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Chasse

« Nous sommes une filière agricole d'excellence »

Trois questions à Jean-Christophe Chastang, éleveur de gibier à Étoile-sur-Rhône, président du Syndicat national des producteurs de gibier de chasse (SNPGC) et président de l’InterProchasse.

« Nous sommes une filière agricole d'excellence »
©Jean-Christophe Chastang.

Vous représentez le Syndicat national des producteurs de gibier de chasse, comment se porte la filière ?
Jean-Christophe Chastang  : « Quand je parle de filière gibier, je parle surtout de la filière petit gibier, c'est-à-dire les espèces principales : faisans, perdrix et colverts. Nous sommes une filière agricole d'excellence, aujourd'hui. Les oiseaux sont produits avec des pratiques d'élevage adaptées au comportement des animaux pour faire exprimer au maximum leurs comportement sauvages. Ça se traduit par le fait que ce sont des animaux qui sont élevés, la majeure partie de leur existence dans les élevages, dans des grandes volières, dans des espaces naturels reconstitués. Notre filière est aussi leader européen sur l’export de faisans et perdrix en Europe. La production d'animaux en France est de l'ordre d’environ cinquante millions de poussins, toutes espèces confondues, et on exporte plus de 60 % de la production française sur l'Europe. Nous sommes considérés également comme leader mondial, puisque nous avons organisé pour la première fois le colloque  mondial sur le petit gibier en France. Habituellement, ça s'organisait aux états-Unis. Cette année, au mois de février, il a eu lieu en Vendée. Ce qui nous a permis de nous comparer, de jauger un peu nos pratiques d'élevage, nos maîtrises sanitaires, nos maîtrises en matière génétique et on s'aperçoit que notre niveau de performances est élevé. Nous sommes la seule filière comme ça de petits gibiers en Europe qui est aussi bien structurée en matière d'organismes représentatifs. On est représentés par le SNPGC, dont j'ai le plaisir et l'honneur d'être le président, on est adhérent également au Syndicat national des accouveurs. Je suis vice-président national de la Confédération française de l'aviculture, qui est la branche avicole de la FNSEA, et on est donc également membre à l'interprochasse. Nous sommes donc le seul pays en Europe à avoir autant de structures qui représentent nos filières auprès des pouvoirs publics, et auprès de nos différents interlocuteurs institutionnels, et en matière de programmes de recherche, nous sommes aussi les seuls à proposer des programmes de recherche et développements innovants, en matière de recherche sur la qualité génétique, notamment en matière épigénétique.  Nous sommes capables de proposer une grande variété de souches de faisans, par exemple, qu’aucun autre pays européen n'est capable de faire. Nous travaillons sur de nouveaux programmes, notamment de recherche, comme la caille. »

Comment cette marque label était-elle née ?
J.C. C.  : « Cette marque label émane de l'ancien ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, qui a demandé au Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) de faire un audit sur la venaison en France. Il faut savoir que la venaison touche plus la gestion du grand gibier que du petit gibier en France. C’était donc un audit sur l'organisation des circuits de collecte, de transformation, de distribution de la venaison… Après l'étude, on s’est rendu compte qu'aujourd'hui 80 % du grand gibier qui est prélevé est échangé sur des circuits plus ou moins transparents. À l'issue de ce rapport, il y a eu sept recommandations faites auprès de la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et auprès d'Interprochasse, en fonction de nos périmètres d'activité. On nous a demandé de bien organiser la mise en relation des producteurs de gibiers, que sont les chasseurs. Aujourd'hui, on a de plus en plus de sangliers, il y a de plus en plus de cervidés, et on se retrouve avec une surabondance de cette viande-là. Pour valoriser la viande, la FNC a lancé, par exemple, l'expérimentation de découpes en six morceaux, parce qu'aujourd'hui, un particulier n'a pas le droit de vendre du gibier en morceaux. On a le droit de vendre qu'en entier, avec la peau sur les carcasses. Et en ayant suivi, bien sûr, tous les circuits sanitaires obligatoires. Cette marque label, c'est la FNC qui la lance. On a monté ce qu'on appelle les comités de pilotage en commun avec la FNC, avec Interprochasse, avec la Direction générale de l’alimentation (DGAL) du ministère de l’Agriculture pour justement répondre à ces exigences du rapport. Il nous fallait d’abord identifier les centres de collecte individuelle via un diagnostic fait par la FNC. Ensuite, on nous a demandé de faciliter leur développement, parce qu'on se rend compte qu'il n'y en a pas suffisamment. Donc pour ça, on travaille sur un cahier des charges qui serait donc un guide de bonnes pratiques de création d'un centre de collecte, avec le respect des réglementations pour les futurs candidats. On crée aussi un autre comité de pilotage qui travaille sur la mise en relation après, entre ces centres de collecte et les acheteurs. Les collecteurs professionnels de la venaison la transforment et la distribuent. Il y en a une qui vient d'être créée, qui s'appelle Artémis. L'initiative de la FNC, en ayant créé cette marque, c'est de pouvoir créer un label pour pouvoir promouvoir la commercialisation de la viande de gibier collectée auprès des chasseurs. »

