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Varroa destructor

Avant les premières miellées, inspectez les ruches

Le varroa, l’un des principaux parasites de la ruche, est présent partout en France, excepté sur l’île d’Ouessant. On estime que, sans intervention, une colonie peut s’effondrer en deux ou trois ans, ce qui rend indispensable la lutte, mais aussi un suivi attentif de ses colonies.

Avant les premières miellées, inspectez les ruches

Le chant printanier des oiseaux s'accompagne d'un bourdonnement bien connu. Les abeilles sont sorties de leur période d'hivernage et le moment de la première miellée se rapproche. « Elles commencent à apporter le nectar. Dans le département, en Ardèche, tout le monde a dû ouvrir ses ruches depuis un bon mois », estime Premila Constantin, vétérinaire de la section apicole du groupement de défense sanitaire (GDS) Rhône-Alpes. La jeune femme accompagne Franck Nomède, président du GDS Ardèche, dans l'inspection de quelques ruches, situées à Alissas. Leur objectif : observer l'état d'infestation des colonies par le varroa, dont l'action est comparable à celle d'une tique. Cet acarien se propage très vite car le mouvement des abeilles n'est pas contrôlable.

Varroa, une présence exponentielle

À part l'île d'Ouessant, aucun territoire, en France, n'est épargné par le varroa. La lutte est un enjeu majeur pour les apiculteurs ; elle occupe 80 % du temps de travail de Premila Constantin, au niveau régional. Franck Nomède rappelle : « Il peut drastiquement diminuer l'espérance de vie des abeilles. Il contamine les adultes et se reproduit également dans le couvain, affaiblissant durablement la colonie d'abeilles qui finit par dépérir. Dans certains opercules, on peut retrouver jusqu'à cinq ou six œufs de varroa ». Si aujourd'hui certaines lignées commencent à adapter leur comportement au prédateur – par exemple en n'operculant pas ou plus tard, afin de raccourcir leur cycle, ou encore en désoperculant pour manger la larve en cas de suspicion – cela reste un phénomène marginal et le suivi d'infestation reste un moyen efficace d'évaluer la pression parasitaire. « Depuis 2016, nous cherchons à observer la présence du varroa dans tous les départements de la région afin de prendre conscience de la dynamique de la population d'abeilles face à lui », explique Premila Constantin. La progression du varroa au cours de la saison est exponentielle. Un suivi d'infestation, par différents moyens de comptage, permet de vérifier que les seuils critiques ne sont pas atteints. « Cinquante varroas dans la ruche à la sortie d'hivernage aboutissent à 2 000 individus au mois d'août. C'est en général le marqueur retenu à ne pas dépasser. » L'observation fine de ses ruches permet aussi d'optimiser et de raisonner l'administration de médicaments. Traiter tous azimuts est souvent moins efficace que de cibler la meilleure période (avant la dernière miellée). Pour autant, face au parasite, de plus en plus de professionnels sont contraints d'appliquer « un traitement supplémentaire l'hiver. On atteint facilement deux ou trois passages annuels, mais il faut savoir que tous les traitements qui existent ont également un impact sur la colonie car les deux espèces ont beaucoup de points communs », constate le président du GDS Ardèche. Premila Constantin note la résistance que développe peu à peu le varroa.

Un kit prêt à l'emploi a été créé par certaines sociétés. La solution est à base d'alcool et le procédé ne fait pas l'unanimité.

L'idéal, quatre comptages par an

Plusieurs méthodes de comptage sont pratiquées par la vétérinaire du GDS Rhône-Alpes. La première, par chute naturelle, consiste à glisser sous le plancher grillagé de la ruche un lange graissé où tomberont les cadavres de varroas adultes (préconisée plutôt en hiver quand le couvain est encore peu formé, en été lorsqu'il contient tous les stades de développement des ouvrières et hors période de traitement car les chutes sont plus importantes). La deuxième implique la sélection d'un échantillon de 300 abeilles dans un récipient, saupoudrées de sucre glace – celui-ci décolle les ventouses du varroa qui se décroche de sa proie. L'avantage est de pouvoir relâcher les abeilles vivantes. Ce qui n'est pas le cas du troisième protocole : 200 abeilles sont plongées dans une solution alcoolisée qui tue le varroa, et le décroche, mais tue aussi les abeilles. Des sociétés proposent désormais un kit prêt à l'emploi à la ruche. Déjà pratiqué en laboratoire, avec davantage de fiabilité*, ce procédé dit de référence n'en est pas moins controversé. On peut également directement inspecter le couvain mâle (désoperculation d'environ 200 pupes et compter sur le stade des yeux roses le nombre d'opercules infectés). La démarche entreprise a surtout valeur de test, pour savoir s'il y a une réelle différence d'efficacité entre l'alcool et le sucre glace. L'objectif, en utilisant une méthode identique tout au long de la saison, est également de constituer sinon un référentiel, du moins un outil au service des apiculteurs, même si le fonctionnement demeure plutôt empirique. « Pour l'instant, nous ne réalisons de comptages que chez un seul apiculteur par département. Nous agissons davantage pour sensibiliser les professionnels à l'utilité du suivi d'infestation que pour exploiter des résultats chiffrés, très difficiles à interpréter », précise Premila Constantin. Franck Nomède d'ajouter : « Le suivi permet d'anticiper. Si le comptage est régulier, les moyens biotechniques, comme la séparation de couvains, le piégeage de couvains mâles, la création d'essaims, voire l'encagement de reines, peuvent permettre d'endiguer le développement du varroa ». L'idéal serait quatre comptages annuels, en priorité au printemps et avant l'hivernage. « Il n'est jamais trop tard pour intervenir », affirme la vétérinaire, qui conseille cependant de se rapprocher de la section apicole de son GDS. 

Tiphaine Ruppert
(*) Les abeilles prélevées dans les colonies sont conservées dans un sac plastique, endormies puis tuées par le froid. On incorpore au prélèvement de l'alcool et on le secoue. Il est ensuite passé au double tamis (un pour les abeilles, un pour les varroas). Puis les abeilles sont rincées à grande eau pour finir de détacher les varroas.

 

État des ruches 

Dans la région, l’état des ruches est très disparate. Selon Premila Constantin, qui se fonde sur ses observations et les retours des différents apiculteurs du réseau, certaines zones ont connu une forte mortalité hivernale quand d’autres, au contraire, constatent de très belles sorties. « L’hiver 2015-2016 a été très doux et court, les reines ont ainsi continué à pondre et le varroa a pu poursuivre son cycle. Les colonies bien que fortes et populeuses ont, de ce fait, subi une importante pression et ont pu s’effondrer tôt, la saison dernière, les traitements classiques arrivant trop tard », relate-t-elle. En revanche, sur la mortalité de l’hiver 2016-2017, peu de pistes pour l’instant : « Le varroa à lui seul ne peut pas expliquer une telle situation ». 

Un lange graissé placé sous le plancher de la ruche permet de compter les chutes naturelles de varroas.