Un plan pour accompagner la filière noix
Intégrée à part entière dans la filière fruits grâce à la signature d’un avenant au plan régional, la culture de la noix dispose de tous les moyens pour accompagner sa résilience et sa promotion.
«La noix rentre dans le rang des filières », a déclaré Christian Nagearaffe, le président du Comité interprofessionnel de la noix de Grenoble (CING), le 4 décembre dernier à Saint-Hilaire-du-Rosier, au moment de la signature de l’avenant au plan régional filière fruits pour intégrer la noix dans le cadre d’une stratégie globale. Il rappelle que le premier plan noix (2021-2024) avait été élaboré « dans l’urgence », après le gros incident climatique de 2019, puis dans un contexte d’effondrement du marché en 2022.Olivier Amrane, vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes délégué à l’agriculture, a indiqué que le plan fruit représente un budget de 3,2 millions d’euros, sans compter les aides européennes à la protection des cultures ou à l’achat de matériel. Il a pour objectif « d’accompagner chaque filière dans sa spécificité ». C’est la raison pour laquelle cet avenant permet d’ajuster les actions en faveur de la filière nucicole, petite pour la région, grande pour le territoire. Les signataires, CING, le Comité stratégique fruits (CSF), la Chambre régionale d’agriculture, l’Association des producteurs de noix du Sud-Est et la Région, ont participé à l’élaboration de ce dispositif.
Face au changement climatique
Mickaël Mazenod, le président du CSF, a décliné les enjeux et les défis propres à la filière fruits : renforcer la résilience des exploitations face au changement climatique ; renforcer leur compétitivité via des démarches de qualité dans le territoire et la promotion des signes officiels de qualité ; valoriser les produits issus de la ferme auralpine ; réaliser des opérations de communication et assurer l’animation du plan fruit. Plus spécifiquement, la filière noix bénéficiera de mesures afin d’investir dans du matériel spécifique pour la taille des noyers ; pour procéder à des implantations de couverts végétaux ; pour conseiller les producteurs ; pour segmenter et prospecter de nouveaux marchés ; mener des études prospectives sur la filière afin d’envisager son avenir ; structurer la filière ou encore, étudier la faisabilité d’innovations technologiques(*). Jean-Claude Darlet, conseiller régional et président de l’Association des producteurs de noix du Sud-Est, a rappelé que cette association est née en 2022, comblant un vide de représentation de « tous les producteurs de noix, AOP ou pas ». Son ambition est de « redéfinir les besoins et les objectifs de la filière, de défendre les moyens de production ; de défendre les prix et les producteurs face aux metteurs en marché ; de communiquer pour relancer la noix de Grenoble et de segmenter la filière noix », au travers des différents produits que sont les cerneaux, l’huile ou la valorisation des sous-calibres.
Une locomotive
« La noix n’est pas un fruit comme les autres, a ajouté Christian Nagearaffe. C’est un marqueur territorial dont toute la richesse se produit ici, de l’amont à l’aval. Elle participe à l’économie locale. De plus, sa structuration au niveau national était vitale, à l’instar des autres filières. » Il a ajouté que l’AOP noix de Grenoble était « la locomotive » de la filière.
Aurélien Clavel, le président de la Chambre d’agriculture de l’Isère, estime que cet avenant au plan régional fruit « donne de nouvelles perspectives à la filière noix qui a besoin d’évoluer », soulignant l’intérêt d’accompagner les groupes de producteurs, de valoriser tous les produits de la noix, d’ouvrir de nouveaux marchés ; de mener des études pour comprendre « comment la noix s’adapte aux évolutions climatiques et sanitaires ». Il conclut en saluant les vertus du fruit à coque : « La noix a de belles années devant elle ».
Isabelle Doucet
<SUP>(*)</SUP> Mesures 202 ; 203 ; 205 ; 301 et 302 du Feader ; Actions 1.1 ; 1.4 ; 1.5 ; 1.6 ; 1.7 ; 2.3 et 3.1 du plan de filière fruits 2023-2027.
Valoriser les sous-produits de la noix
Pour assurer deux installations successives, l’exploitation Saintinoix a diversifié ses activités entre grandes cultures, noisettes et transformation.
La signature de l’avenant sur la noix à la filière fruits s’est déroulée dans l’exploitation Saintinoix à Saint-Hilaire-du-Rosier. Elle est gérée par trois associés, Lydie et Philippe Pascal, ainsi que leur fils, Loïc, installé depuis un an. L’exploitation compte une SAU de 85 ha, dont 45 ha de noix (dont 8 ha de fernor), 8 ha dédiés à la cerise industrielle (distillation, conserverie), 5 ha de noisettes et 25 ha de céréales en agriculture biologique livrées à la coopérative Oxyane. Les grandes cultures ont été intégrées en 2020 suite à une reprise d’exploitation et dans le cadre de l’installation de Lydie Pascal. Les noisetiers ont été plantés dans une stratégie de diversification pour accompagner l’arrivée de Loïc Pascal. « C’est une production à développer, qui vient compléter la gamme des noix, à condition d’arriver à maîtriser la punaise diabolique », explique Philippe Pascal. L’exploitant, qui est producteur et expéditeur, fait partie de l’OP Sicanoix via laquelle il commercialise ses noix. Il travaille aussi avec quelques magasins de producteurs, des grossistes et des détaillants du quart Sud-Est de la France.
Une casserie et un laboratoire
« Je m’en sors bien, dit-il au sujet de sa récolte 2025. Les rendements sont à peu près normaux car l’irrigation a permis de maîtriser le stress du mois d’août. » Saintinoix produit entre 80 et 120 tonnes de noix en fonction des années. « La ressource en eau est primordiale, insiste le producteur, sinon, on ne peut pas mener les noyers comme il faut ». 95 % des arbres sont irrigués. En regardant l’Isère passer en limite d’exploitation, il peine à comprendre les mesures restrictives sur les prélèvements. Les vergers de noix et de noisettes sont certifiés HVE et l’apport en eau est effectué au plus juste. « Ces arbres ont des cycles longs et sont exposés à des risques de stress, contrairement aux cerises et mirabelles dont les récoltes ont lieu au mois de juin », ajoute le producteur. Pour développer l’activité de l’exploitation qui emploie une personne à mi-temps via un groupement d’employeurs, ainsi que des saisonniers à la récolte, les associés ont investi cette année dans une casserie et un atelier de transformation. « Nous souhaitions valoriser les sous-produits », explique Lydie Pascal qui s’est lancée dans la production d’huile, de chouchous et de noix apéritives salées. L’investissement total s’élève à 40 000 euros dont 29 000 d’aides Feader (mesure 302).