Abricot : des combinaisons pour doper la minéralisation
En raison notamment des bioagresseurs et d'une moindre vigueur, l'arboriculture biologique est moins productive que la production fruitière intégrée (PFI). Ce déficit varie de 30 et 50 % selon les espèces. Pour y remédier, la nutrition des arbres et le contrôle des adventices sont deux leviers à actionner pour améliorer ces aspects vigueur et productivité. Et dans ce cadre, l'azote joue un rôle essentiel. Car après le défi de son développement, la bio va devoir consolider ses acquis et cela passera nécessairement par une amélioration de la productivité des vergers, toujours dans le respect des règles de la bio : pas de dépendance à la chimie, avec le moins d'intrants possibles, tout en favorisant la durabilité économique et environnementale du système de culture.
Trois hypothèses testées
Dans cette optique, le CTIFL a étudié la combinaison de techniques permettant de fournir l'azote nécessaire pendant les trois premières années d'implantation, sans autre apport extérieur de fertilisation organique. Le centre a donc testé trois hypothèses :
- avant implantation : semer un engrais vert pour améliorer la fertilité du sol en y associant du bois raméal fragmenté (BRF) pour favoriser son implantation ;
- à la plantation : apporter du compost de déchets verts produit localement ou du Biochar enrichi(3) pour améliorer la fertilité du sol ;
- pendant la culture : d'une part, maintenir en inter-rang des légumineuses qui fourniront aux arbres de l'azote atmosphérique fixé par leurs nodules. « Les fauches de légumineuses, réalisées deux à trois fois par an, sont déportées sur le rang. » D'autre part, mettre en place un paillage sur le rang pour réguler l'herbe, entretenir le réservoir de matière organique, réguler la température du sol et optimiser l'eau. Deux modalités sont étudiées – la paille de blé et un paillage biodégradable (Thorenap®) – et comparées à un témoin travail du sol. « Notre objectif est que ce paillage ait une durée de vie de trois ans avant d'être enherbé », soulignait Muriel Millan, du CTIFL, en présentant l'essai le 12 mars dernier à l'occasion de la rencontre technique arboriculture biologique organisée conjointement par le CTIFL et l'Itab.
Des résultats à valider
Cet essai a été lancé en 2013 sur une plantation d'abricotiers conduits en bio depuis quinze ans. En 2011 et 2012, des semis d'espèces naturelles avaient été fait. D'une part, phacélie, ray-grass d'Italie et vesce en 2011, d'autre part, vesce, luzerne, lupuline, mélilot, trèfle blanc, sainfoin et luzerne en 2012. Dès 2012 également, une première segmentation était faite avec une modalité intégrant du BRF (3 cm incorporé avant semis de légumineuses).
Les résultats intermédiaires de cet essai ont été présentés (voir encadré). Le CTIFL a ensuite comparé la capacité de minéralisation, c'est-à-dire la fourniture annuelle d'azote, des trois modalités. Elle semble mieux fonctionner dans la modalité « AB, légumineuse et paillage » puisqu'elle atteint 200 unités, contre 120 pour la modalité PFI et 95 unités pour la modalité bio classique. « La vie biologique du sol est plus activée avec nos hypothèses », résumait Muriel Millan. Par ailleurs, en seconde feuille, le potentiel de production est estimé à 2 tonnes par hectare avec la modalité « AB, légumineuse et paillage » contre 1,5 t avec la modalité PFI.
« Ces résultats intermédiaires sont encourageants. Mais il nous reste à les valider sur la production et la qualité des fruits. Par ailleurs, nous allons devoir suivre attentivement les légumineuses pour voir si elles se maintiennent effectivement sur l'inter-rang. De plus, il nous faudra valider que cet azote mis à disposition avec nos hypothèses initiales soit effectivement disponible au moment où l'arbre en aura besoin. Enfin, concluait Muriel Millan, la rentabilité économique devra être faite. »
Céline Zambujo
(1) BRF : bois raméal fragmenté.
(2) CTIFL : centre technique interprofessionnel des fruits et légumes.
(3) Biochar enrichi : il s'agit de charbon de résidus de biomasse produit par pyrolyse enrichi biologiquement et activé par un compost de déchet vert.
Essais : premiers résultatsLe BRF incorporé juste avant le semis favorise l’implantation des légumineuses.« Pour le moment », notait Muriel Millan (CTIFL), il n’y a pas de différence entre les modalités sur la vigueur, la matière organique (MO) et la biomasse microbienne.L’apport de compost de déchets verts / Biochar activé + légumineuses permet d’augmenter le taux de matière organique et de couvrir les besoins azotés des abricotiers pendant au moins les deux premières années de pousse en verger.L’augmentation des réserves du sol en MO et l’activité de la biomasse microbienne, favorisées par le non travail du sol, permettent de compter sur une fourniture de 200 unités d’azote sur une saison végétative. « Mais la libéralisation de l’azote ne se fait pas forcément quand l’arbre en a besoin : il semble toutefois que le Biochar libère plus l’azote en mai-juin par rapport au compost de déchets verts, tandis qu’en avril et août, l’effet paillage est plus important », précisait la spécialiste du CTIFL.Les légumineuses fournissent de l’azote au sol (estimé à 130 unités par an). « Cet azote pourra être potentiellement libéré à moyen terme », poursuivait Muriel Milan. Par ailleurs, le CTIFL a cherché à savoir quelle part de cet azote provenait des légumineuses. Il a pour cela effectué des analyses en laboratoire (analyses d’abondance isotope) qui ont montré qu’une partie non négligeable provenait de la fixation de l’azote atmosphérique par les nodosités des légumineuses de l’inter-rang (environ 8 %).