Afdi : une solidarité internationale qui s'organise de paysans à paysans
Créée en 1968, issue du Criad (Centre de relations internationales entre agriculteurs pour le développement), Afdi fête aujourd'hui ses 50 ans. Soutenue par les organisations professionnelles agricoles régionales, l'objectif, à l'époque, était de relier les paysans de la région avec ceux du monde dans un esprit de solidarité, de mutualisme, d'échanges et d'alliances entre paysans. En 1971, les premières missions se déroulent en Afrique : au Cameroun, en soutien à un centre de formation et à la mise en place d'une ferme témoin.
En 1975, Afdi et le Criad s'associent pour former Criad-Afdi Rhône-Alpes. L'association représente la région au sein du réseau national. Le Criad Afdi Rhône-Alpes s'implique dans de nombreux programmes en vue de l'installation de jeunes ruraux pour lutter contre l'exode rural. Il conduit des missions d'expertise et des projets dans 13 pays : Burkina-Faso, Sénégal, Mali, Togo, Bénin, Niger, Zaïre, Cameroun, Congo, mais aussi en Amérique Centrale au Nicaragua et au Salvador et dans l'Océan indien à Madagascar et à l'Île Maurice.
Vers l'autonomie
Au cours des années 1990-2000, le Criad-Afdi Rhône-Alpes accentue son aide à la structuration d'organisations paysannes telles que des coopératives, des syndicats et des organismes de formation. « Afdi forme les paysans à prendre des responsabilités, les accompagne sur la gouvernance de leurs structures. Elle est l'une des rares ONG (organisations non gouvernementales) à financer le fonctionnement de ces structures paysannes visant le renforcement de leurs capacités et de leur autonomie », précise Laurent Barras actuel trésorier, président de Criad-Afdi Rhône-Alpes de 1990 à 1995.
L'association travaille également à la mise en place de filières agricoles, pour agir dans le temps long du développement. Il s'agit alors d'organiser la production, le stockage, la transformation, la vente, la promotion et la mise en cohérence des différents acteurs. C'est en 2012, lors de changement de statut que le nom Criad disparaît, au profit d'Afdi Rhône-Alpes qui poursuit son action autour des mêmes valeurs. En 2017, l'association s'élargit au périmètre de la nouvelle région et devient Afdi Aura.
M. B.
Nicole Bruel, la présidente d’Afdi Aura, évoque l’actualité et l’avenir de l’association en ce cinquantième anniversaire.
“ Renforcer la solidarité paysanne internationale ”
Afdi Aura fête ses 50 ans, que représente aujourd’hui l’association ?Nicole Bruel : « Afdi Aura réunit une centaine d’adhérents, des agriculteurs, des personnes de la société civile, des représentants des organisations professionnelles agricoles. Au Nord, nous travaillons à l’information, à la sensibilisation et à la mobilisation en intervenant dans les lycées par exemple. Au Sud, nous sommes en lien avec des organisations paysannes dans quatre pays d’Afrique. »
Dans quels types d’actions Afdi est-elle impliquée actuellement ? Où ? Pour qui ? Pour quoi faire ?
N. B. : « Par affinité et en raison de rapports anciens, des partenariats privilégiés se sont développés entre certains pays et des départements. La Loire est présente au Sénégal. Elle a soutenu pendant cinq ans un projet portant sur le développement de semences d’arachide. Elle accompagne aujourd’hui la création de jardins maraîchers pour les jeunes ménages. L’Auvergne agit au Burkina Faso en aidant l’union des producteurs de lait dans la promotion du lait local. À Madagascar, c’est Afdi Savoie qui accompagne le développement d’une coopérative de miel. Elle a aidé à la formation des futurs apiculteurs, à l’achat des ruches et la mise aux normes du miel afin qu’il puisse être également commercialisé en France. Au Mali, enfin, ce sont les départements du Rhône et de l’Isère qui apportent leur appui à une coopérative dans la gestion et la commercialisation de céréales et de semences certifiées. Ils sont aussi aux côtés d’un projet de femmes portant sur la transformation de produits locaux. »
Quel bilan peut-on dresser de ces cinquante ans ?
N. B. : « Nous avons aidé des projets à voir le jour dans des zones défavorisées permettant aux paysans d’acquérir une expertise, une autonomie et une capacité de gouvernance qui leur permet, dans
bien des cas, de vivre de leur travail. Le contact et les échanges avec les organisations de paysans africains nous enrichissent aussi de leur expérience. Nous souhaitons que cet anniversaire mette en évidence les actions engagées par Afdi, remobilisant ainsi tous nos partenaires et donnant aux bénévoles l’envie de nous rejoindre. »
Quels sont les projets d’avenir ?
