisation de travail et à prendre conscience de la nécessité de sortir la tête de l’eau pour retrouver de meilleures conditions de vie.

Contact : 04 75 48 21 81