De nouvelles stratégies de lutte explorées
«Le retrait des solutions les plus efficaces mène parfois les producteurs dans l'impasse » en matière de lutte contre le taupin, a déclaré Jean-Paul Lataste, président de l'AGPM (Association générale des producteurs de maïs) maïs doux, évoquant d'importantes pertes en volume et qualité de récolte. Cela pousse les instituts techniques à explorer de nouvelles stratégies, présentées lors d'un colloque organisé le 25 mars par Arvalis, l'Acta (Association de coordination technique agricole), le CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes).
« À quand les nématodes ? », a lancé Gérard Roche, vice-président de Légumes de France, admettant qu'au vu de la réponse des chercheurs « peut-être faudrait-il encore un peu de protection chimique » contre le taupin. « À force de ne plus avoir de molécules à spectre large, on a de plus en plus de dégâts sur les cultures », a déploré le responsable syndical, très critique envers les autorités européennes et françaises qui ont « la fâcheuse idée de supprimer des solutions avant d'avoir trouvé leur remplacement ».

La piste « prometteuse » des nématodes
Les nématodes entomopathogènes font partie des nouvelles stratégies de lutte contre le taupin. Une étude en laboratoire, présentée par l'Inra, apporte un éclairage sur leur comportement vis-à-vis des larves de l'insecte coléoptère et désigne les souches les plus efficaces. « Les nématodes entomopathogènes constituent une alternative prometteuse pour la lutte contre les taupins », a estimé le chercheur Jean-Claude Ogier. D'après ses résultats, une souche Steinernema carpocapsae permet d'obtenir 50 à 70 % de mortalité sur les larves. « Reste encore beaucoup de travail avant l'application sur le terrain », a-t-il reconnu. Des études complémentaires sont envisagées, notamment pour combiner l'utilisation des nématodes avec d'autres méthodes de lutte comme l'emploi d'appâts pour attirer les taupins.
Regain d'intérêt parmi les chercheurs
Autre piste, celle des champignons entomopathogènes. Jean-Baptiste Thibord, d'Arvalis, a noté un « regain d'intérêt » sur le sujet dans le monde scientifique, avec notamment de nouveaux travaux au Canada. Les souches metarhizium, dont l'espèce anisopliae est utilisée dans un produit Monsanto homologué depuis 2011, focalisent l'attention en France, avec des résultats sur cultures de tomate, melon, tabac, pomme de terre et maïs présentés au colloque.
Arvalis montre par ailleurs l'intérêt de substances attractives ou répulsives pour limiter les attaques de taupins. Concernant les insecticides ou insectifuges, Jean-Baptiste Thibord a souligné « l'intérêt potentiel de substances issues de crucifères ». Idem pour les appâts avec substance insecticide, dans le but de protéger les plantes et diminuer les populations de ravageurs. Les appâts sans insecticide montrent, eux, « des résultats encourageants ».
La mise en œuvre de telles solutions alternatives semble attendue avec impatience. « Avec la disparition de molécules à spectre large, on est confronté à une résurgence de maladies et d'insectes », a souligné Gérard Roche.