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Comment bien appréhender cette nouvelle saison de pâturage ?

Après deux années de sécheresse, comment redémarrer sa pâture encore endolorie par le manque d’eau et les passages répétés des animaux ?
Comment bien appréhender  cette nouvelle saison de pâturage ?

Ces deux dernières années n'ont pas été de tout repos pour les prairies. Les chaleurs répétées et les sécheresses ont lourdement entravé leur productivité, mettant à mal l'autonomie alimentaire de plus d'un élevage. Système tout en herbe ou en polyculture, toutes les exploitations ont été touchées. Dès lors, le premier réflexe de nombreux éleveurs a été de faire surpâturer les parcelles. L'hiver doux et le manque de paille ont encouragé encore davantage à laisser les animaux en extérieur. « Le surpâturage s'est poursuivi ces derniers mois dans les secteurs de basses altitudes. Les prairies n'ont eu aucun repos alors qu'en temps normal, deux mois sont nécessaires à une prairie permanente pour se reposer et repartir sans risquer l'épuisement », souligne Pascale Faure, conseillère fourrage à la chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme.

Technique et réflexion

Alors que la prochaine saison de pâture s'apprête à débuter, comment appréhender cette nouvelle campagne sur des prairies encore endolories ?
Absence partielle de végétation et vitesse de pousse plus lente, les éleveurs devront cette année « être encore plus techniques et réfléchis ». Dans un premier temps, il convient d'estimer la quantité de fourrages en fonction du potentiel de chaque prairie. Ceux qui habituellement sont dépassés par l'abondance d'herbe et ceux qui n'en ont pas assez ont tout intérêt à recadrer leur pâturage. La conseillère fourrage de la chambre d'agriculture invite à revoir la taille des parcelles et des lots : « Il faut compter 50 ares/UGB pour les prairies maigres et 30 ares/UGB pour les autres ». Suivant les conditions climatiques, le déprimage devra aussi être envisagé. « Les prairies de fauches auront été plus préservées parce qu'elles ont eu le temps de reconstituer leurs réserves. S'il pleut, l'herbe repoussera. »
À la remise à la pâture des animaux, la végétation doit avoir une hauteur comprise entre 12 et 15 cm (mi-mollet) et les sols doivent être portants. Plus que jamais, les éleveurs devront avoir recours à un pâturage tournant rapide avec une sortie des animaux à 5 cm d'herbe au minimum, l'équivalent de la hauteur d'une semelle de botte. Il ne faut pas descendre en dessous sous peine de surpâturer encore la prairie et de la pénaliser. Il faut passer vite sur la parcelle pour revenir sur une herbe qualitative.

« Ne pas gâcher l'herbe »

Les prairies permanentes sont des écosystèmes aussi fragiles que résistants. Au moindre épisode extrême, elles sont capables de développer une stratégie d'adaptation et de survie. La végétation cherche en priorité à protéger ses bourgeons au ras du sol, chose qu'une prairie temporaire, composée d'espèces « domestiquées » ne fait pas. Même jaune, la prairie peut repartir de plus belle l'année suivante. À condition bien entendu de ne pas avoir mis à mal sa stratégie de défense par le passage intensif des bovins et autres. « C'est un réflexe. Même avec une distribution de fourrage, les animaux vont brouter jusqu'à ras de terre, s'il le faut. C'est pourquoi lors d'épisodes extrêmes, comme en 2019, on a conseillé aux éleveurs de bloquer leurs animaux sur une seule parcelle afin de préserver les autres », rappelle la technicienne. Si nul ne peut prédire les prochaines conditions climatiques, elle exhorte les éleveurs à « capitaliser l'herbe pour les années suivantes. C'est interdit de gâcher de l'herbe cette année ». Et si par chance l'année fourragère se veut excédentaire : « Il faudra stocker » !

Mélodie Comte