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Trufficulture

La filière truffe régionale poursuit sa structuration

À l’occasion de son assemblée générale le mardi 25 novembre à Bourg-lès-Valence, la Fédération Auvergne-Rhône-Alpes des trufficulteurs (Farat) a voté une augmentation de l’adhésion de ses adhérents pour répondre aux difficultés de trésorerie.

Par M. Eymin
La filière truffe régionale poursuit sa structuration
©ME-AD26
Les représentants des différents syndicats sont venus en nombre pour l’assemblée générale de la Fédération Auvergne-Rhône-Alpes des trufficulteurs (Farat).

En guise d’introduction, Didier Roche, président de la Fédération Auvergne-Rhône-Alpes des trufficulteurs (Farat) a tenu à remercier les élus qui ont permis à la filière régionale de « se faire entendre ». Sur les 541 adhérents en 2024, près de la moitié sont des Drômois. Parmi les sujets abordés lors de l’assemblée générale : le montant des cotisations, les nouveaux adhérents à la fédération, les expérimentations menées et le plan de filière régional. « Nous avons besoin de nous structurer et de communiquer autour de notre production locale pour garantir l’origine du produit et sa qualité. Les marchés et produits locaux offrent une garantie aux consommateurs », a souligné Didier Roche.

Financements des actions

La Farat finit l’année 2025 avec un déficit de près de 6 000 euros. Le total des dépenses avoisine les 32 350 euros et 26 283 en recettes. « Nos seules ressources sont les cotisations mais avec tous nos projets, qui ne sont pas financés à 100 %, notre trésorerie est souvent en difficulté, a déclaré Didier Roche. Il va falloir trouver un autre moyen de propulsion. Avec les petits moyens de notre filière, la Région a bien voulu nous doter d’un plan. Grâce aux soutiens des élus régionaux et départementaux, nous avons pu nous faire entendre mais nous voyons les limites de notre système. Nous allons donc proposer une augmentation des cotisations. »

Grâce au Plan de filière régional, les trufficulteurs bénéficient d’un financement de 510 000 euros sur cinq ans (2023-2027), dont une grande partie est utilisée pour l’aide à la plantation (64 000 plants soit 230 hectares). À ce niveau-là, l’enveloppe a été sur-consommée en 2024 et en 2025, notamment dans le Sud-Drôme. Le plan de filière possède aussi la formation financée à hauteur de 50 %. « Nous n’arrivons pas encore aux 10 000 euros car nous manquons de retours des syndicats sur les besoins en formations », ont expliqué Alice Vélu, animatrice de la fédération régionale, et Didier Roche. S'agissant des outils de pilotage irrigation, 40 % sont financés pour l’achat de lecteurs ou de sondes hydrique du sol. « Dans des territoires comme la Drôme des collines, c’est un bon outil à déployer », ont précisé les intervenants, qui conseillent aux agriculteurs des achats groupés car seulement 11 % de cette aide ont été consommés en 2025.

De nouveaux adhérents

Grâce à l’aide à la plantation, certains syndicats, en particulier celui de la truffe noire du Tricastin, Pays de Grignan, Enclave des Papes, ont vu leur nombre d’adhérents augmenter. Lors de l’assemblée générale de la fédération régionale, les participants ont accueilli une nouvelle association rhodanienne, la Truffe des pierres dorées. Cet organisme existe depuis près de dix ans à l’ouest de Villefranche-sur-Saône et regroupe environ trente trufficulteurs sur 25 ha. « L’association est née de l’idée que la diversification pouvait être pertinente alors que nous traversions une crise du vignoble dans le Beaujolais », a expliqué le vice-président Bruno Vivier-Merle.

La Farat s’est réjouie de la participation de la filière à de grands événements dont le Salon de l’agriculture à Paris et le Salon truffe, vin et chocolat à Valence. Pour rappel, dans la Drôme, le célèbre marché des trufficulteurs de Saint-Paul-Trois-Châteaux ouvrira le dimanche 14 décembre. ©FARAT

Une fois cette adhésion votée, la fédération s’est penché sur une autre demande cette fois-ci en provenance de l’Isère. Alors que le département comptait trois syndicats, la Truffe de L'Isle Crémieu, le Syndicat des trufficulteurs d’Isère (STI) et l’Association des truffières Chartreuse et Grésivaudan (ATCG), depuis le début d’année, les organismes ont convenu de se rassembler sous la bannière d’une fédération départementale trufficole de l’Isère (FDTI). Ainsi, lors de l’assemblée générale de la Farat, la nouvelle identité a fait valoir son adhésion qui a été acceptée. Les représentant des trois syndicats ont affirmé leur volonté de s’unir notamment afin de simplifier ses démarches et ses échanges avec les différentes instances (Département, Farat, conseil régional...).