Quel type de gibier sera vendu à travers cette marque ?
J.C. C. : « Cette marque-là, aujourd'hui, elle est développée uniquement pour le gibier prélevé dans la nature, elle n'est pas développée pour le gibier qui est produit en élevage. La viande des élevages de gibier de catégorie A, qui sont destinés à la chasse, peut être reclassée en catégorie B. Par contre, la catégorie B, catégorie boucherie, ne peut pas être reclassée en catégorie A. Les animaux qui sont produits pour la catégorie B ont pour objectif de créer de la carcasse, ce qu'on appelle du poids carcasse en viande. Pour la catégorie A, l'objectif c'est de créer de l'animal sauvage et c’est plus compliqué à valoriser. Sur la filière petit gibier, il y a beaucoup d'initiatives qui sont développées depuis sept ou huit ans sur la transformation. Un des objectifs, c'est de promouvoir le gibier toute l'année, de casser la saisonnalité. L’Interprochasse fait de la promotion depuis plus de vingt ans. Il y a par exemple l'opération « le gibier, y avez-vous pensé ? ». On crée aussi un livre tous les deux ans qui est préfacé par un grand chef étoilé, l'avant-dernier c'était le chef de l'Elysée. Ce sont de grands ambassadeurs de la cuisine française et de la cuisine du gibier en France. La viande de gibier commercialisée est issue des élevages principalement ou alors des grandes chasses mais plutôt dans les régions Centre ou Grand-Est. Dans nos régions, le petit gibier ne se commercialise pas, parce que ce sont des petits prélèvements, c'est deux ou trois oiseaux. Chez nous, le petit gibier c'est moins important, nous avons davantage du grand gibier. La qualité de la viande de gibier en matière nutritionnelle est exceptionnelle et c'est pour ça qu'aujourd'hui elle a un engouement assez important parce que c'est une viande qui est riche en protéines, qui est faible en matière grasse et qui est extrêmement riche en oligoéléments et en éléments composés et vitamines... J’aime bien rappeler aussi que quand on va à la chasse, on tue du gibier, mais on tue du gibier pour le consommer. L'acte de chasse n'est abouti que lorsque nous mangeons le gibier que nous avons tué. »

M.E.

Une marque-label pour relancer  la venaison en France 

La Fédération nationale de la chasse, à l’origine de la marque-label « Gibier de France », entend accompagner la structuration d’une filière nationale de commercialisation. Un enjeu économique mais aussi d’image pour les chasseurs. 

Une marque-label pour relancer  la venaison en France 
©FNC
Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC).

