Accès au contenu
Ruralité

Combattre les inégalités entre jeunes ruraux et jeunes urbains

Dans un avis voté à l'unanimité le 11 janvier, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) formule plusieurs propositions en faveur des jeunes dans les territoires ruraux, pour répondre aux besoins spécifiques de cette population en l'absence aujourd'hui de réelle politique dédiée.
Combattre les inégalités entre jeunes ruraux et jeunes urbains

« C'est dans les territoires où l'on a le plus besoin des jeunes pour imaginer l'avenir, dans l'ancienne diagonale du vide, qu'ils sont paradoxalement les moins pris en compte », commente Bertrand Coly, rapporteur avec Danielle Even de l'avis voté par le Cese le 11 janvier sur la place des jeunes dans les territoires ruraux. Il existe en effet des besoins propres à ces 1,6 million de jeunes de 15 à 30 ans vivant en milieu rural. En matière d'insertion professionnelle notamment, en dépit d'une performance plus grande de l'école rurale jusqu'à la 3ème, les jeunes ruraux sont plus nombreux à choisir une voie professionnelle, et moins nombreux à faire des études longues (7,5 % sont diplômés d'un troisième cycle, contre 15,4 % des jeunes urbains). Ils sont également très impactés par les questions de mobilité qui les pénalisent dans la recherche d'un emploi. Que ce soit dans la formation ou pour la mobilité, l'inégalité entre les sexes est plus forte en milieu rural, ce qui se traduit par le fait que les femmes constituent 61 % des demandeurs d'emploi de moins de 25 ans, contre 50 % dans les zones urbaines. Enfin, les jeunes ruraux souffrent, à l'instar de l'ensemble de la population rurale, d'une offre de services de proximité moindre et mal adaptée, au niveau de l'accès aux soins, à la culture ou aux loisirs.

Compétence jeunesse territorialisée obligatoire

Les élus ont leur rôle à jouer pour insuffler une dynamique, en particulier à une période de profonds changements au niveau de l'organisation territoriale. Une enquête réalisée en Ille-et-Vilaine auprès de 251 communes indique que le pourcentage de communes où la jeunesse est inscrite comme une priorité politique est beaucoup plus élevée en milieu urbain (neuf sur dix) qu'en milieu rural (un sur quatre). Les politiques publiques existantes s'adressent essentiellement aux moins de 16 ans. Cette situation contribue d'ailleurs à une baisse de confiance des jeunes ruraux à l'égard de leurs représentants politiques : s'ils étaient 64 % à avoir confiance dans le Parlement en 1990, ils n'étaient plus que 38 % en 2008, une évolution qui ne s'observe pas chez leurs homologues urbains, passés de 47 % à 46 %. Le Cese préconise ainsi de rendre obligatoire une compétence jeunesse territorialisée au sein des communautés de communes, pour qu'elles structurent leur actions « Jeunesse » au sein d'un Projet Jeunesse de territoire, sur le modèle des Projets éducatifs de territoire. Cette compétence permettrait de favoriser les diagnostics territoriaux face à un manque criant de données statistiques, et de mobiliser les espaces locaux pour une plus grande participation des jeunes à la vie des territoires ainsi qu'à leurs instances. Le Cese propose par ailleurs de créer une démarche de campus ruraux pour accompagner les porteurs de projets dans leur innovation et dans leur mise en œuvre. Les contrats de ruralité permettraient également de décliner, avec des fonds dédiés, les engagements nationaux en faveur des jeunes ruraux, sur toutes les dimensions (égalité des genres, formation, logement, apprentissage du permis de conduire, santé, etc.).

 

Interview de Danielle Even, rapporteur de l’avis du Cese sur la place des jeunes dans les territoires ruraux, et présidente de la chambre d’agriculture des Côtes d’Armor.

Pourquoi cet avis du Cese ?  
Danielle Even : "Nous avons répondu à une saisine du Premier ministre, alors que le Gouvernement a depuis le début mis la jeunesse dans ses priorités. Nous avons souhaité apporter des solutions à cette problématique de la jeunesse dans les territoires ruraux, dans la diagonale du vide, cette zone à très faible densité de population qui s’étend de la Meuse jusqu’aux Landes, où les territoires ruraux déjà moins pourvus en population sont aussi moins pourvus en services publics. C’est un cercle vicieux qu’il faut rompre et c’est pour cela qu’à un moment où les collectivités se renforcent, il faut en profiter pour mettre en place une politique jeunesse, avec des entrées très structurées, transport, services, équipement, etc., et en faire un ferment collectif pour que les choses avancent."
Est-ce une double peine pour des territoires ruraux qui considèrent parfois être laissés pour compte des politiques publiques, et qui ont besoin de maintenir les jeunes sur leur territoire ? 
D. E. : "On peut éventuellement l’exprimer comme ça, mais il ne faut pas non plus oublier la grande diversité des territoires ruraux, entre eux et même au sein d’un même territoire. Pour autant, nous avons effectivement relevé un certain nombre de constats valables pour l’ensemble de ces zones, en matière d’égalité homme-femme, d’accès au droit, à la culture, aux loisirs, de mobilité, de choix de métier, etc." (ndlr : voir article ci-dessus). 
Est-ce encore plus important pour l’agriculture ?
D. E. : "Les jeunes agriculteurs ne sont pas très différents de leurs jeunes collègues ruraux, ils ont les mêmes besoins et les mêmes attentes, ils restent travailler sur le territoire. Mais il est vrai que plus ils s’installent, plus il y a d’activité et plus le territoire est vivant. Les jeunes agriculteurs aujourd’hui aspirent à un certain nombre de services, ce qui en fait une nécessité pour le maintien de cette activité économique."