N. B. : « En Auvergne-Rhône-Alpes, nous allons poursuivre notre opération de sensibilisation tant auprès des jeunes que des organisations professionnelles agricoles et des bénévoles. Dans les pays où nous sommes présents, nous travaillons sur le long terme. Il s’agit de poursuivre les projets en cours et de faire émerger d’autres initiatives ».
Propos recueillis par Magdeleine Barralon
Le développement local agricole au cœur de la solidarité Nord-Sud
Afdi a célébré son cinquantième anniversaire le 13 novembre à Lyon. A cette occasion, l’association a organisé une conférence autour de l’implication du monde agricole dans le développement local et international. Près de deux cents personnes y ont participé.
«Nous sommes à un moment clé pour l’agriculture française dans sa relation avec l’Afrique. » Sylvie Brunel est catégorique. Géographe, économiste et essayiste, l’universitaire a ouvert ce temps de réflexion et d’échanges en brossant un portrait de l’Afrique et du développement du continent. « Un quart des habitants du monde vit en Afrique, et le continent compte déjà plus de 30 mégapoles millionnaires. Dans ce contexte, l’approvisionnement alimentaire des villes pose de grosses difficultés. De ce fait, de nombreux urbains gardent un pied à la campagne pour assurer leur subsistance. Mais, dans les campagnes, la vie des agriculteurs est difficile. Ils manquent souvent de tout : semences, outils, machines, etc. » Pourtant, l’Afrique mute rapidement. L’économiste souligne par exemple que de plus en plus d’entreprises agroalimentaires africaines sont en capacité de collecter, transformer et vendre des produits alimentaires sur place.
George Hallary dirige Clextral, une ETI de 300 salariés spécialisée dans la fourniture de chaînes industrielles de fabrication de semoule, installée dans la Loire. « Il y a vingt ans, nous avons équipé les pays du Maghreb de ces machines qui permettent de créer de la valeur sur place, a souligné le chef d’entreprise. Aujourd’hui, nous souhaitons permettre à l’Afrique de l’Ouest et du Centre de faire de même car nos machines peuvent aussi bien faire du couscous de maïs, de riz, de manioc, de millet ou de sorgho. »
Le développement local de filières agricoles efficaces sert ainsi bien plus largement que les seuls agriculteurs concernés. C’est tout un pan de l’économie africaine qui peut se développer sur une production agricole régulière et de qualité.
Faliry Boli a bien souligné l’intérêt pour son pays de développer l’agriculture. Il est producteur de riz et impliqué dans un syndicat d’exploitants agricoles au Mali. « Le secteur rural du Mali souffre de l’absence d’Etat notamment avec les djihadistes qui sévissent dans le Nord du pays, a témoigné Faliry Boli. Pour construire ensemble le développement agricole africain, il faut nous écouter et nous avons besoin d’organisations paysannes solides pour concrétiser les progrès. » Il a également souligné l’importance pour l’Afrique de se développer à son rythme en prenant le temps de recenser par exemple les savoirs ancestraux et les pratiques traditionnelles afin de ne pas importer un modèle qui provoquerait d’autres déséquilibres.
« C’est à nous de faire, et c’est avec vous que l’on peut le faire », a conclu l’agriculteur malien.
C. P.

“ Nous souhaiterions être le porte-parole de la profession à l’international ”
Si l’association Agriculteurs français et développement international (Afdi) œuvre dans de nombreux pays en voie de développement, elle intervient aussi, ici, pour sensibiliser aux enjeux internationaux à travers des actions d’éducation à la citoyenneté mondiale. Interview de Bernard Mouy, secrétaire général d’Afdi Rhône-Alpes et administrateur d’Afdi Aura.
Pouvez-vous vous présenter rapidement et nous parler de votre engagement à Afdi ?
Bernard Mouy : « Je suis retraité depuis 2012. J’ai eu une carrière professionnelle qui a évolué. J’ai commencé comme technicien agricole puis je me suis installé en intégrant un Gaec en polyculture-élevage en Haute-Savoie en zone de plaine à Chens-sur-Léman. J’ai été agriculteur pendant 20 ans. À la fin de ma carrière professionnelle, de 2003 à 2012, j’ai également été formateur dans un CFPPA. Lorsque j’étais agriculteur, j’ai présidé la fédération départementale des groupes d’études et de développement agricole (FDGeda) et assumé la fonction de vice-président à la chambre d’agriculture de Haute-Savoie. Ces responsabilités m’ont permis de découvrir Afdi. Je suis parti la première fois en 2001 à Madagascar dans le cadre d’une mission de mise en place de services agricoles dans le sud du pays. Maintenant que je suis en retraite, je suis plus impliqué dans l’association, je suis secrétaire général d’Afdi Rhône-Alpes et membre d’Afdi Aura.»
Vous participez, ici en France et en région, à des actions de sensibilisation aux enjeux internationaux. De quoi s’agit-il ? À qui vous adressez-vous ?
