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Jeunes Agriculteurs

Congrès JA : La profession agricole attendue pour co-construire

La présence du ministre de l’Agriculture au 53e congrès national de Jeunes Agriculteurs était attendue, d’autant plus qu’il s’est prêté au jeu des questions-réponses. Ainsi, les JA l’ont interrogé sur plusieurs sujets de préoccupations.
Congrès JA : La profession agricole attendue pour co-construire

«Ca y est, nous y sommes ! », a lancé, Jean-Christophe Farjon, président du comité d'organisation de Jeunes Agriculteurs Loire, pour l'ouverture du congrès national JA, qui s'est tenu du 4 au 6 juin dans la Loire. Il a été préparé et attendu pendant de longs mois par une équipe départementale qui n'a pas compté son temps. Elle a été soutenue par de multiples partenaires et rejointe par de nombreux bénévoles, aussi motivés les uns que les autres pour accueillir comme il se doit les congressistes venus de toute la France. Plusieurs temps forts ont ponctué ces trois jours : présentation et amendement du rapport d'orientation (lire ci-dessous), table-ronde sur l'influence de la politique et de l'économie mondiales sur l'agriculture française voir ci-contre), échanges avec le ministre de l'Agriculture... C'est sur un ton optimiste et mobilisateur que le président de Jeunes Agriculteurs, Samuel Vandaele, a pris la parole, jeudi, devant le ministre de l'Agriculture, les invités et les congressistes. « Nous ne devons rien lâcher. Notre mission est parfois difficile mais elle est nécessaire pour notre avenir, pour notre économie, pour notre société. Nous avons des bases solides, des valeurs, un regard, une légitimité renforcée. Nous avons de bonnes raisons de continuer, longtemps, fièrement, sans jamais baisser les bras. » Le ministre de l'Agriculture est allé dans le même sens : « Le métier d'agriculteur n'est pas un métier du passé, c'est un métier d'avenir. La jeunesse contribuera à bâtir une autre image de l'agriculture. L'agriculture de demain sera innovante, compétitive et fera de la transition énergétique. » A plusieurs reprises, Didier Guillaume a proposé aux JA de se mettre autour de la table, d'être force de proposition. « Je veux co-construire pour que l'agriculture apporte aux concitoyens et à la jeunesse française. »

Le financement des installations assuré

Renouvellement des générations, relations commerciales, États généraux de l'alimentation, accès au foncier, produits phytopharmaceutiques, Pac sont autant de sujets sur lesquels les Jeunes Agriculteurs ont interrogé le ministre de l'Agriculture. Les installations sont en augmentation, ce qui est bon signe, mais les JA craignent un manque de budget. Didier Guillaume a pris l'engagement qu'en 2019 et 2020 aucun jeune ne sera pénalisé pour son installation par manque d'argent.
« Il y aura le financement nécessaire, les moyens seront au rendez-vous. » Il a également garanti que le programme pour l'accompagnement et la transmission en agriculture sera suffisamment doté pour l'ensemble des régions. L'accès au foncier est également déterminant pour les installations et le renouvellement des générations en agriculture. « Ma volonté est de co-construire sur le foncier, l'installation et le statut d'agriculteur, a affirmé le ministre de l'Agriculture. JA et FNSEA doivent se mettre au travail. Nous n'avons pas forcément besoin d'attendre une loi pour avancer », sous entendu que des décrets ou des arrêtés sont envisageables.

Relations commerciales

Pour Rémi Jousserand, président de Jeunes agriculteurs Loire, « le renouvellement des générations passe par la formation, un parcours professionnel », mais aussi par « un revenu », retour de valeur attendu par les agriculteurs avec les États généraux de l'alimentation et la loi qui s'en est suivie. Pour la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, « il est grand temps que tous les dispositifs s'appliquent et que les mauvais acteurs soient poussés des planches vers les parquets des tribunaux. » Mais « la loi ne fera pas tout. Les agriculteurs ont aussi un rôle déterminant à jouer dans les organisations et dans le déploiement des plans de filière. » Pour le ministre de l'Agriculture « les négociations commerciales ne vont pas du tout. 2019 est l'année zéro » de la loi EGAlim. C'est pour cela que « deux groupes ont été constitués à l'Assemblée nationale pour conduire une commission d'enquête sur le comportement de la grande distribution. Et des sanctions sont prévues. Nous continuons à mettre la pression mais la profession doit aussi la mettre. Nous devons réussir à faire en sorte que ce ne soit plus comme avant. »
Sur le plan des relations commerciales internationales, alors que le Brésil revient à l'attaque avec les accords du Mercosur, Didier Guillaume a affirmé que « la France ne ratifiera pas cet accord s'il comprend des produits qui ne répondent pas aux standards voulus dans notre pays. » Et d'ajouter : « plutôt que de passer du temps à se battre pour ne pas importer, il faut travailler pour exporter », notamment de la viande en Chine. Le gouvernement demande que la filière œuvre dans ce sens.

