Connaître son sol pour optimiser ses pratiques culturales
Deux fosses, 200 mètres de distance et des microcosmes totalement différents. Le constat de Marie-Pascale Couronne, conseillère agro-environnement à la chambre d'agriculture de la Drôme et experte en pédologie, est net. D'un côté, sous les abricotiers de Régis Gonnet, arboriculteur et viticulteur à Glun (07), la cavité révèle un sol limoneux (avec présence de calcaire en surface et surtout à 1,80 mètre de profondeur) issu d'un dépôt fluviatile et doté d'une capacité importante à retenir l'eau. Il présente toutefois une strate plus argileuse et plus compacte.
Plus loin, sous ses vignes cette fois, la nature du sol est complètement sableuse. « Le granit des premiers contreforts de la montagne ardéchoise s'est érodé et les grains de silice sont descendus dans la plaine », explique Marie-Pascale Couronne. Cette parcelle, un sol jeune, est aussi bien plus séchante et convient donc bien à la vigne. La spécialiste note une « très bonne prospection racinaire ». Elle ajoute encore : « La première parcelle a un bon potentiel, avec un peu de vie en surface mais un taux de matière organique assez faible. L'agriculteur doit prendre en considération cet aspect, ainsi que le tassement naturel de l'un des horizons. La seconde parcelle a un taux de matière organique correct pour un sol sableux. Il faudra entretenir ce taux grâce à des apports de compost. L'objectif est aussi de stabiliser la terre ». En outre, la très bonne colonisation racinaire, y compris en profondeur, devrait permettre à la vigne de faire fructifier « l'effet terroir ».
Observer en profondeur
Ces secrets, que le sol ne dévoile qu'une fois ses entrailles mises à nue, Marie-Pascale Couronne a pu en faire profiter, en direct, à plus de 30 agriculteurs venus assister, le 3 novembre, à une journée technique sur le travail du sol et la réduction des herbicides, organisée à Glun par la chambre d'agriculture de l'Ardèche. Pour la conseillère, ce type d'observation a un réel intérêt pour les professionnels. « Le sol a une grande importance dans la vie d'une culture : la zone compacte de la première parcelle peut, par exemple, engendrer un phénomène d'asphyxie racinaire et de moindre circulation de l'eau. Le sachant, l'agriculteur peut agir en conséquence. Or, on ne connaît bien son sol, notamment son fonctionnement hydrique, qu'en allant en profondeur... bien au-delà des 30 centimètres du labour », explique-t-elle.

Équilibre et matière organique
Au-delà, de la gestion immédiate de sa culture, maintenir un sol, intrinsèquement, en bonne santé est un gage sur le long terme. Si la science ne sait pas encore apporter toutes les solutions aux problématiques du sol, quelques grands principes se dégagent cependant car l'on sait désormais qu'un sol est vivant. Éviter le tassement, surtout en cas de sensibilité à l'érosion, est primordial : « Cinq centimètres en moins équivalent, selon les sols, à une perte de 100 à 1 000 ans ! On arrive vite à des sols appauvris et de plus en plus difficiles à travailler », souligne Marie-Pascale Couronne, qui insiste sur l'importance de trouver le bon équilibre. Et sur un maître-mot : la matière organique. « On sait que ce type d'apport fonctionne sur tous les tableaux. La matière organique est le moteur qui permet la convergence des fertilités chimique (capacité à fournir les minéraux nécessaires à la plante), physique (gestion des obstacles aux racines et à l'eau) et biologique (existence d'un écosystème équilibré, qui sait se défendre face aux agents pathogènes). »
Dans ce contexte, quid des intrants, herbicides notamment, à la réduction desquels la journée du 3 novembre était également consacrée (lire ci-contre) ? « La base est de tout optimiser : si l'on observe mieux le sol et que ses végétaux sont moins sensibles aux maladies, le besoin de traiter ou de fertiliser diminue. Entretenir son sol est donc une action préventive. Par ailleurs, travailler son sol, sur le rang, pour gérer les adventices permet de diminuer l'utilisation d'herbicides », ajoute Marie-Pascale Couronne.
Tiphaine Ruppert