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Fertilisation azotée

Assurer rendement et qualité du blé

Le dernier apport d’azote sur blé est décisif pour le rendement et la qualité. Quelques préconisations pour les prochaines interventions et leur positionnement.

Assurer rendement  et qualité du blé

L'efficacité des engrais azotés épandus à la surface du sol dépend principalement de la pluie après l'apport. Un cumul de pluies d'au moins 15 mm dans les quinze jours qui suivent est nécessaire et suffisant. Cette condition a été remplie partout en Rhône-Alpes pour les apports réalisés à partir du 15 mars. A partir du stade épi 1 cm, les besoins en azote des plantes augmentent rapidement pour accompagner une forte croissance de la biomasse, de 1,5 t/ha à environ 10 t/ha. La situation vécue en 2015, avec des pluies à l'absorption, est donc favorable.
Dernier apport d'azote entre les stades 2 nœuds et gonflement
La période de sortie de la dernière feuille est la plus appropriée pour un dernier ajustement de la dose totale. C'est la période où les céréales sont les plus sensibles à une carence azotée (période de mise en place de la fertilité des épis). Un manque d'azote à ce stade n'est plus compensé par la culture et peut se traduire par une perte de rendement importante. Les apports réalisés à cette période seront principalement assimilés par les organes les plus proches des futurs épis : les deux derniers étages foliaires, le col de l'épi et le futur épi lui-même. Les grains lors de leur remplissage auront ainsi beaucoup plus de facilité à remobiliser l'azote absorbé et à le convertir en protéines. Ainsi, les apports réalisés entre dernière feuille pointante et gonflement permettent d'améliorer en moyenne de 2 q/ha le rendement et de 0,2 % le taux de protéines par rapport à la même dose apportée en deux apports. Ces gains sont nettement plus élevés lorsque la dose initialement prévue est insuffisante. En fin de montaison, une part importante du potentiel de rendement permis est en place, le pilotage permet à ce stade de réajuster à la hausse ou à la baisse la dose d'azote initialement prévue en tenant compte des conditions de la campagne en cours.
Les plantes sont en croissance très active à cette période, l'engrais est absorbé et valorisé très rapidement ce qui garantit une plus grande efficacité : les essais Arvalis-Institut du végétal ont démontré qu'à ce stade, l'efficacité des engrais dépasse régulièrement 90 % de la dose apportée alors qu'elle voisine 80-85 % à épi 1 cm et ne dépasse que rarement 60-65 % au tallage.
Les pluies fréquentes fin avril et début mai permettent une valorisation rapide des engrais apportés.
Pour les parcelles irrigables, l'irrigation est un bon moyen pour permettre l'absorption de l'azote au bon stade et ceci jusqu'au stade gonflement.

Les outils de pilotage

Les outils de pilotage constituent un moyen d'ajuster les apports d'engrais azotés tout au long de la montaison du blé. Pour cela, ils « interrogent » la plante par le biais d'indicateurs pour savoir si elle est suffisamment alimentée en azote. Selon la réponse, un apport d'engrais minéral pourra être déclenché pour couvrir ses besoins. Toutefois, ces outils ne viennent qu'en complément du calcul préalable de la dose d'azote totale à apporter sur la parcelle. A partir de cette dose calculée a priori, de laquelle a été réservée de l'ordre de 40 unités, l'outil de pilotage va permettre d'ajuster, à la hausse ou à la baisse, les apports en cours de montaison. Si la quantité de pluie tombée depuis le dernier apport d'azote est inférieure à 15 mm, l'engrais apporté au sol n'est pas totalement assimilé. Dans ce cas, il n'est donc pas pertinent d'aller « interroger » la culture avec un outil de pilotage pour connaître son état de nutrition azotée.
Avant d'effectuer le diagnostic d'une parcelle, il faut s'assurer au préalable d'avoir cumulé 15 mm de pluie depuis le dernier apport et laisser un délai de 5 jours après ce cumul de 15 mm. Ces conditions sont réunies cette année pour tous les apports réalisés au stade épi 1 cm après le 15 mars.
Chaque parcelle a sa propre histoire, sa propre dynamique de minéralisation de l'azote. Il n'est donc pas possible d'extrapoler un diagnostic de pilotage effectué sur une parcelle à d'autres parcelles voisines. Il faut effectuer le diagnostic par situation culturale homogène (même variété, même rotation, même itinéraire technique ...).

Quelle forme d'engrais pour le dernier apport ?

Entre l'urée, la solution azotée et l'ammonitrate, c'est ce dernier qui offre les meilleures efficacités du fait de moindres pertes d'azote par volatilisation ammoniacale. L'urée obtient des performances proches de l'ammonitrate. Mais des chutes de rendement importantes ont pu parfois être observées du fait de pertes par volatilisation. Si l'urée est utilisée, il n'est pas nécessaire d'anticiper les apports car son hydrolyse est suffisamment rapide. L'efficacité de la solution azotée est variable du fait d'une perte plus ou moins importante d'ammoniac dans les jours qui suivent l'apport. 

Jean Pauget, Arvalis-Institut du végétal Rhône-Alpes