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GAEC et SOCIETES

Adapter les formes sociétaires aux nouveaux installés

Les 13 et 14 juin, Gaec et sociétés a tenu son congrès annuel en Saône-et-Loire. La dernière demi-journée était consacrée à l’accueil en société comme clé du renouvellement des générations. Pour s’adapter aux nouveaux installés qui ont des profils de plus en plus atypiques, la possibilité de se tester a été mise en avant.
Adapter les formes sociétaires  aux nouveaux installés

Le renouvellement des générations s'impose comme une problématique majeure dans le monde agricole. À l'occasion de son congrès annuel, Gaec et sociétés a donc présenté l'accueil en société comme une clé pour répondre à ce défi. « Dans les prochaines années, 160 000 agriculteurs devraient partir à la retraite », précise ainsi Guillaume Gauthier, administrateur national de Jeunes agriculteurs. Le taux de remplacement laisse aussi à désirer puisque Gilles Brenon, président de Gaec et sociétés, spécifie que 50 000 exploitants ne seront pas remplacés. « Cela nécessite tout de même d'installer 36 000 nouveaux agriculteurs par an, alors que les nouveaux chefs d'exploitation, en 2017, n'ont pas dépassé 21 500 », ajoute-t-il. En parallèle, les profils des exploitations et des nouveaux installés évoluent. « La question de la transmission et de l'installation s'élargit, il est de moins en moins évident que le fils de l'exploitant reprenne l'exploitation familiale », explique Guilhem Anzalone, enseignant-chercheur en sociologie à l'ESA d'Angers. « Les transmissions, qui normalement impliquent de léguer le patrimoine, le métier et le statut de chef d'exploitation peuvent être partiels », complète-t-il. Ainsi, de nouveaux modèles d'exploitations émergent avec une superposition des modèles entraînant, par exemple, un recours accru à la prestation de services et donc aux entreprises de travaux agricoles, afin de dissocier possession du capital et travail de la terre. Le sociologue remarque aussi un éclatement du modèle familial, exploitation dans laquelle la terre, le travail et le capital sont gérés par une même personne. Si elles représentent encore 60 % des exploitations françaises, on note tout de même l'émergence de firmes (10 % des exploitations françaises). Pour Gilles Brenon, il est donc nécessaire d'inventer de nouvelles formes d'agriculture de groupe et d'adapter les formes sociétaires à ces évolutions.

L'émergence de nouveaux profils

En plus d'un bouleversement du modèle d'exploitation, on note un changement dans le profil des jeunes installés. « Le public est différent, on remarque qu'il y a de plus en plus de personnes non issues du milieu agricole et en reconversion », analyse Guillaume Gauthier. Philippe Tapin, responsable du pôle développement à l'Union nationale des Maisons familiales et rurales, note de son côté un frémissement dans la formation continue pour adultes. « On sent que les besoins sont importants pour ce nouveau public qui s'installe hors cadre familial avec des projets différents, souvent tournés vers l'agriculture de niche », signale-t-il. Là aussi, des adaptations sont nécessaires pour accueillir ce nouveau public. Guillaume Gauthier conseille de commencer par réformer les Points accueil-installation, qu'il juge peu adaptés à ces nouveaux entrants. L'arrivée de nouveaux profils entraîne aussi le développement de nouvelles formes d'installation en société. Mathieu Lersteau, paysan boulanger et maraîcher en Indre-et-Loire, s'est ainsi installé il y a cinq ans en Scop (société coopérative de production) avec ses cinq associés, presque tous non issus du milieu agricole. Il s'agissait pour ces exploitants d'éviter le surendettement à l'installation, de construire une ferme « facilement transmissible », mais aussi d'améliorer leur protection sociale. « Nous avons tous été salariés auparavant et nous souhaitions préserver ces acquis », indique Mathieu Lersteau. Dans une Scop, les gérants ont aussi le statut de salariés et bénéficient donc de la même protection sociale. Il existe actuellement moins de cinq Scop agricoles en France.

Gilles Brenon, président de Gaec et sociétés.

Se tester avant de s'installer

Pour Gaec et sociétés, il ne s'agit pas seulement de réformer les sociétés, mais aussi d'inventer de nouvelles formes d'accueil dans les structures collectives. Gilles Brenon indique en effet qu'il existe de nombreuses opportunités d'installation dans les Gaec et les sociétés agricoles. Ces derniers regroupent 58 % des chefs d'exploitations. « Les Gaec, groupements au sein desquels plus de 20 % des agriculteurs exercent leur activité à plusieurs, recèlent de véritables potentialités d'accueil », complète-t-il. Pour faciliter l'entrée dans ces sociétés, l'association souhaite la création d'un « droit à l'essai ». Ce dispositif, déjà en place en Haute-Savoie, a pour objectif de permettre aux futurs associés de se tester en condition réelle, afin que le projet individuel s'insère dans les projets collectifs. « Cela autorise une réversibilité des entrées en société si le test se révèle négatif », explique le président. Il s'agit donc d'envisager « sereinement le développement des projets en société ». Autre possibilité de s'essayer pour ceux qui envisagent de s'installer et qui ne sont pas issus du milieu agricole ; les espaces-test agricoles, qui sont regroupés au sein du réseau Renata (il rassemble 80 membres, parmi lesquels 45 espaces-test en fonctionnement, 27 espaces-test en projet et 6 membres associés). Il s'agit de permettre à des futurs installés de tester leur exploitation en conditions réelles. « On leur prête de la terre et un numéro de Siret temporaire, nous leur apportons aussi du conseil », précise Élodie Patric, coordinatrice régionale de l'espace-test « Semeurs du possible ». Les futurs installés peuvent ainsi assurer leurs arrières en vérifiant que leur méthode de culture est fonctionnelle, qu'ils ont des débouchés commerciaux... Cela peut aussi leur permettre d'avoir des arguments concrets et chiffrés pour convaincre des banques de leur accorder un prêt. L'accueil de nouveaux installés peut être une clé pour répondre au défi du renouvellement des générations, mais il doit être réformé pour s'adapter aux nouveaux profils. 

Marie-Astrid Batut