«C’est une étape majeure dans la relance d’une filière française de venaison », s’est félicité Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), début octobre à Paris à l’occasion du lancement officiel de « Gibier de France ». La présentation, en grande pompe, de cette « marque-label » visant à identifier et à garantir l’origine et la traçabilité des viandes de gibier chassées en France constitue, en effet, l’aboutissement d’un travail de longue haleine mené par la Fédération pour favoriser la commercialisation de populations de grand gibier de plus en plus abondantes. « En cinquante ans, les prélèvements cumulés de sangliers, chevreuils et cervidés ont été multipliés par seize et ceux de sangliers à eux-seuls par vingt-deux », a rappelé Olivier Touchard, le responsable venaison de la FNC et cheville ouvrière de la création de la marque-label. Pour la seule année 2024, 863 000 sangliers ont été tirés, bien au-delà des besoins alimentaires des chasseurs, dont le nombre, parallèlement, décline. « Nous en sommes arrivés au point que la première question que l’on se pose avant de chasser est de savoir qui voudra repartir avec des pièces de venaison, reconnaît Willy Schraen. C’est en fonction de la réponse apportée que l’on va établir le nombre d’animaux qui sera chassé, de manière à ne rien gâcher », déplore le président des chasseurs. 

Grands tableaux, petit rayon  

Malgré l’abondance des tableaux, les Français consomment majoritairement du gibier d’importation, du fait de l’inorganisation de la filière et d’une réglementation particulièrement tatillonne. « Environ 55 % de la viande issue de la chasse est vendue ou cédée dans des circuits non officiels ou sous le manteau, 30 % au travers de l’autoconsommation des chasseurs et seulement 15 % dans de véritables circuits de commercialisation, soit courts (9 %), soit longs (6 %) », résume Olivier Touchard de la FNC. « L’objectif, avec la création de cette marque, est la structuration de la filière, et de faire revenir beaucoup plus de volumes de gibier de chasse vers les circuits de la boucherie traditionnelle, des grandes surfaces ou de la restauration. » 
Pour valoriser le « Gibier de France », tant auprès des vingt-six ateliers de traitement agréés qu’auprès des distributeurs et des consommateurs, la Fédération des chasseurs a opté pour un label privé plutôt qu’un signe officiel de qualité ou d’origine, « la production n’étant pas uniforme », argumente Olivier Touchard. La marque-label « Gibiers de France » garantit « une viande d’origine 100 % française, issue exclusivement de gibier sauvage, prélevé en France, dans le respect des plans de chasse et des règles sanitaires en vigueur ». La démarche est garantie par Certipaq, un organisme certificateur spécialisé dans l’évaluation de la conformité des produits agricoles et alimentaires. Des contrôles seront effectués à chaque étape de la filière, depuis les prélèvements jusqu’au point de vente final. 

Un levier d’image  

Pour la Fédération nationale de la chasse, la réussite du projet constitue un levier important pour améliorer l’image de la chasse en France, régulièrement décriée. « En établissant un lien entre la chasse durable telle que nous la pratiquons en France et les produits de qualité proposés dans les assiettes des Français, nous pensons que nous pouvons gagner en acceptabilité. Car manger du gibier, c’est déjà faire un pas vers la chasse et les chasseurs », assure Willy Schraen. Si la marque sera lancée dès les prochains jours et sera appuyée par un site Internet, une présence aux Salons des maires de France et de l’Agriculture et, bientôt, une campagne de communication, le chemin risque d’être encore long pour lever les réticences des opérateurs économiques et des consommateurs, tant la filière est loin d’être aussi organisée qu’au Royaume-Uni ou en Allemagne. Mais les choses semblent décidées à bouger. En octobre 2024, Nemrod, jeune marque spécialisée dans la commercialisation du gibier sauvage français, a ouvert un deuxième atelier - après l’Alsace -, à la Ferté Saint-Aubin (Loiret), en pleine Sologne. Au même moment, une autre usine spécialisée dans la découpe et la transformation de gibier (mais aussi de viandes de boucherie), l’Atelier du Loup, a vu le jour à 40 km de là, au sud, à Salbris (Loir-et-Cher). Autant de signes encourageants pour la constitution d’une filière française de venaison.