B. M. : « Dans le cadre de nos actions de sensibilisation, nous nous adressons à la société civile et surtout aux personnes en formation. Nous intervenons dans les établissements scolaires agricoles pour présenter et faire connaître l’association et parler de nos missions, de nos valeurs et de notre engagement. Nous partageons notre expérience et notre vécu pour permettre aux jeunes d’avoir une ouverture au monde, les inciter à porter leur regard au-delà de chez eux, pour pouvoir nuancer leurs jugements, prendre du recul, comprendre ce qui se passe ailleurs. Nous participons également à des conférences, des séminaires et nous nous rallions à des événements comme la Semaine de la solidarité internationale ou le festival Alimenterre pour faire connaître ce que nous faisons au plus grand nombre. »
Quels sont les messages que vous souhaitez véhiculer dans ces rencontres ?
B. M. : « Nous défendons les valeurs d’Afdi, c’est-à-dire une solidarité internationale qui s’organise de paysan à paysan, d’organisation professionnelle à organisation professionnelle, le tout sur la base du volontariat et du bénévolat. C’est ça, notre ADN à Afdi. Dans les différents pays où nous intervenons, nous travaillons sur la base d’échanges avec les gens de terrain pour apporter notre expérience, notre savoir-faire, mais sans jamais faire de copier-coller. Nous co-construisons des projets avec nos interlocuteurs sur place. Nous ne sommes pas dans une aide humanitaire d’urgence, nous travaillons sur la durée, sur des projets qui pourront améliorer le quotidien des gens sur place. Nous avons toujours le souci de raisonner en termes de territoire, de travailler avec des équipes locales. Nous valorisons le métier d’agriculteur pour que les jeunes ne soient pas tentés par l’exode rural et qu’ils aient envie de rester dans les campagnes pour travailler et gagner leur vie. Nous défendons une agriculture familiale. »
Comment votre message est-il perçu par les jeunes en formation et le monde agricole, en général ?
B. M. : « Nous sommes surpris de l’intérêt que les jeunes, qui certains sont parfois loin de nos préoccupations, manifestent lorsque nous intervenons dans les établissements. Ils sont attentifs, curieux et intéressés. Mais nous devons reconnaître que nous ne sommes peut-être pas assez présents dans les établissements scolaires agricoles de la région,
a part dans certains départements comme la Loire par exemple. Par rapport au monde agricole, nous souhaiterions redevenir le porte-parole à l’international de la profession, être reconnus comme experts ou référents pour mener des actions de solidarité.
Il ne faut pas oublier qu’Afdi est né de la volonté des organisations professionnelles, il y a maintenant 50 ans. Un anniversaire fêté le 13 novembre et qui devrait marquer le départ du travail de refondation que nous voulons faire. Nous voulons fédérer autour de nous le maximum d’organisations agricoles professionnelles, revenir à nos fondamentaux. »
Propos recueillis par C. Dézert
Repères
Grâce aux professionnels de l’agriculture engagés à ses côtés, Afdi soutient les agricultures familiales, accompagne des organisations paysannes des pays en développement et sensibilise le monde agricole français au développement international.
Pays d’intervention et organisations paysannes partenaires
Madagascar
Depuis 20 ans à Madagascar, Afdi Rhône-Alpes (Haute-Savoie) s’est fortement impliquée auprès de tous les acteurs apicoles de Manakara (région Sud-Est de l’île) en accompagnant la construction de KTTF, une coopérative apicole. Cette coopérative compte actuellement 40 adhérents et forme en moyenne 150 apiculteurs chaque année. Entre 2016 et 2017, plus de 300 apiculteurs formés pour lutter contre l’arrivée de varroa, acarien parasite de l’abeille.
Mali
Union des agriculteurs du cercle de Tominian (UACT). L’UACT est une organisation paysanne accompagnée depuis plus de 15 ans par Afdi. Ayant pris le statut coopératif en 2003, elle compte actuellement 2 052 membres sur 9 communes rurales du cercle de Tominian (qui en compte 12).
Sénégal
Popkadifa est la plateforme des organisations paysannes des régions de Kaolack, Kaffrine, Diourbel et Fatick dans la région naturelle du Sine Saloum au Sénégal. Afdi Rhône-Alpes (Loire) est impliquée dans cette région depuis 30 ans et a conduit divers programmes avec les organisations paysannes.
Afdi Rhône-Alpes, c’est :
- Date de création : 1975 ; fusion en 2017 avec l’Auvergne.
- Nombre de membres : 100 individuels et 30 organisations paysannes françaises.
- Nombre d’Afdi départementales : 8 (Ain, Ardèche, Drôme, Isère, Loire, Haute-Savoie, Savoie, Rhône).
- Nombre de pays d’intervention : 3.
- Nombre d’organisations paysannes partenaires au Sud : 3.