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Cépages résistants : donner un cap aux chercheurs

Ouvrir le débat auprès des professionnels sur l’introduction des cépages résistants dans les cahiers des charges AOC, tel était l’objectif sous-jacent de l’atelier sur les cépages résistants organisé le 2 avril dernier pendant les Rencontres rhodaniennes.
Cépages résistants : donner un cap aux chercheurs

«Nous avons besoin dans notre région de réfléchir à la thématique des cépages résistants en viticulture », lançait Olivier Jacquet, responsable du service « viti » à la chambre d'agriculture du Vaucluse, en ouvrant l'atelier « cépages », organisé dans le cadre des Rencontres rhodaniennes, le 2 avril dernier.
Pour alimenter le débat, Loïc Le Cunff, de l'IFV(1) et membre de l'UMT Géno-Vigne(2), à Montpellier, est venu rappeler les grands principes de la création variétale. « L'Homme a de tous temps cherché à améliorer ce qu'il avait sous la main », précisait le scientifique en rappelant les deux piliers de la création variétale : « les besoins et la connaissance scientifique ».
Côté besoin, les données actuelles sont connues : des cépages adaptés aux attentes du plan Ecophyto, à la demande bio, au changement climatique, avec des résistances aux maladies... « Une des réponses à ce premier volet est le porte-greffe, le mode de conduite et la création variétale qui s'appuie sur la connaissance scientifique actuelle, à savoir que la vigne est un ADN croisé avec un environnement. »

Le génome décodé

Le génome de la vigne désormais décodé a permis de considérables avancées scientifiques ces dernières années : il offre aux chercheurs un plan de la construction permettant de connaître la position des différentes pièces du puzzle : « Les différences entre cépage peuvent désormais s'expliquer par ces pièces et leur position dans le génome. On sait désormais où agir, et sur quoi on agit. » Cette connaissance du génome, associée aux récentes avancées technologiques, ont permis de réduire de façon très conséquente le séquençage : « L'information est aujourd'hui plus rapide à obtenir et moins chère », résumait Loïc Le Cunff.
On sait ainsi que la résistance est un caractère mono-génique (dépendant d'un seul gène). « On connaît aujourd'hui la place des pièces du puzzle de résistance sur le génome et chez quels individus elles se trouvent. »

Quinze ans pour créer une variété

Concrètement, tout cela a permis de gagner dix ans sur la sélection variétale. « Alors oui, on peut faire plein de choses d'autant plus que la transgénèse a même encore ouvert de nouvelles possibilités en permettant, une fois le gène choisi, d'utiliser une bactérie qui a la capacité de transférer ce morceau d'ADN dans une autre plante. Il faut juste avoir en tête que sur la résistance, on a tout intérêt à pyramider et à construire une résistance polygénique pour la renforcer et la rendre durable. On a les outils, la connaissance, la technologie, les marqueurs moléculaires. Reste à savoir quels idéotypes les vignerons veulent. » Et le scientifique a même confirmé qu'il leur était possible de créer des cépages OGM. « On sait faire, mais on ne fait pas en France. Les programmes Resdur successifs ont travaillé sur des hybrides. (Résistance durable, ndlr) »
Réfléchir maintenant est indispensable car malgré la réduction des pas de temps, il faut encore entre quinze et seize ans pour créer une nouvelle variété. « Aujourd'hui, nous avons des résistances qui viennent des Etats-Unis et d'Asie sur l'oïdium. Ces résistances, croisées avec du Vitis vinifera permettraient d'avoir des hybrides de bonne qualité. C'est ce que nous avons fait avec les programmes 'Resdur' 1, 2 et 3. Les premières variétés inscrites issues du programme Resdur 1 sortiront en 2016. Dans six ans, nous aurons deux autres variétés », concluait Loïc Le Cunff. Les cépages Resdur 1 ont d'ailleurs été évalués par la chambre d'agriculture de Vaucluse qui les a fait déguster le 2 avril dernier. À noter qu'un nouveau programme de recherche vient d'être mis sur les rails : le programme Edgarr (voir encadré) doit permettre de définir les idéotypes et les croisements. 
Céline Zambujo
(1) : IFV : institut français de la vigne et du vin.
(2) UMT : unité mixte technologique.

 

 

En savoir plus sur le programme Edgarr

 
Objectif annoncé de ce nouveau programme de recherche : la création de variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium adaptées à la production des rosés. Quatre géniteurs résistants, obtenus par l’UMT Géno-Vigne et l’Inra de Colmar, vont être croisés avec du vermentino (Provence) et du cinsault (Languedoc). « L’objectif sera à partir des géniteurs de résistances présentant des qualités standard, de faire des croisements dits “ d’absorption ” avec les variétés emblématiques régionales pour se rapprocher au plus près du terrain », détaillait Loic Le Cunff, de l’IFV.
Ces croisements d’absorption consistent à croiser des géniteurs résistants (de qualité standard) à des variétés emblématiques (sensibles aux maladies mais avec une qualité et une typicité reconnue). Les nouvelles variétés résistances obtenues possèdent ainsi une résistance durable au mildiou et à l’oïdium avec la qualité et la typicité adaptées à la viticulture.
Le travail est actuellement mené avec le Centre du rosé, le conseil interprofessionnel des vins de Provence, la fédération française de la pépinière viticole et le conseil interprofessionnel des vins du Languedoc. Le programme est doté d’un budget de 411 000 euros « Au cours de cette première année, nous allons définir les différents idéotypes types de couleur, d’oxydabilité des moûts, d’arômes du vin recherché par les professionnels. » Ceci permet de passer directement au stade d’évaluation au champ car dès le début, sur la base de ces idéotypes, « les 20 génotypes correspondant sont identifiés. Et ils passent ainsi directement au stade VATE ». Ce projet est prévu pour durer jusqu’en 2018. « In fine, ces vingt individus doivent nous permettre de proposer aux vignerons une gamme de trente nouvelles variétés (blanc et noir) pour 2015-2025 présentant une résistance durable au mildiou et à l’oïdium, de bonnes aptitudes culturales et des vins de qualité, avec des cépages adaptés aux vignobles languedocien et provençal », concluait Loïc le Cunff. 
C. Z.