Des projets expérimentaux

L’assemblée générale a permis de revenir sur l’expérimentation initiée dans le cadre du plan de filière régional, devenue national avec la participation financière de la Fédération française des trufficulteurs (FFDT). Le programme de lutte contre les leiodes est déployé depuis 2022 avec l’entreprise Wetruf. L’enquête préliminaire de l’état des truffières et de l’impact des leiodes dans la région montre que 23 % de truffes touchées en moyenne, 0,89 ha de superficie moyenne, un tiers des trufficulteurs équipés de pièges.

 Pour expérimenter le piégeage, les experts ont sélectionné une truffière qui répondait à différents critères et qui subissait de plein fouet les leiodes. Direction le Diois, sur le site de trois hectares de Georges Liotard qui possède des plantations âgées de quinze ans. En 2023-2024, les chercheurs ont compté quarante leiodes en moyenne par truffe et une centaine de spécimens par piège installé. Jusqu’à présent, les trufficulteurs avaient essentiellement recours au piégeage chimique via des capsules à renouveler tous les ans. Toutefois, au-delà du coût considérable de ces pièges (jusqu’à 15 000 € par ha), ces systèmes risquent aussi de capturer d’autres micro-organismes dont des prédateurs naturels de la leiode. D’où l’intérêt de l’expérimentation menée sur la base d’une lutte biologique en ayant recours à des nématodes (jusqu’à 200 euros par ha).

Les expérimentations se poursuivent sur la truffière de georges Liotard. ©Wetruf


« Lors de l’application dans une solution liquide, environ 1,5 milliard de nématodes sont répandus par hectare. Des essais ont déjà été menés en Espagne mais avec une seule application en automne. Nous avons tenté d’interagir deux fois, une fois directement sur la larve au printemps et une seconde fois en automne », a expliqué Aurore Clément de Wetruf. Pour 2025-2026 dans la Drôme, la zone témoin a été déplacée vers une zone plus isolée pour ne pas fausser les résultats. Les chercheurs précisent que l’efficacité de cette méthode de lutte biologique devra être évaluée sur le long terme. Des essais ont aussi été menés en Ardèche entre 2022 et 2024.

Le programme Sportruf

Un second essai expérimental est mené et dirigé notamment par Claude Murat, chercheur à l’Inrae Grand-Est. Il vise à lever deux verrous pour améliorer la production truffière : l’initiation de la reproduction sexuée et la croissance des truffes liées à l’arbre. Le projet a été co-porté avec la FFDT et financé par FranceAgriMer entre 2016 et 2022. Parmi les recherches menées, certaines portent sur la manière de gérer l’eau en truffière avec un travail sur les sondes. Une enquête réalisée en France et qui a réuni 792 répondants a évalué que 9 % d’entre eux possédaient des sondes. Ils parvenaient à produire plus de dix kg de truffe par ha. « C’est un bon outil pour connaître son sol et arroser au bon moment. Encore faut-il pouvoir le faire », a déclaré Claude Murat. Un suivi du mycélium de truffe dans le sol a aussi fait l’objet de recherches. « Le mycélium se développe bien quand il fait chaud et très sec. La truffe noire n’est donc pas forcément menacée », a précisé le chercheur.

Sur l’initiation de la reproduction sexuée, le projet national Sportuf permet de réaliser un état des lieux des connaissances, d’avancer la recherche et les expérimentations sur les ensemencements. Ce projet a pour objectif de donner des clés pour améliorer les techniques culturales.

Contre la francisation des truffes espagnoles

Au cœur de l’actualité, la francisation des plants d’origine espagnole. « Au niveau national, il y a 20 000 trufficulteurs et la France produit cinquante tonnes de truffes par an et en consomme ou réexpédie 200 tonnes. Le différentiel est importé. Cela représente une centaine de tonnes qui viennent d’Espagne. On ne retrouve bien souvent aucune étiquette sur l’origine. La truffe d’Espagne est vendue comme étant française et il y a un impact sur les prix qui s’effondrent, a déclaré Didier Roche. Nous demandons que la loi soit appliquée, que le consommateur connaisse la provenance du produit. » Des travaux menés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes devraient à l’avenir permettre d'analyser la provenance des truffes. Objectif : inciter les grossistes à indiquer la provenance des produits.