Adapter sa stratégie à la gamme de production visée
Olivier Jacquet, conseiller à la chambre d'agriculture du Vaucluse, s'est prêté à un petit jeu à l'occasion d'une journée technique de l'Aredvi (association régionale d'expérimentation et de développement vitivinicoles) de Paca. Comment augmenter les rendements avec les nouvelles approches techniques qui ont vu le jour ces dernières années ? Il a développé son propos en le scindant selon le type de vin, IGP ou vins sans IG et vin de France. « Comment atteindre et dépasser d'un côté les 100 hl/ha pour les IGP et 150 hl/ha pour les seconds, tout en maîtrisant ses coûts de production et en produisant des vins de qualité adaptés à ces segments ? » Le défi n'est pas irréalisable, prétend-il.
La stratégie en IGP
« Pour le vignoble IGP, nous disposons en effet de cépages à fort potentiel qualitatif, de l'irrigation et de techniques comme la taille rase de précision (TRP) qui permettent d'avoir des rendements élevés. » En moyenne sur un vignoble IGP, la TRP a permis de dégager 5,4 kg/cep, contre 3,6 kg/cep en moyenne pour les autres modes de conduite, soit une différence en faveur de la TRP de + 1,8 kg/cep1. « Sur un hectare, soit 3 000 ceps, cela représente ainsi un gain de 5 400 kg, soit 40 hl en plus par hectare », détaille-t-il. Faites le calcul sur 12 ans, cela représente un gain « purement théorique » de 24 000 €/ha (base moyenne : 50 €/hl pour les IGP). Ajoutez à cela des coûts de production plus faibles liés à une moindre taille d'environ 300 €/ha, mais des coûts d'installation plus importants (+ 200 €/ha pour le palissage), et ce modèle « a toute sa pertinence », même si, se pose la question de sa durabilité. « Par ailleurs, la technicité du vigneron est nécessaire. Mais cette stratégie est pertinente, bien qu'il n'existe finalement pas beaucoup de vignobles dans le Sud-Est avec cette orientation vers une production en volume d'IGP. »
Viser l'entrée de gamme et plus de 150 hl/ha
Quelle stratégie différenciante mettre en place à l'inverse pour des VSIG ou des vins de France. « Produire des VSIG est peut-être un moyen d'aborder une gamme de vin différente, un moyen de pénétrer sur des marchés d'entrée de gamme avec des produits aux coûts de production les plus faibles possible », dit-il. Dans cette optique, l'objectif visé doit d'abord permettre d'avoir des volumes très élevés, « supérieur à 150 hl/ha », avec des vins simples, colorés en rouge et aromatique en blanc, et surtout, avec des coûts de production « faibles à très faibles ». Si le postulat peut sembler simple à poser, comment y parvenir ? Pour Olivier Jacquet, il faut répondre à un cahier des charges très précis : des cépages précoces et à fort potentiel aromatique et de couleur, une irrigation quasi obligatoire, voire des cépages résistants quand la gamme sera plus développée. « En termes de conduite, la taille minimale semble être la plus appropriée à cette stratégie. Une seule intervention est demandée : un écimage en été en haut ou sur les bas de la vigne. » Pour rappel, la taille minimale permet d'obtenir des coûts de production plus faibles, des rendements plus élevés, des petites grappes et des petites baies réparties sur toute la haie, avec un niveau de maturité très homogène mais une récolte plus tardive qu'avec une autre conduite. Autre différence : la mise en place du feuillage est plus précoce comparativement à une vigne conduite traditionnellement. Entre 2007 et 2014, les essais taille minimale conduits à Piolenc ont montré que cette dernière permettait de dégager 2,48 kg/m² contre 0,84 kg/m² sur le témoin, avec un feuillage apparemment moins sensible aux maladies. « Cette stratégie doit être orientée pour une production d'entrée de gamme, à moins de 3 € le col, et avec un coût de production inférieur à 20 € l'hecto. Il y a des marchés pour ce type de vin », assure le technicien.
Mais attention : le vignoble doit être conçu dans cet objectif dès le départ et « il ne faut pas s'attendre aux mêmes résultats technico-économiques dans le cas d'une rénovation de vignes », précise Olivier Jacquet avant de conclure : « Dans tous les cas, il y a des choses à faire et des outils disponibles pour ceux qui veulent aller vers d'autres segments que l'AOC ».
Céline Zambujo
1 Essais pluriannuels menés en Vaucluse.