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À Madagascar, c’est le cœur qui parle

COOPÉRATION INTERNATIONALE / Chaque année depuis plus de vingt ans, Laurent Barras, président d’Afdi Auvergne-Rhône-Alpes, organise un voyage à Madagascar pour une délégation d’agriculteurs et de membres de l’association. Direction la région de Manakara, où les échanges entre paysans transcendent les frontières et les cultures.

Par Claudine Lavorel
À Madagascar, c’est le cœur qui parle
©CL
Du 27 novembre au 9 décembre 2025, une vingtaine d’agriculteurs et d’anciens conseillers agricoles ont sillonné la région de Manakara au 
Sud-Est de Madagascar.

Du 27 novembre au 9 décembre 2025, une vingtaine d’agriculteurs et d’anciens conseillers agricoles ont sillonné la région de Manakara au Sud-Est de Madagascar. Accueillis par l’organisation paysanne KTTF, ils ont participé à un programme riche en rencontres et en partages. Pour Laurent Barras, l’objectif était clair : « Prendre le temps d’écouter, d’observer et de comprendre. Comprendre les dynamiques politiques et économiques du pays, mais surtout mesurer l’impact concret de nos actions auprès des paysans et des organisations que nous accompagnons ». Pour rejoindre le village de Vohipeno, la pirogue s’impose comme le moyen de transport le plus rapide – tout est relatif ! Dano, technicien agricole du KTTF, en profite pour transmettre le rapport d’activité des actions menées au cours de l’année 2025 : formation des agriculteurs, aide à l’installation des jeunes, mise en place des jardins scolaires, appui à la gouvernance des groupes locaux, recherche de financement, partenariat avec les communes, etc. Dès l’accostage, les habitants accueillent la délégation en chantant, guidant les visiteurs vers l’école locale. Là, discours des autorités, des rois du village, des anciens maires et des représentants agricoles s’enchaînent. La délégation découvre les jardins scolaires, cultivés par les parents, permettant de nourrir les enfants à midi.

Des femmes en marche vers l’autonomie

Une réunion entre femmes a marqué les esprits. La présence de Christiane Lambert, membre de la délégation Afdi, a enrichi les échanges, francs et sans détours. En quelques années, ces femmes, auparavant considérées comme « vulnérables », se sont formées et ont gagné en confiance. Grâce à l’accompagnement de l’Afdi via le KTTF, elles ont développé des élevages de poulets, commercialisés collectivement sur le marché voisin. Leur détermination et leur solidarité ont profondément impressionné Christiane Lambert : « Ici, c’est le cœur qui parle », a-t-elle résumé.

Des kits d’installation pour les jeunes agriculteurs

En 4x4, la délégation a traversé la brousse pour rejoindre les villages d’Antananabo et d’Ifatsy. Objectif : remettre symboliquement des kits d’installation à des jeunes agriculteurs. Les plants – manioc, girofle, igname et piment –, financés par l'Afdi, avaient été livrés quelques jours plus tôt par les techniciens du KTTF. Chaque jeune a reçu entre 100 et 120 plants, en fonction du nombre de trous et de paniers à compost qu’ils ont pu préparer en amont sur leur parcelle. À chaque arrivée dans un village, le protocole est respecté : levée des drapeaux français et malgache, Marseillaise, puis le très bel hymne malgache. Après les discours des maires, les échanges entre producteurs, traduits par Dano, révèlent des préoccupations communes : accès à l’eau, souveraineté alimentaire, adaptation au changement climatique.

Innovation et résilience chez Nathenaïma

La visite de l’exploitation de Nathenaïma a surpris la délégation. Malgré des problèmes de santé, cet agriculteur a su innover, notamment sur sa pépinière de piments. Il produit des plants pour lui et ses voisins, et a mis au point une alternative au panier à compost : des légumineuses associées à d’autres plantes, dont une sauvage, macérée pour fabriquer un engrais liquide.

Une école pour l’avenir

L’école d’Amboafandra Beronono, flambant neuve, accueille 220 élèves. Construite en brique pour résister aux cyclones, elle a été financée par l’association Léman Horizon, la ville de Sciez et le département de Haute-Savoie. Un puits, financé par la commune de Sciez, complète le dispositif. Prochain défi : la réalisation d’une cantine scolaire. Ici, les enseignants sont bénévoles, faute de moyens pour les rémunérer. Les parents les nourrissent ou mettent à leur disposition une parcelle à cultiver. Les visites dans les différentes communes ont confirmé la pertinence des choix faits par le KTTF. Les actions qu’ils ont mises en place répondent à de vrais besoins et produisent des résultats visibles.  Les membres de ce voyage ont très bien perçu et apprécié notre manière de travailler : une écoute attentive des paysans ; une analyse collective des besoins par le conseil d’administration et les équipes techniques ; la construction d’un plan de travail annuel budgété ; et une gestion fondée sur la confiance. Ce mode d’accompagnement est efficace et responsabilisant. Il laisse de la place à l’initiative locale. À chaque visite, les paysans sont fiers de nous montrer de nouvelles réalisations : pisciculture, champs collectifs de piment, jardins scolaires gérés par les parents d’élèves… Rappelons, enfin, que ces projets demandent peu de gestion administrative pour l’Afdi, puisqu’ils reposent très largement sur l’engagement de bénévoles.

Claudine Lavorel