Accueillir le Tour de France, une occasion en or pour les petites communes
Cette année, dix nouvelles villes ont accueilli les coureurs. Un investissement important mais qui assure une exposition sans pareille.
Pour la 5e fois en dix ans (hors Monaco en 2009), le Tour de France est parti de l'étranger. Il a traversé cette année l'Allemagne et la Belgique avant de retrouver le sol français à l'arrivée de la troisième étape à Longwy (Meurthe-et-Moselle). C'est après 9 jours de course et une arrivée à Chambéry, que les coureurs ont effectué leur premier court passage dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, avant de repartir vers l'Ouest et descendre dans les Pyrénées. Depuis dimanche, le peloton est de retour après avoir traversé l'Occitanie, avec en ligne de mire les mythiques cols des Alpes. Au programme entre autres, le Télégraphe, La Croix de Fer, le Galibier... et une arrivée inédite au sommet de l'Izoard ce jeudi 20 juillet, avant une étape entre Embrun et Salon de Provence, et un contre-la-montre de 22,5 km à Marseille la veille de l'arrivée. Le 18 juillet, le Tour a traversé une partie de la Drôme, de Tain-l'hermitage à Romans-sur-Isère, ville d'arrivée en passant, entre autres, par Saint-Donat.
Dix nouvelles villes étapes
Si le col de l'Izoard a déjà été emprunté à plusieurs reprises, c'est la première fois qu'il accueille une arrivée d'étape. Mais être sélectionnée pour recevoir la grande boucle n'est pas chose facile. Chaque année, plus de 200 communes en font la demande, malgré les coûts importants réclamés par l'organisation. Comptez 65 000 euros pour accueillir un départ, et 110 000 euros pour une arrivée. Quant aux villes qui souhaitent être un point d'arrivée et de départ le lendemain, elles doivent débourser 160 000 euros. Pour être candidate au départ officiel du Tour, le prix est estimé entre 2 et 10 millions d'euros. En 2015 par exemple, Utrecht (Pays-Bas) a déboursé pas moins de 4 millions d'euros ! En plus de ces frais, les communes doivent prendre en charge les aménagements des routes si nécessaires, le village départ pour les villes concernées et la sécurité. Les sommes peuvent donc très vite grimper mais ne ralentissent pas pour autant les villes qui ont tout à gagner.

La Mure, une première sous le signe « d'une grande fête »
Parmi les lauréates, La Mure, petite commune de 5 000 habitants, qui a accueilli le départ de la 17e étape, le mercredi 19 juillet, qui arrive à Serre-Chevalier. Pour Raphaël Bouvier, collaborateur au cabinet du maire, obtenir ce départ est l'occasion « de se faire connaître en France et ailleurs, sur le plan touristique ». Pourtant, il lui est difficile de calculer à l'heure actuelle quelles seront les retombées économiques : « Dans notre commune, nous n'avons pas beaucoup de capacité hôtelière ou d'accueil, il est difficile d'évaluer. Nous pourrons calculer les retombées économiques une fois que le Tour de France sera passé. Cela sera le travail des agences pour connaître l'impact de cet accueil sur notre commune ». On sait toutefois que du monde est attendu à La Mure (entre 15 000 et 20 000 visiteurs selon le site de la commune), qui a travaillé pendant 9 mois après l'annonce officielle, pour faire en sorte que tout soit bien organisé. « Nous recevons beaucoup d'appel à propos des horaires de passage. Cela sera une grande fête, en espérant que la météo soit avec nous, car c'est un facteur qui compte », relève Raphaël Bouvier. Ce sera l'occasion pour la commune de mettre en avant ses produits locaux par le biais d'un marché organisé par la confrérie du Murçon-Matheysin, qui promeut la gastronomie de La Mure et ses alentours. Coup de pouce supplémentaire, c'est l'étape qu'a choisi de couvrir le président de la République. De quoi voir le nom du petit village isérois un peu plus dans la sphère médiatique.
