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Mise à l'herbe

Bien gérer ses pâtures pour éviter le parasitisme

Rotation régulière, réserve pour les jeunes bêtes, identifier les zones sans parasite, les méthodes sont nombreuses pour éviter d'en arriver au traitement.
Bien gérer ses pâtures pour éviter le parasitisme

«En matière de prévention du parasitisme, il n’y a pas de recettes miracles que l’on applique à tous les troupeaux, explique Karine Hauray, présidente de l’association du Groupement technique vétérinaire de l’Ain. Il faut procéder à une analyse avec chaque éleveur, c’est du cas par cas. »  
De nombreuses données entrent en ligne de compte, comme les catégories d’animaux, si ce sont des jeunes ou des adultes, la destination des bêtes (laitières, allaitantes), la conduite d’élevage en termes de pâture, le budget… Il faut étudier les facteurs risques et les traitements antécédents. « Les animaux les plus exposés sont les génisses laitières qui n’ont pas encore été exposées, précise Karine Hauray. Dans leur cas, il s’agit de trouver un bon équilibre entre leur croissance et le développement nécessaire d’une immunité. » La conduite d’élevage qui adopte une rotation régulière des pâtures permet de prévenir le parasitisme pour les laitières et les génisses de renouvellement. « Beaucoup d’éleveurs associent la gestion de l’alimentation à celle du parasitisme et n’ont pas besoin d’avoir recours à des traitements », rajoute-t-elle. La prévention passe par la gestion des pâtures en éliminant les facteurs à risque comme les zones humides qui favorisent le développement de la grande douve et du paramphistose.  

Les traitements en curatif

Pour connaître le niveau d’infestation des animaux, il existe plusieurs types d’examen. La coproscopie, l’analyse des excréments, permet d’identifier les parasites et d’évaluer le niveau d’infestation, élément déclencheur du traitement. Il s’effectue en cours de saison et avant le retour à la stabulation. Pour identifier la présence de la grande douve, seul le diagnostic sérologique permet de déceler sa présence grâce au développement des anticorps. À partir de ces analyses, plusieurs traitements vermifuges peuvent être envisagés. Par voie orale sous forme de bolus. Ce traitement à effet retard délivre une dose toutes les trois semaines. Il nécessite un bon système de contention de l’animale. Le
« Pour On » agit par voie transcutanée. Il ne nécessite pas de contention. Plus coûteux, il a un impact environnemental très important. Le déparasitage peut également être effectué par injection.  

Complémenter en oligo-éléments

« Adopter les médecines naturelles, tient à préciser en préambule Gilles Grosmond*, vétérinaire, ne signifie pas remplacer une molécule chimique par une plante, un oligo-élément ou un médicament homéopathique. » Pour lui, le bon usage des médecines naturelles correspond à une démarche en cohérence à l’échelle de la globalité de l’exploitation. L’action se situe à plusieurs niveaux, sur l’immunité naturelle. « Lors de la mise à l’herbe, les animaux sont exposés aux risques d’acidose qui les fragilisent alors que la prolifération de parasites est à son maximum. Ils ont besoin d’une complémentation en oligo-éléments comprenant du zinc, du cuivre, du sélénium et du manganèse. Celle-ci doit être fournie en continue car les animaux les stockent 15 jours seulement. Au-delà, ils sont carencés. C’est valable aussi pour le troupeau de remplacement. Pour cela, il suffit de mettre à leur disposition des bassines à lécher bien dosées en oligo-éléments ».
Il est indispensable de veiller au bien-être animal, en offrant des pâtures ombragées avec des accès à une eau de qualité.

Le contrôle parasitaire

Mais pour que le système immunitaire soit au meilleur de sa forme, il faut aussi veiller à ce qu’il subisse le moins de sollicitations possible. Plusieurs options sont possibles comme le contrôle de l’exposition des animaux aux parasites.  Sur une période prolongée et à de faibles quantités, cela permet la fabrication d’anticorps, c’est ainsi que l’on génère l’immunité de prémunition. « L’étude du chargement des pâtures permet d’évaluer ce risque parasitaire, indique Gilles Grosmond. Il est nul s’il est inférieur à 0,7 UGB par ha. Le risque existe si le chargement se situe entre 0,7 et 1,4 et demande à être analysé, grâce à la coproscopie. Il est élevé et nécessite un antiparasitage par an s’il se situe de 1,4 à 2,5. »  
Autre mesure possible, identifier et privilégier les zones sans parasite comme les prairies temporaires ou les prairies de repousses de fauche où le soleil joue un rôle d’assainisseur. Les pâturages tournants, bien gérés, présentent un très bon état sanitaire si on fait pâturer trois jours seulement avec une charge d’animaux importante, 50 vaches laitières pour 2 ha, pour qu’ils laissent une herbe régulièrement coupée à 5 cm. La succession d’espèces animales, bovins, chevaux, petits ruminants offre aussi une bonne solution. Pour les génisses laitières, on peut adopter une conduite particulière et leur réserver toujours la même pâture, année après année.  Ainsi, celle-ci n’accueille que des animaux non contaminés. Mais attention, il faut veiller à ne jamais introduire une vache adulte sur ce pâturage réservé. 

Propos recueillis par Magdeleine Barralon
* Gilles Grosmond est vétérinaire, il dispense des formations aux médecines naturelles et est l’auteur du livre « Santé animale et solutions alternatives ». Renseignement : www.comptoirdesplantes.com