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Etude

Abricot : une production annoncée en baisse en France et en Europe

Les prévisions de récolte d'abricots pour 2016 tablent sur un potentiel de 55 911 tonnes en Europe, en baisse de 11 % par rapport à 2015 et de 16 % par rapport à la moyenne 2010-2014. La production de Rhône-Alpes est la plus affectée.
Abricot  : une production annoncée en baisse en France et en Europe

Les prévisions de récolte d'abricots sont tombées : la production européenne est attendue aux alentours de 55 911 tonnes, en baisse dans tous les pays hormis la Grèce qui avait vu son potentiel réduit de moitié en 2015. Cette baisse est généralisée partout en Europe, l'Italie, premier producteur, atteignant les 163 190 t devant la France (115 569 t), puis suivent l'Espagne (109 235 t) et la Grèce (54 800 t). L'Italie et la France affichent des baisses importantes par rapport à 2015, avec respectivement -19 et -26 %. L'Espagne est quasiment à l'équilibre (-1 %). Seule la Grèce voit sa production nettement augmenter (+ 77 %) mais la récolte 2015 avait été particulièrement faible (divisée par deux à 23 900 t).
Ce contexte de baisse généralisée est lié à des conditions climatiques hivernales et printanières particulièrement défavorables avec un froid ralentissant la végétation. « Rien n'est définitivement arrêté », prévenait toutefois Eric Hostalnou, de la chambre d'agriculture du Roussillon, dernièrement. Il n'empêche : pour retrouver un tel niveau de production en Europe, il faut remonter à 2003 voire 2013. « L'avance de végétation constatée en début d'année a fondu et nous sommes aujourd'hui quasiment dans la moyenne », poursuivait Eric Hostalnou. Reste que cette baisse généralisée à toutes les zones de production ne doit pas masquer la dynamique des nouvelles plantations enregistrées depuis quelques années, ni le renouvellement variétal important qui s'est opéré dans les vergers.
L'Italie moins présente à l'export
Le premier producteur, l'Italie, annonce donc une récolte en baisse de 19 % à 163 190 t, concentrée sur deux bassins : l'Emilie-Romagne et l'Italie du Sud, avec respectivement 55 000 et 80 000 t. « Nous avons perdu 20 % de notre potentiel à cause de l'hiver doux puis de la grande humidité pendant la floraison. Les variétés précoces du Sud ont été particulièrement touchées car moins rustiques, de même que les nouvelles variétés, plus colorées. Les variétés de saison se comportent bien par ailleurs », détaillait Elisa Macchi, directrice du CSO de Ferarra.
Mais cette baisse ne doit pas masquer l'augmentation des surfaces implantées (+ 3 %) qui touche notamment l'Emilie-Romagne et aussi le sud de l'Italie. « Le marché de l'abricot répond bien et les producteurs ont planté. Le verger s'appuie donc aujourd'hui sur des variétés traditionnelles autofertiles et de nouvelles variétés précoces et colorées autofertiles également. Nous continuons à planter à la fois des variétés précoces et tardives qui concernent les grands opérateurs et les petits producteurs car l'Italie souhaite élargir son calendrier de production avec des variétés demandées par les consommateurs. »
Ce rééquilibrage des zones de production va impacter les capacités export du pays, la production au nord étant davantage orientée vers le marché intérieur, tandis que celle du Sud est plus destinée aux marchés d'exportation. « Mais la baisse de 30 % annoncée dans le Sud devrait faire qu'en 2016, l'Italie sera moins présente à l'export », anticipait la spécialiste italienne.
En Espagne : stabilité
En Espagne, la zone de Murcia se voit concurrencer par de nouvelles zones de production (Aragon et Catalogne), tandis que la zone de Valencia est plutôt en repli ces dernières années. « En 2016, la dynamique des jeunes vergers arrivant en production se confirme et vient compenser les accidents climatiques de l'hiver et du printemps, avec des gels sur la région de Murcia, qui ont pénalisé la floraison et la nouaison », annonçait Javier Basols, président du groupe fruits à noyaux Coopérativas Agro-Alimentarias.
