Accès au contenu
Série d’été

À Mornans, une aire naturelle près de la chevrerie

Afin de se diversifier et avec la volonté de faire découvrir ses activités au grand public, de plus en plus d’exploitations s’ouvrent à l’agritourisme. Dans cette série, nous partons à la rencontre de ceux qui pratiquent le camping sur la ferme. C’est le cas du Gaec de la Vieille Grange, à Mornans.

Par M.EYMIN
À Mornans, une aire naturelle près de la chevrerie
©ME-AD26
Sarah Bertrand gère le camping et son compagnon Fabien Bertrand s'est associé à son frère Clément Bertrand pour la gestion de la ferme.

Située à Mornans, l’aire naturelle de la Grange Neuve surplombe la vallée de Bourdeaux. Depuis 2022, la partie camping de l’exploitation familiale est gérée par Sarah Bertrand, 30 ans. L’Iséroise possède le statut d’auto-entrepreneur afin de gérer le site en parallèle de l’activité agricole de son mari Fabien. L’exploitation se situe à côté du camping considéré comme une aire naturelle en raison de sa capacité de 25 emplacements. « Vers 19 heures, les campeurs qui le souhaitent peuvent assister à la traite et voir les chevrettes, raconte le couple. Le fait d’accueillir ce public nous permet de montrer l’activité de la ferme mais aussi de voyager car il y a toutes sortes de nationalités ».

« Garder un lien avec les consommateurs »

L’accueil des campeurs remonte à 1979 à la ferme. Sarah et Fabien Bertrand ont d’abord repris l’activité du camping en parallèle de leurs activités professionnelles dès 2015. Le site offre aux visiteurs un large panel d’activités grâce à la proximité avec la forêt de Saoû, les chemins de randonnée et les rivières. Pour Sarah Bertrand, auparavant employée dans le service à la personne, gérer le camping offre un « côté social, des échanges avec des gens du monde entier ». Au printemps, le site accueille davantage de camping-cars et de fourgons aménagés. Durant l’été, les campeurs sous tente prennent le relais. « Nous étions complets au mois de mai, avec près de 50 personnes, rapporte la gérante. La fréquentation dépend beaucoup de la météo ».

« Je ne suis pas habituée et je ne connais pas trop les chèvres. Peut-être que j’irai voir comment se passe la traite, ça serait une première pour moi », confie Isabelle, campeuse. ©ME-AD26

La proximité directe avec la ferme permet aux visiteurs de découvrir la chèvrerie de l’exploitation. « Certains nous demandent souvent ce qu’il faut pour qu’une chèvre fasse du lait et ce que devient le lait, rapporte Fabien Bertrand. C’est important pour nous de partager ce que nous faisons avec des personnes extérieures, surtout que nous ne pratiquons pas de vente directe. Ça nous permet de garder un lien avec les consommateurs ». Isabelle, Drômoise venue passer plusieurs jours dans le camping, reconnaît venir pour la tranquillité mais confie ne pas être à l’aise avec les animaux de la ferme. « Je ne suis pas habituée et je ne connais pas trop les chèvres. Peut-être que j’irai voir comment se passe la traite, ça serait une première pour moi », raconte-t-elle.

Vers la vente à la ferme ?

Depuis quelques années, le camping n’accepte plus de grands groupes à l’image des colonies de vacances. « Nous ne voulons pas prendre le risque de déranger nos clients habitués. Les gens viennent ici pour le calme. Certains campeurs reviennent depuis plus de trente ans, nous voyons même plusieurs générations », déclare Sarah Bertrand. Si le camping ne propose ni piscine, ni épicerie, la ferme envisage toutefois de proposer, à l’avenir, la vente de certains de ses produits.

Caprin

Une nouvelle génération au Gaec de la Vieille Grange

Fabien et Clément Bertrand ont repris l’exploitation familiale en 2023 à la suite de leur père Hugues. Une nouvelle chèvrerie et un bâtiment de stockage ont été construits afin de doubler le cheptel et la production de lait utilisée pour faire du Picodon.

La ferme gère un troupeau de 160 chèvres, 60 ruches et 120 hectares pour le pâturage et la production de fourrage à Mornans. ©ME-AD26

« Depuis tout petit, je disais que je voulais faire ça. Il fallait tout refaire pour reprendre car la ferme était assez vétuste », raconte Fabien Bertrand, 31 ans. Depuis 2023, son frère Clément, 25 ans, l’a rejoint sur le Gaec, au départ à la retraite de leur père. Ensemble, ils gèrent un troupeau de 160 chèvres, 60 ruches et 120 hectares pour le pâturage et la production de fourrage à Mornans.

Une production doublée 

Après un BTS analyse, conduite et stratégie de l'entreprise agricole au lycée de La Côte-Saint-André, dans l’Isère, Fabien Bertrand a été salarié agricole durant plusieurs années dans une ferme caprine. En 2017, il s’est associé à son père Hugues sur la ferme. Le Gaec possédait alors environ 80 chèvres de races alpine et saanen. Pour s’installer, le jeune éleveur a fait construire une nouvelle chèvrerie de 550 m² en 2020 afin de doubler le nombre de chèvres et la production de lait. Il a pu bénéficier d’une dotation jeune agriculteur, d’une aide financière dans le cadre du Plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAE) ainsi que d’un accompagnement par la chambre d’agriculture de la Drôme. La coopérative Agrial collecte le lait afin qu’il soit transformé en AOP Picodon.

Depuis cette année, le Gaec engraisse les chevreaux durant un mois avant de les livrer à un abattoir près de Pierrelatte. Auparavant, les agriculteurs les vendaient à quatre kilos contre une dizaine de kilos actuellement. Niveau sanitaire, la ferme n’a pas été touchée par la fièvre catarrhale ovine en 2024. « Nous restons vigilants et on ne laisse pas les animaux dehors le soir. C’est aussi un moyen de limiter la prédation, je les garde au parc le reste de la journée », précise Fabien Bertrand en charge de l’élevage.


Vers l’autonomie alimentaire


Pour gérer cette hausse de la production, Fabien Bertrand a pu compter sur l’arrivée de son frère qui a pris la place de son père. Ce dernier gère notamment 60 hectares de légumineuses et de céréales pour conserver l’autonomie alimentaire du troupeau (luzerne, trèfle, orge et sorgho). Ainsi, l’ancien bâtiment de stockage sert à présent à élever les chevreaux et un nouveau bâtiment de 450 m² a vu le jour en 2021 afin de stocker le fourrage. « Auparavant, nous stockions 400 ballots. Avec le nouveau bâtiment, nous allons monter à 900 ballots. Nous devrions parvenir à l’autonomie complète l’année prochaine », racontent les agriculteurs. Pour parvenir à cette nouvelle quantité, Clément Bertrand a réalisé des rotations afin d’intégrer de nouvelles variétés de luzerne. Des analyses de sols avec un laboratoire et de leur fourrage par le biais de l’Ucab ont été réalisées. Pour remédier aux carences en potasse décelées, les agriculteurs ont réalisé des apports. Depuis, la valeur nutritionnelle des cultures s’est améliorée et la production de lait avoisine aujourd’hui les 135 000 litres de lait par an. Question pratique, l’exploitation ne dispose d’aucun système d’irrigation et se repose sur des cultures adaptées à la sécheresse, telles que le sorgho en été. Enfin, Clément Bertrand gère aussi des prestations de pollinisation pour les semenciers avec ses 70 ruches ainsi que l’élevage d’une dizaine de veaux sous la mère.