La France et l'Europe

Comme la FNSEA, les JA s'inquiètent du devenir de la Pac et des distorsions de concurrence en Europe. « JA veut une Pac qui porte une vision sur l'avenir de l'agriculture », a ajouté Samuel Vandaele. Le ministre de l'Agriculture a une nouvelle fois été clair : « La France est opposée à une proposition de baisse de 15 % du budget de la Pac et elle ne veut pas d'une Pac renationalisée. » Quant à la gestion des risques, « il nous faut travailler sur un système qui permette à tout agriculteur de s'assurer selon ses moyens. »
La distorsion de concurrence avec la réglementation sur l'emploi des produits phytopharmaceutiques est considérée comme « une vraie difficulté » par le ministre de l'Agriculture. « Le gouvernement veut positionner l'agriculture dans une voie d'avenir, pas dans une impasse. Il faut arrêter la dépendance aux produits phytosanitaires, mais il faut trouver des alternatives. »
D'autres sujets ont été abordés avec le ministre de l'Agriculture, comme l'agribashing et le loup. « L'administration française a annoncé pour la première fois que la France compte plus de 500 loups », ce qui permet au ministre d'affirmer que « le loup n'est plus une espèce en dépeuplement » et doit l'aider à « aller plus loin à l'échelle de l'Europe pour davantage réguler le loup ». La gestion de la ressource en eau a aussi retenu l'attention du ministre : « L'agriculture doit pouvoir avoir de nouvelles retenues d'eau. L'eau va être rare. L'agriculture sera résiliente que si elle est irriguée. ». 
Lucie Grolleau Frécon

 

RAPPORT D’ORIENTATION / Comment favoriser une ruralité éternellement jeune ?
Les Jeunes Agriculteurs ont débattu pendant leur congrès sur leur rapport d’orientation, dont le thème est « Pour une ruralité éternellement jeune ». Quatre grands axes portent les propositions des JA : rendre l’environnement économique, social et institutionnel plus favorable aux jeunes ruraux ; rendre le système de formation plus favorable à l’ouverture et à l’engagement citoyen des jeunes ; réinventer l’accès à la démocratie pour les jeunes sur les territoires et créer une stratégie de transmission des entreprises tous secteurs confondus. Lors de la conférence de presse qui a clôturé le congrès, Loïc Quellec, l’un des rapporteurs du rapport, a commenté ces axes de propositions. « L’agriculture est un pilier de la ruralité. Tout le monde doit se mettre autour de la table pour favoriser des territoires dynamiques. » Selon les JA, « les collectivités doivent mettre les moyens et l’accompagnement pour que les territoires soient attractifs » : services, internet très haut débit...
« Il faut disposer d’un vrai tissu rural pour inciter les jeunes à y rester. »
Mais comment les jeunes peuvent-ils s’impliquer ? Ceci passe par la formation « du plus jeune âge jusqu’aux études supérieures. Les études doivent permettre aux jeunes de s’impliquer dans les territoires et de porter des projets. » La transmission des entreprises, en général, pas uniquement agricoles, constitue un enjeu. « C’est parce qu’on arrivera à transmettre les entreprises aux jeunes que l’on maintiendra le tissu rural. » 

 

MARCHÉ MONDIAL / La géopolitique n’est pas un sujet souvent abordé chez le syndicalisme jeune. Néanmoins, les responsables de JA ont souhaité, pendant le congrès, avoir un éclairage. Objectif : comprendre quelle pourrait être demain la place de l’agriculture française dans le monde.

La France peut se démarquer pour sa qualité de produits

Les responsables de Jeunes Agriculteurs ont choisi d’abor-
der le thème « Nouvelles donnes internationales : quel impact pour l’agriculture ? » sous la forme d’une table-ronde. Denis Deschamps, enseignant en géo-économie et conférencier en géopolitique, a planté le décor politique et économique à l’échelle mondiale et donné des prospectives. Il a évoqué « la multiplication des démocraties autoritaires » et la croissance de la démographie mondiale notamment plus largement en Chine, au Nigeria et Afrique. Selon lui, des problèmes de nourriture et d’occupation du territoire vont se poser. Avec en plus une augmentation du niveau des océans, les mouvements des populations vont s’accroître.
Denis Deschamps a sensibilisé son auditoire au déploiement des infrastructures chinoises dans le monde entier pour préparer l’avenir de ce peuple. Grâce par exemple à la construction de lignes ferroviaires chinoises en Chine et à l’étranger, « bientôt les agriculteurs français pourront vendre des produits frais à la Chine. Après une influence des Etats-Unis, nous connaîtrons une influence venant d’Asie. L’Inde et la Chine seront demain les plus gros acteurs économiques. Ce sont ces pays qui achèteront le blé français. »
Au vu de ce contexte et des possibles évolutions décrites, Dominique Chargé, président de Coop de France, estime que « l’Europe actuelle est incompatible avec ce contexte. Elle ne peut pas être la somme des politiques de chaque pays et doit mieux protéger son agriculture ». « La France a besoin d’exporter ses produits », a assuré Guillaume Callot, membre du conseil d’administration JA. Les deux intervenants se sont accordés à dire que le monde agricole et agroalimentaire français a une place à prendre sur les marchés mondiaux, mais qu’il faut travailler à une organisation plus efficace. Plus précisément, ils estiment que la France a une carte à jouer avec les produits de qualité. « Il ne faut pas oublier que nous avons en face de nous, en Asie, des classes de population dont le niveau de vie augmente. Quand un Chinois achète un produit de qualité français, il a l’impression d’acheter un produit de luxe », estime Denis Deschamps. En même temps, la France a besoin d’importer. Mais « attention de ne pas acheter les risques qui vont avec », prévient Guillaume Callot. 
L. GF.
Les intervenants de la table-ronde estiment que l’agriculture française a demain une place à prendre sur les marchés mondiaux. Elle doit pour cela miser sur une meilleure organisation et des produits de qualité.