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Assurance climatique

Après 2016, Groupama espère un changement de mentalité

Si 2016 a été particulièrement catastrophique pour les récoltes, l’exceptionnalité de la situation ne doit pas faire oublier que les sinistres climatiques et les zones concernées augmentent, rappelle Groupama. Pour maintenir l’équilibre du système tout comme la viabilité de l’agriculture française, il est nécessaire d’augmenter les surfaces assurées et de mutualiser davantage.
Après 2016, Groupama espère un changement de mentalité

« Quand on veut voir les yeux de ses clients briller, on ne vend pas des assurances » : la formule de Stéphane Gin, directeur de l'offre agricole chez Groupama, résume la situation complexe à laquelle les assureurs du secteur sont confrontés. Car il est en effet difficile de séduire les clients qui ne vont pas vers l'assurance par plaisir et qui, notamment après les dernières crises, manquent de trésorerie pour se protéger contre le risque climatique. Pourtant, « les agriculteurs sont convaincus que la couverture de ce risque est indispensable à la Ferme France », souligne Jean-Yves Dagès, président de Groupama, à l'occasion d'une conférence de presse le 15 février. Le modèle économique de l'assurance climatique est aujourd'hui remis en cause par un certain nombre de facteurs – réchauffement climatique, volatilité des prix et des marchés agricoles, nouvelles technologies, etc. – qui obligent les assureurs mais aussi les pouvoirs publics à trouver une solution viable et à renouveler leur offre. En 2016, pour 215 M € de cotisations, Groupama a versé 435 M € d'indemnisation (dont 180 M € grâce à son réassureur). Et penser qu'il ne vaut pas la peine de s'assurer parce que cette situation exceptionnelle ne se reproduira pas avant des dizaines d'années est une erreur, insiste Jean-Yves Dagès. Le nombre de sinistres augmente, les zones géographiques touchées également, et la diversité des accidents climatiques (inondation, grêle, sécheresse...) fait que tout le monde est concerné. « L'assurance, c'est le coût d'un sinistre étalé sur toute une carrière », explique François Schmitt, président délégué de la Fédération nationale Groupama.

 

Augmenter les garanties

 

Pour éviter que le rapport sinistre/cotisation ne se dégrade sur une période trop longue, il faut donc augmenter les surfaces assurées, d'autant que l'Association française de l'assurance prévoit, à horizon 2040, une charge de sinistres multipliée par deux au niveau des risques climatiques. Si l'entrée prix a d'abord été favorisée en ce but, avec l'introduction du contrat de base, seuls 7 % des clients y ont souscrit, contre 86 % qui ont conservé les options identiques à celles de l'ancien contrat (déclenchement de seuil et franchise à 25 % / 25 %), et 7 % qui ont choisi de prendre davantage d'options. « Ce sont les garanties proposées qui permettront peut-être des souscriptions plus importantes », note François Schmitt qui estime à long terme à 70 % de surfaces assurées le seuil de bon fonctionnement de l'assurance climatique. Ce qui appelle un autre débat : plus d'assurés, c'est aussi plus de subventions, puisque aujourd'hui le contrat socle est subventionné à hauteur de 65 %. En 2015, 100 M € de subvention ont permis d'assurer 4 M ha et 7,6 milliards d'euros de capitaux. Pour un taux de 70 % de surfaces assurées, il faudrait environ 335 M € d'aides sur les 8 Md € d'aides Pac, estime Groupama. Un montant qui serait néanmoins plus élevé si les seuils de déclenchement et de franchise sont abaissés, comme le souhaitent les agriculteurs, pour rendre les contrats plus attractifs. Ce dernier point nécessiterait également que Bruxelles accepte ce dispositif qui entrerait dans la boîte orange de l'OMC, une réflexion en bonne voie dans la discussion du règlement omnibus (simplification de la Pac). Pour Jean-Yves Dagès, la volonté politique est un autre levier pour favoriser le recours à l'assurance. Groupama a proposé au ministre de faire entrer dans le tour de table la Caisse centrale de réassurance (CCR), ce qui lui permettrait d'être cogestionnaire, et à l'État de suivre la réalité du risque. Quoi qu'il en soit, la pédagogie et la communication sont toujours d'actualité pour diffuser l'assurance auprès du plus grand nombre. En dépit des aléas de 2016, les souscriptions ne semblent pas avoir progressé de façon exponentielle pour la campagne 2017, explique Groupama qui attend cependant les chiffres consolidés. Pour le groupe, la vraie question est surtout de vérifier si la tendance au déclin des souscriptions depuis quelques années, stabilisée en 2016, s'est réellement inversée en 2017, ce qui serait le signe positif d'un changement de mentalité vis-à-vis de l'assurance.