Au final, l'Espagne devrait commercialiser aux alentours de 110 000 t (- 1 % par rapport à 2015, + 32 % par rapport à la moyenne quinquennale), avec une progression de l'offre bio et l'arrivée de nouvelles plantations destinées au marché du frais mais aussi à celui de l'industrie. « On s'attend pour 2016 à une campagne très similaire à 2015, avec un peu moins de fruits, mais des calibres plus gros. »
En Grèce : l'abricot remplace la pêche
En Grèce, les producteurs soufflent après une année 2015 catastrophique qui avait vu la production réduite de moitié. Les grands mouvements se confirment par ailleurs, avec la montée en puissance d'une nouvelle zone de diversification de pêche-nectarine désormais implantée en abricot, aux côtés de la zone plus traditionnelle du Péloponnèse. « Le Nord accueille de nouvelles zones de plantation et nous allons devoir trouver de nouveaux marchés pour cette production afin de ne pas faire chuter les prix et maintenir un niveau de rémunération correct en production. En 2016, nous avons une bonne production dans le Péloponnèse mais 70 % de la production normale en Macédoine, avec des variétés comme Bebeco et Aurora particulièrement impactées. Les floraisons ont été précoces mais la croissance des fruits a ensuite été bloquée par le froid et les pluies du printemps. Fin avril, nous n'avons pas plus d'une semaine d'avance de précocité. La récolte devrait débuter au cours de la première quinzaine de mai », notait Vassilis Kukuryannis, de la coopérative Almme.
En Grèce donc, la reconversion variétale est active et le déséquilibre entre le Péloponnèse et la Macédoine tend à se réduire, la Macédoine devenant une nouvelle zone de production, en remplacement de vergers de pêchers.
En France, pas de gaspillage
En France enfin, la production est annoncée en baisse de 26 % par rapport à 2015, en repli de 27 % par rapport à la moyenne 2010-2014. La faute à un hiver doux et à des floraisons qui ont duré, mais aussi à quelques orages de grêle et au gel. Dans le détail, la production de Rhône-Alpes est la plus affectée. La production provençale est en légère baisse par rapport à 2015, tandis que celle du Languedoc-Roussillon est plus contrastée, avec une récolte correcte en Roussillon et déficitaire dans le Gard et la Crau en raison d'une charge hétérogène et globalement décevante.
Au final, les variétés de juin seront présentes en volumes mais ces derniers devraient être déficitaires en juillet, en particulier sur bergeron, avant une reprise sur les variétés tardives qui seront bel et bien là. « Nous allons avoir une saison atypique, même si rien n'est encore définitivement écrit », lance Vincent Faugier, co-président de la SIPMM Abricots, avec Sabine Alary. « La filière française d'abricots a toujours été dans l'innovation, poursuivait cette dernière. La mode en 2016 sera de ne rien perdre compte tenu des volumes. C'est dans cette optique que nous lançons une nouvelle marque, "les fruits cabossés", qui seront des fruits certes pas irréprochables au niveau du look mais très bons au niveau qualitatif. Cette marque sera lancée en juin. À nous de valoriser ces fruits cabossés pour proposer à nos clients des abricots, car des abricots il y aura. Alors oui, la saison sera compliquée mais elle le sera pour tous en Europe. À nous de faire tout pour soutenir cette agriculture et cette filière », concluait, volontaire, la co-présidente de la SIPMM.

Céline Zambujo

 

Prévisions d’abricots pour 2016
Pays    Production totale prévue (tonnes)
Italie    163 190
Dont Emilie-Romagne    52 795
Dont Italie du Sud-Sicile-Sardaigne    79 210
Autres bassins    31 185
Grèce    54 800
Dont Péloponnèse-Stéréa-Crète    38 200
Dont Macédoine-Autres régions    16 600
Espagne    109 235
Dont Valence    2 600
Dont Murcie    70 000
Dont Aragon    13 476
Dont Castilla la Mancha    12 800
Autres bassins    10 359
France    115 569
Dont Languedoc-Roussillon    40 000
Dont Rhône Alpes    56 250
Dont Paca    19 319
Total UE 2016    442 794
Source : Medfel, avril 2016.