Après la mobilisation, FNSEA et JA restent sur leur garde
« Ce matin, nous appelons le réseau à suspendre le blocage de manière progressive et organisée comme nous savons le faire, car nous sommes des syndicats responsables. » C’est avec ces mots, prononcés par Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs (JA), le 13 juin au matin, que prend officiellement fin le feuilleton des négociations entre le ministre de l’Agriculture, la FNSEA et JA, qui avait débuté la veille dans l’après-midi. Mardi 12 juin, à 15 heures, Stéphane Travert a reçu une première fois les responsables des deux organisations afin d’entendre leurs revendications et les raisons de la mobilisation syndicale, entamée dans la nuit de dimanche à lundi. Le premier rebondissement a eu lieu à l’issue de ce rendez-vous, quand Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, a annoncé que "bien que le ministre ait été à l’écoute, les négociations n’étaient pas terminées". Jérémy Decerle confirme également que les blocages continuent. Cette annonce a provoqué la surprise des nombreux journalistes présents rue de Varenne. Un second rendez-vous a été calé le soir même. Mardi 12 juin à 23h30, après plusieurs heures de réunion stratégique, les responsables de la FNSEA et de JA sont arrivés au ministère sous l’œil curieux des journalistes, bien moins nombreux à cette heure tardive. La réunion a duré plus de trois heures trente. Aux alentours de 3h15 du matin, le rendez-vous prenait fin. Mais le feuilleton ne se terminait pas pour autant ; « Nous avons beaucoup travaillé, le ministre a été à l’écoute mais, malheureusement, le compte n’y est pas, nous sommes déçus sur le contenu global de ce qui a été annoncé », révèlait alors Christiane Lambert. Les deux parties ne sont pas encore arrivées à un accord pouvant entrainer la fin de la mobilisation. A l’issue de cette seconde rencontre, le ministre s’est cependant montré confiant pour la suite des discussions et a annoncé qu’un courrier sera envoyé à la FNSEA et à JA pour mettre sur papier les engagements du gouvernement. Le lendemain matin à 9h30, FNSEA et JA donnaient rendez-vous aux journalistes pour une conférence de presse organisée à l'issue d'une réunion du bureau de la FNSEA.
Un résultat partiellement satisfaisant

« Nous avons conduit une action syndicale méthodique et exemplaire, avec un seul mot d’ordre : lutter contre les distorsions dont sont victimes les agriculteurs », a déclaré Christiane Lambert en ouverture de la conférence avant que Jérémy Decerle ait annoncé la suspension des blocages. Il a salué la mobilisation et l’organisation de chacun sur le terrain. Christiane Lambert a souligné que le résultat n’était pas complètement satisfaisant : « il y a eu des points d'avancée, des points de déception et des engagements à travailler davantage ». Elle a ensuite énoncé les points positifs et négatifs. Les deux organisations ont obtenu une orientation du volet agricole du GPI (Grand Plan d’Investissement) prioritairement sur l’accompagnement des investissements des agriculteurs, pour la mise en œuvre des plans de filière (toutes filières confondues). Des rendez-vous seront fixés fin juin avec l’ensemble des filières. Stéphane Travert s’est engagé à reprendre les travaux du Corena, (Comité de rénovation des normes agricoles). Une lettre de mission sera adressée par Edouard Philippe au président du Corena, impliquant les quatre ministères concernés (Santé, Travail, Environnement et Agriculture et Alimentation), prévoyant des études d’impact technico-économique, avant tout projet de nouvelles normes. « Une réunion du Comité est prévue le 13 juillet prochain », a annoncé Christiane Lambert.
Autre point important, le ministre s’est engagé à ce que le gouvernement français soit porteur à Bruxelles d’une demande de réduction des plafonds d’importation d’huile de palme en Europe. Sébastien Lecornu, présent au premier rendez-vous, s’y est engagé. Il s’agit pour Christiane Lambert d’une ambition forte. A ce sujet, elle attend que les ministres poussent Total à revoir à la hausse l’utilisation de colza payé au tarif EGA, avec la prise en compte des coûts de production. Elle a précisé que dans le courrier du ministre est inscrit que la France portera d’une voix forte, la limitation de l’ensemble des importations distorsives. Sur ce point, les agriculteurs ne sont pas complètement satisfaits, ils attendent un message fort du gouvernement, notamment du président de la République pour qu’il réaffirme que l’agriculture française est importante et qu’il est donc nécessaire de maitriser les importations.
Une mobilisation suspendue mais pas stoppée
Le gros point de déception pour les deux organisations, concerne les distorsions sociales. « Nous n’avons pas obtenu un allègement du coût du travail pour les employeurs de travailleurs saisonniers », a précisé la présidente de la FNSEA. Elle annonce tout de même l’ouverture de discussions techniques sur les conséquences de la suppression annoncée du CICE pour les employeurs de main d’œuvre saisonnière.
Les responsables syndicaux espèrent entendre une parole forte du président de la République pour qu’il donne sa vision de l’agriculture. Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, a souligné que le mot « suspendre » est un mot important ; « nous sommes prêt à y retourner, nous devrons vérifier que les politiques tiennent leur parole. Nous avons acté un certain nombre de points, mais tout n’est pas satisfaisant », a-t-il ajouté. « Nous sommes des gens de terrain et de parole, ce qui est écrit dans ce courrier nous y serons vigilants, nous voulons des actes », a aussi affirmé Samuel Vandaele (JA), après avoir rappelé que le courrier mentionnant les engagements du ministre et du gouvernement n’avait toujours pas été signé au moment où il s’exprimait. Le feuilleton n’est donc pas encore complètement terminé. La FNSEA et JA restent sur leur garde et semblent prêts à relancer un nouvel épisode si la parole politique et les engagements ne sont pas respectés.
Stéphane Travert satisfait de l'accord trouvé avec les syndicats agricoles
Lors d'un point presse, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Stéphane Travert, s'est réjoui « d'être parvenu à un accord » avec la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, le 13 juin. Les organisations bloquaient des raffineries, pour protester contre les distorsions de concurrence, depuis dimanche 10 juin. La suspension des blocages a été annoncée le matin même par les syndicats, au terme de nombreuses heures de négociations, dans la nuit de mardi à mercredi, qui leur ont permis d'obtenir des avancés. Si le ministre a regretté de voir les syndicats porter cette méthode, il s'est félicité de la « qualité des échanges » qu'ils ont pu avoir. Le "Grand Plan d'Investissement" viendra en appuie de la mise en place des plans de filières. Au sujet du Comité de rénovation des normes en agriculture (Corena), le ministre a expliqué que la forte actualité, notamment celle provoquée par la loi issue des Etats généraux de l'alimentation, avait retardé la reconduction du comité, il a cependant promis qu'il se réunira le 13 juillet. En ce qui concerne les distorsions de concurrence, Stéphane Travert a réaffirmé les « lignes rouges de la France au niveau européen et dans nos accords commerciaux », notamment le « strict respect de notre niveau d'exigence sanitaire, et l'absence de concurrence déloyale pour nos filières du fait de conditions de production qui seraient en deçà de nos exigences collectives ». Le ministre de l'Agriculture s'est aussi engagé à travailler sur la pérennisation de l'étiquetage d'origine des produits transformés, aujourd'hui expérimenté sur certains produits. Sur l'huile de palme et les carburants B10, le ministère souhaite voir la « contractualisation se faire entre la filière colza et l'entreprise Total ». Le gouvernement aspire à ce que l'entreprise intègre, au fil du temps, de plus en plus de colza français dans sa production.