Couverts végétaux : les choisir, les implanter, les détruire
Si les couverts végétaux sont une obligation en zone vulnérable pour protéger les sols en hiver et limiter le lessivage des nitrates, ils ont également de nombreux atouts agronomiques. Cependant pour réussir un couvert en interculture, il est important de choisir les espèces en fonction des objectifs visés, de soigner leur implantation tout en maîtrisant les coûts et la destruction. Pour aider les agriculteurs sur cette thématique, la chambre d'agriculture de la Drôme et la fédération départementale des Cuma de la Drôme ont organisé, le 29 novembre à Chabeuil, une journée de démonstration dans le cadre d'Innov'action. Cette action s'inscrit dans le programme Agr'Eau 26 de préservation de la qualité des eaux des captages de Valence et Beaumont-lès-Valence, en partenariat avec l'agglomération Valence Romans Sud Rhône-Alpes et les syndicats des eaux. Avec l'aide de l'agriculteur exploitant, Sébastien Barlatier, et de trois cuma (Montvendre, Côteau, Clairac et Laye), différents couverts ont été implantés selon plusieurs dates et modalités de semis.
Quels objectifs pour mes couverts végétaux ?
En fonction des objectifs choisis, les espèces à implanter ne seront pas forcément les mêmes. Si les crucifères sont très performantes en terme de biomasse, de couverture du sol et de piégeage des nitrates, elles le seront moins pour restituer de l'azote à la culture suivante. Il faudra alors privilégier des légumineuses. Les graminées produisent également une biomasse importante même en semis tardif. Leur système racinaire fasciculé est aussi très intéressant pour ameublir le sol sur 20 cm. La phacélie casse les rotations, dispose d'un système racinaire efficace pour la structuration du sol en surface et présente un intérêt pour les insectes pollinisateurs. Chaque espèce a ses avantages. C'est pourquoi les mélanges peuvent être une bonne solution pour répondre à plusieurs objectifs.
Soigner l'implantation : une condition de réussite
Pour qu'un couvert joue pleinement son rôle et produise de la biomasse, la qualité de l'implantation est une exigence. Il est néanmoins nécessaire de bien considérer le débit de chantier et le coût d'implantation. Plusieurs modalités et matériels de semis ont pu être présentés.
En semis précoce (après moisson), un cultivateur Rotalabour avec semoir à céréales, un semoir sur covercrop Acero et un semoir direct auto-construit ont été comparés. Si la levée a été plus rapide avec le covercrop en raison du semis plus en surface et un sol assez frais, la qualité d'implantation a finalement été bonne pour les trois matériels. C'est en comparant les débits de chantier et le coût que les différences sont notables : alors qu'il faut uniquement 30 minutes par hectare pour le covercrop, il faut plus du double pour le cultivateur ! Malgré un investissement important pour le covercrop, sa mutualisation en cuma permet d'obtenir un coût hectare optimal (34 €ha avec tracteur + carburant contre 80 €ha pour le cultivateur). Quant au matériel auto-construit de Sébastien Barlatier, il présente un coût d'utilisation très faible grâce à la récupération de différentes pièces.
En emblavement très tardif (septembre), le semis sur déchaumeur et le semoir direct SimTech se sont montrés performants, avec une bonne qualité d'implantation. Le passage d'un déchaumeur, en amont, n'a pas permis d'utiliser le semoir direct sans travail du sol. « Il est plus efficace quand on fait réellement du semis direct », explique Bruno Valette, cumiste utilisateur du matériel. Dans tous les cas, un rouleau a été utilisé pour favoriser la levée des couverts.
Ainsi, pour choisir son matériel d'implantation, il est important de prendre en compte le type de graines semées influençant la profondeur de semis, le débit de chantier et le coût hectare. Au-delà de la baisse des charges de mécanisation, la mutualisation en cuma permet aussi plus d'adaptabilité, grâce à mise à disposition d'un panel d'outils différents.
Développement des couverts
En semis précoce, à la faveur des pluies de juillet, tous les couverts ont produit des biomasses satisfaisantes, en moyenne 2,8 tonnes (t) de matières sèches par hectare (MS/ha). Cependant beaucoup sont ensuite montés à graines, à la faveur des chaleurs et de la sécheresse du mois d'août. Le couvert à base de moutarde d'Abyssinie et un mélange multi-espèces font exception avec très peu de montée à graines. Le mélange à base de sorgho et moha a obtenu la meilleure biomasse estivale (plus de 5 t de MS /ha). Ce couvert est parfaitement adapté à une interculture courte avant implantation d'automne.
En semis tardif, les développements des couverts sont beaucoup plus faibles, de l'ordre d'une tonne de MS /ha. Cela confirme qu'une date d'implantation tardive limite fortement la production de biomasse. Ces résultats ne sont valables que pour le contexte climatique de l'année.
Gestion des adventices et couverts
Le problème de la maîtrise de l'ambroisie s'est posé en semis précoce. L'optique de semis en direct, juste après la moisson, n'a permis de gérer que partiellement cette adventice difficile à l'aide d'un glyphosate. La plupart des couverts implantés n'a pas été assez concurrentiel à la levée par rapport à l'ambroisie déjà installée dans l'orge précédente.
Par contre, en semis plus tardif, la maîtrise des adventices a été meilleure avec le passage du déchaumeur à dents de la cuma de Montvendre, qui a effectué un bon travail de destruction de l'ambroisie et des adventices développées. Seul le ray-grass a été favorisé par le travail de préparation en août. n
Chambre d'agriculture et fédération des cuma de la Drôme
Retrouver les documents de cette journée sur : www.synagri.com/drome
