« Ça serait la fin de la production française de chanvre »
Depuis mi-octobre, l’association française des producteurs de cannabinoïdes alerte sur les impacts de la taxation et de l’encadrement de la vente de fleurs de chanvre prévus dans le projet de budget pour 2026. Ce qui mettrait « en danger de mort l’ensemble de la filière », estime un chanvrier drômois.
«En soumettant la fleur de chanvre (CBD) à un droit d’accise (impôt indirect) » de 25,7 % en 2026 (contre zéro taxation en 2025) et « en réservant sa vente aux bureaux de tabac » et autres « établissements agréés », le « gouvernement condamne un des rares secteurs agricoles en plein essor », a estimé dans un communiqué de l’Association française des producteurs de cannabinoïdes (AFPC) le 16 octobre dernier. D’une part, ces mesures réduisent « la compétitivité des produits français, déjà sévèrement concurrencés par les importations étrangères », qui constituaient « 85 % du marché français » en 2024, déplore le syndicat. D’autre part, elles « excluent également les agriculteurs de la distribution de leur propre production ». Or « la grande majorité des chanvriers français dépendent aujourd’hui de la vente directe (en marché, en foire, etc.) pour pouvoir vivre de leur activité », explique l’AFPC, selon qui la filière compte « plus d’un millier » de chanvriers actifs en 2024, pour « un chiffre d’affaires annuel évalué à plus de 850 millions d’euros ».
Encadrer le marché français
François-Guillaume Piotrowski a co-fondé et cogère la SARL Kanopae à Loriol-sur-Drôme. Le producteur de chanvre drômois a assuré la présidence de l’AFPC durant deux ans à la suite de sa création en 2021. Aujourd’hui, en tant que délégué aux affaires publiques au sein de l’association, il suit de près l’encadrement du secteur et le projet de loi finance 2026. « Faire ça, c’est signer la fin de la production française de chanvre car les prix ne suivront pas. L’impact sur le marché risque d’être important même au point de vue des consommateurs », a déploré le producteur.
D’autant que selon ce dernier, « depuis cinq ans, nous échangeons avec les pouvoirs publics pour encadrer la production et la distribution. Il nous faut un encadrement du secteur pour ne pas laisser les acteurs dans le flou. Surtaxer, pour nous, c’est une volonté de faire disparaître la consommation. Mais le risque c’est aussi que les consommateurs aillent vers le marché noir ou quelque chose d’illégal ». La filière trouve un intérêt à encadrer le marché français notamment pour contrer l’importation massive de produits étrangers. « Les grossistes ne sont pas intéressés par la production française car à l’étranger c’est moins cher. Cette loi pourrait être l’occasion d’imposer un cadre pour que les grossistes passent des contrats avec les producteurs français, estime François-Guillaume Piotrowski. Si la loi passe avec ce droit d’accise, Bercy prévoit 75 % baisse du marché légal français. Si à la place de ça on monte la TVA de 20 %, l’État aurait une perception nette de 600 à 700 millions d'euros d’imposition. »
Au 19 novembre, l’AFPC a annoncé « une première victoire » avec la suppression de l’article 23 du Projet de loi finance 2026. « C’est un souffle d’espoir pour toute la filière chanvrière française », a indiqué l’association. Prochaines étapes pour « que cette suppression devienne définitive » selon l’AFPC : que le texte modifié soit validé lors du vote final de l’assemblée et que le Sénat ne réintroduise pas l’article lors de son examen.