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Congrès Fnec

Caprins : une production porteuse dans l'Hexagone

Le Cantal accueille cette semaine à Maurs, le congrès national de la Fédération nationale des éleveurs caprins (Fnec). L'occasion d'un éclairage sur cette production avec Jacky Salingardes, le président de la Fnec.
Caprins : une production porteuse dans l'Hexagone

Comment évolue la production de lait de chèvre en France ?
Jacky Salingardes : « On recense aujourd'hui environ 6 000 élevages caprins, la plupart en Gaec pour 12 000 à 15 000 éleveurs avec un cheptel de près de 900 000  chèvres. Avec une particularité : c'est la seule production française à disposer quasiment autant de producteurs livreurs de lait (52 %) que de producteurs fermiers (48 %), même si ces derniers ont tendance à un peu moins se renouveler. Le plus gros bassin en termes de collecte est la Nouvelle Aquitaine qui représente près de 55 % des volumes, devant les Pays de Loire et l'Occitanie. Nous étions jusqu'en 2018, avec un peu plus de 600 millions de litres(Ml), le premier pays producteur de lait de chèvre en Europe. Depuis, l'Espagne nous est passé devant. La Grèce détenant pour sa part le plus gros cheptel. Nous restons, néanmoins, le premier pays producteur de fromages de chèvres au monde avec 120 000 tonnes et le premier consommateur (de l'ordre de 2,5 kg par famille et par an) avec plus de 75 % des tonnages produits consommés dans l'Hexagone. »

La filière a connu, au début des années 2010, des heures sombres, la crise est-elle derrière vous ?
J. S. : « Nous avons connu entre 2009 et 2012 une crise importante, avec un déséquilibre entre l'offre et la demande lié à une trop forte croissance des approvisionnements en lait confrontée à des débouchés en repli, à un moment où les coûts de production étaient en hausse sensible. Avec à la clé, une forte baisse des revenus qui a conduit à la cessation de près de 15 % des exploitations. Depuis, les surplus ont été résorbés et s'en est suivie une phase de reconstitution de la valeur. La filière caprine française est aujourd'hui en situation de résilience. On n'a pas encore retrouvé les niveaux d'avant crise avec 480 contre 550 Ml avant 2013. Les volumes de lait produits et collectés sont actuellement inférieurs à la demande, le prix du lait de chèvre a retrouvé un niveau satisfaisant pour les producteurs livreurs et le marché a été assaini de toutes les références de fromages de chèvre à bas prix qui avaient fleuri. Les transformateurs ont retrouvé leur capacité d'innovation et contribuent au dynamisme du marché en proposant de nouveaux produits adaptés aux demandes des consommateurs. On peut donc dire que la production se porte bien. »

Quels sont aujourd'hui les enjeux principaux pour la profession ?
J. S. : « Le renouvellement des éleveurs qui arrêtent. Dans une région comme Poitou Charentes, plus de 40 % des producteurs ont plus de 55 ans, dont certains ne sont guère préoccupés à transmettre leurs chèvres et plus enclins à basculer vers les céréaliers. Au niveau national, 1 770 exploitations, soit le quart, seront à transmettre dans les cinq à dix ans. C'est l'un des sujets majeurs au sein de l'interprofession (Anicap). Le métier d'éleveur laitier présente un déficit d'attractivité qui s'est renforcé suite à la grave crise que la filière a dû affronter. Si les revenus en production caprine se sont nettement améliorés ces dernières années avec un prix du lait qui a progressé de 25 à 30 %, ils n'en restent pas moins modestes, rapportés au nombre d'heures travaillées. L'élevage caprin doit permettre une juste rémunération des éleveurs et la possibilité de se faire remplacer au moins une fois par semaine. »

C'était l'une des principales ambitions des EGA !
J. S. : « Oui, l'objectif étant pour nous, comme pour les autres filières, que la loi et ses ordonnances soient bien appliquées. On a toujours du mal, entre autres avec la grande distribution, à inverser les rapports de force commerciaux. Au sein de l'Anicap, nous avons aussi travaillé sur les coûts de production.
En janvier, nous avons demandé une revalorisation du prix du lait pour atteindre un prix moyen annuel 2019 de 780 € /1 000 l. C'est ce niveau qui peut permettre d'absorber la hausse des charges et prétendre à une rémunération de deux Smic / UMO, pour une charge de travail en élevage conséquente et une astreinte importante. »

Que diriez-vous à des jeunes qui s'interrogent pour s'installer en chèvres ?
J. S. : « Que s'il faut être pointu techniquement, c'est une production facile, y compris pour un public féminin. Les chèvres sont des animaux sympas, attachants, faciles à manipuler, intelligents... C'est aussi une production qui valorise bien et dont on peut vivre avec 200 000 l. » 
Propos recueillis
par Patricia Olivieri