Alors même si la commune ne peut encore chiffrer l'impact de cette participation au Tour, l'investissement devrait être rentabilisé. À titre d'exemple, selon un rapport de la collectivité territoriale de Corse, le départ de Porto-Vecchio en 2013 et les deux étapes qui ont eu lieu sur l'île, ont attiré 20 000 personnes en plus, et des retombées économiques énormes sur les années à venir.
Sans oublier que le Tour de France est l'épreuve sportive la plus regardée au monde : 190 pays retransmettent l'évènement, dont 60 en direct. Les villes départ sont cependant moins bénéficiaires de cette retransmission (d'où le coût d'accueil inférieur). Jusqu'en 2016 en France, l'émission Village Départ, animée par Laurent Luyat, était un bon coup de publicité pour les acteurs locaux, notamment dans le domaine de la gastronomie où des concours de cuisine étaient organisés pendant l'émission. Désormais, France Télévision retransmet l'intégralité des étapes. Alors n'oublions pas l'essentiel qui reste la course. Une étape spectaculaire participera à graver le nom d'une commune dans la légende de la grande boucle !
Aurélien Gourgeon
Tour de France /
Les fruits de la Drôme en tête de peloton
Le 18 juillet, à l'arrivée de l'étape menant les coureurs du Tour de France du Puy-en-Velay à Romans-sur-Isère, les fruits de la Drôme ont été mis en avant. Sur le stand du Département, au cœur du village du Tour, le grand public a pu déguster des abricots, des pêches et des nectarines dans le cadre d'une opération de communication et de promotion organisée par l'association Fruits Plus.
Interview / Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France, ancien responsable des relations publiques de la grande boucle, et agriculteur à la retraite, nous a accordé une interview.
Agriculteurs et coureurs cyclistes : mêmes combats
Que pensez-vous de la relation Tour de France et agriculteurs ?
Bernard Hinault : « Les agriculteurs sont ceux qui façonnent le paysage de la France. Ce sont eux aussi qui l’entretiennent et ils savent le faire ! Leur métier est très dur. C’est la même chose pour le métier de coureur cycliste. Agriculteurs et coureurs cyclistes se retrouvent à affronter les conditions climatiques. »
Est-ce que vous pensez que l’on pourrait aller plus loin dans cette synergie Tour de France, agriculteurs et agriculture ?
B.H. : « Je ne sais pas. C’est déjà magnifique ce qui a été fait avec ce concours de visuels qui va fêter ses 10 ans ! Et puis, avec des dessins créés par les agriculteurs qui sont de plus en plus beaux, c’est génial. Peut-être peut-on rajouter des dégustations de produits au départ, ou en cours de route, ou bien à l’arrivée ? »
Vous avez annoncé l’an passé que vous ne souhaitiez plus vous occuper des relations et des cérémonies du protocole aux arrivées des étapes du Tour de France, qu’est-ce que vous comptez faire cette année au mois de juillet ?
B.H. : « En fait, j’aurai quelques opérations en lien avec le Tour de France. Par exemple, je serai aux côtés de la société Century 21, un tout nouveau partenaire du Tour, à Troyes. Ils m’ont demandé d’être le parrain d’une opération de don de vélos et de casques à des enfants. J’ai dit oui parce qu’il s’agit d’une opération en lien avec des enfants. Cela permet de donner la possibilité à des enfants de goûter à quelque chose. Peut-être que ces enfants seront les champions de demain ? »
Vous avez pris votre retraite d’agriculteur, qu’est devenue votre exploitation ?
B.H. : « Ce n’est pas moi qui étais le patron, c’est ma femme. Moi, j’étais l’ouvrier. Nous habitons toujours sur la ferme et nous avons cédé l’exploitation à quelqu’un avec lequel nous nous entendions bien. Il fait un peu de vaches allaitantes, des génisses de race holstein et des céréales. »
Cette année, 18 FDSEA se sont portées candidates pour participer au concours « Les agriculteurs aiment le Tour », qu’est-ce que vous en pensez ?
B.H. : « C’est très bien. Cela va donner l’occasion au public de voir 18 fois des paysages et des créations faits par les agriculteurs. »
