Accords de libre-échange : plus de craintes que d’envie
La victoire de Donald Trump aux États-Unis, candidat ouvertement protectionniste, mais aussi les échéances électorales attendues en Allemagne et en France vont sans nul doute ralentir les négociations autour des accords de libre-échange. Il n'empêche, le sujet reste bien d'actualité. D'une part parce que le Ceta, accord avec le Canada, a été signé ; d'autre part, parce que de nombreuses autres négociations sont en cours entre l'Union européenne et des pays tiers (Mercosur, Australie/Nouvelle-Zélande, Afrique de l'Ouest, etc.). Cette multiplication, a rappelé l'économiste de l'APCA (Assemblée permanente des chambres d'agriculture) Thierry Pouch, provient de l'échec des négociations de l'OMC (Organisation mondiale du commerce). « Nous sommes passés d'une logique d'accord multilatérale à une logique bilatérale et régionale. Partant du principe que l'intensification des échanges commerciaux est source de croissance et d'emplois. » Ainsi, l'UE a signé ces dernières années pas moins de 25 accords de libre-échange. Le sujet, qui n'a jamais été autant médiatisé, interpelle et, souvent, divise. Mais comme le rappelait avec sagesse Nicole Bruel, présidente de l'Afdi régionale : « Avant de répondre à la question pour ou contre, encore faut-il connaître le contenu de ces accords et comprendre les conséquences positives comme négatives pour les agricultures des différents protagonistes ».
Les inquiétudes de la filière bovin viande
Dans nos campagnes, les accords de libre-échange inquiètent, notamment la filière viande bovine. « Ça ne me fait pas vibrer, reconnaît d'emblée François Garrivier, éleveur dans la Loire et responsable professionnel. Le Ceta, c'est fait, mais derrière il y a le Tafta, le Mercosur... Attention, je ne suis pas contre le commerce extérieur, un bovin sur deux de mon exploitation franchit les frontières. » Mais pour l'éleveur, la condition sine qua non serait le principe de réciprocité sanitaire, environnementale, sociale et sociétale. Tandis qu'en France les consommateurs s'élèvent contre la ferme des 1 000 vaches et autres grosses stru
ctures, l'idée d'importer de la viande issue des feedlots américains apparaît à contre-courant. « Dans mon abattoir, un animal sale est euthanasié. Ce même abattoir reçoit un PV car le soleil qui entre par une lucarne se reflète dans l'eau et éblouit les animaux... En face, nous avons les États-Unis où 40 % des animaux sont élevés dans des feedlots de plus de 30 000 têtes, dans des conditions que vous imaginez... Là-bas, les carcasses sont passées à l'acide lactique, les éleveurs utilisent des hormones de croissance... ». La position des éleveurs de bovin allaitant n'est toutefois pas partagée par tous. « Autant de responsables agricoles que je reçois, autant d'avis il y a précise le député européen Michel Dantin. La viande bovine est à la pointe de la contestation. D'autres viennent en revanche me demander d'aboutir rapidement à un accord avec les États-Unis. C'est le cas des vins et spiritueux mais aussi de la filière laitière. »
Canada : les indications géographiques enfin reconnues
Pour le Ceta, même si les professionnels semblent s'être fait une raison, ils redoutent l'impact économique. « Certes, les volumes qui vont entrer ne sont pas spectaculaires(1), mais ils vont arriver sur un marché déjà saturé. Ce seront principalement les bons morceaux comme l'aloyau qui seront importés. Ces bons morceaux si importants dans le prix de la carcasse », redoute François Garrivier. Déléguée commerciale au sein de l'ambassade du Canada à Paris et venue à la conférence en auditrice, Bonny Berger s'est montrée rassurante et positive. « Nous croyons que c'est un accord bénéfique pour les deux camps(2) car il prend en compte la protection de l'environnement et des travailleurs. De plus, nous avons reconnu 170 indications géographiques européennes, c'est une première en Amérique du Nord. » L'avancée est en effet notoire. Si les appellations viticoles faisaient déjà l'objet d'un accord, 42 appellations françaises ont été reconnues(3), mais pas toutes. « Ce sont celles qui ont un marché à l'
export qui l'ont été. Certaines appellations n'ont qu'une envergure régionale », rappelle Michel Dantin. Et Bonny Berger de renchérir. « Il y a de la place pour les autres si elles souhaitent renégocier. » Mais de leur côté, les États-Unis sont toujours très hostiles à cette reconnaissance... Sur la question des normes, les Canadiens se sont engagés à produire selon le standard européen. Là encore Bonny Berger est rassurante sur la faculté de ses compatriotes à jouer le jeu. Et Michel Dantin d'insister : « La réussite de cet accord dépendra de nos facultés à faire respecter les règles ».
D. B.
(1) : 65 000 tonnes de viande bovine soit 0,6 % de la consommation intérieure de l'UE et 79 625 tonnes de viande porcine soit 0,4 % de la consommation.
(2) : Les éleveurs laitiers canadiens qui vont subir l'augmentation de 18 500 tonnes de fromages d'importation supplémentaires, soit le double des exportations actuelles, ne sont pas de cet avis...
(3) : Les appellations régionales protégées par le Canada : comté, reblochon, reblochon de savoie, emmental de savoie, beaufort, fourme d'ambert, abondance, bleu d'auvergne, cantal, fourme de cantal, cantalet, petit cantal, tomme de savoie, saint-nectaire et lentilles vertes du puy.
Les échange commerciaux agricoles Union européenne / États-Unis
Le projet d’accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Europe est un serpent de mer. Il était déjà dans les cartons du temps de… Kennedy. Aujourd’hui, la balance commerciale agricole est négative pour les Etat-Unis. Ils importent de l’Europe pour 21,6 Mds de dollars de denrées agroalimentaires et exportent seulement 14,9 Mds de dollars. Contrairement aux idées reçues, l’UE se protège mieux avec des droits de douane de 19,1 % contre 9,9 % pour les États-Unis. Selon les études prévisionnelles, l’impact du Tafta sur le commerce agricole serait beaucoup plus favorable aux Américains : 116 % de hausse dans le sens USA/UE et seulement 56 % à l’inverse. Il concernerait principalement les viandes, rouge et blanche, mais aussi les céréales et les fruits et légumes.
CEDEAO / Les agriculteurs d’Afrique de l’Ouest sont vent debout contre le projet d’accord avec l’UE qui permettrait une importation détaxée de lait en poudre.
Plaidoyer pour la souveraineté alimentaire africaine
