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Prédateurs

Des eurodéputés veulent un “ plan loup ” européen

Populations de loups en expansion et pastoralisme ne sont pas conciliables, estiment des eurodéputés qui préparent une résolution pour demander à la Commission européenne le lancement d’un plan loup européen. Parmi les mesures réclamées : un déclassement du loup en tant qu’espèce protégée stricte et la reconnaissance des hybrides chiens-loups.
Des eurodéputés veulent un “ plan loup ” européen

La cohabitation entre le pastoralisme et le loup est-elle possible en l'état actuel ? Non, répondent des eurodéputés, les Français, Michel Dantin (PPE) et José Bové (Verts) en tête, qui organisaient le 15 mai au Parlement européen à Bruxelles une conférence sur cette question. Ils demandent le lancement d'un plan loup européen. Une résolution parlementaire pour exiger une telle initiative va être préparée.
« En France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Autriche, en Pologne, en Roumanie, le bilan est le même partout en Europe : la réintroduction du loup depuis le début des années 1990 a des conséquences dramatiques sur l'élevage et la ruralité », a résumé Michel Dantin.
Le loup bénéficie dans la plupart des États membres de l'UE (à l'exception notamment de la Pologne, de la Finlande ou encore d'une partie de l'Espagne) d'une protection stricte au titre de la directive Habitats qui transpose dans le droit européen la convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe.

Des outils suffisants pour Bruxelles

Le commissaire européen à l'environnement, Karmenu Vella, qui participait à l'événement, a reconnu « qu'il y a un défi à relever pour aboutir à la coexistence entre pastoralisme et loups ». Mais d'ajouter qu'il y a « plein de solutions locales qui marchent et que la Commission européenne soutient au travers de programmes LIFE ou du développement rural ». En même temps, il faut faire davantage pour réduire le risque de prédation pour le bétail ce qui « nécessite des ressources et du temps », admet-il. Mais, assure Karmenu Vella, des solutions techniques peuvent être trouvées au niveau local avec la participation active des éleveurs en réintégrant les pratiques traditionnelles, en les ajustant et éventuellement en les intégrant avec des solutions modernes (par exemple clôtures électriques, dissuasions visuelles et acoustiques). Et, prévient le commissaire européen, « si le recours limité et ciblé à l'abattage peut faire partie d'un système complet de prévention et de coexistence [...] il ne peut certainement pas le remplacer ».
La Commission européenne prévoit de mettre à jour son document d'orientation sur les règles de protection des espèces en vertu de la directive Habitats. Cela permettra de clarifier le cadre juridique existant, notamment en ce qui concerne la possibilité d'utiliser des dérogations pour abattre certains individus dans certaines conditions.
« Pourquoi vous attendre à ce que les solutions viennent de Bruxelles alors que les États membres ont tous les outils en main pour trouver des solutions ? », a demandé, remonté, Karmenu Vella. Parce que « les solutions proposées ne répondent pas à la réalité du terrain », lui a répondu José Bové.

La réalité du terrain

Des représentants espagnols, autrichiens et français ont témoigné de la difficulté de gérer l'arrivée récente de loups dans leur pays respectif. Laurent Garde, directeur adjoint du Centre d'études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée, a notamment dressé un constat d'échec de la cohabitation avec les loups qui sont en train « d'exclure l'élevage de plein air ». Il existe au niveau européen et dans les États membres des plateformes européennes sur la coexistence entre les humains et les grands carnivores. Mais les éleveurs ne s'y sentent pas écoutés. Les organisations et coopératives agricoles de l'UE (Copa-Cogeca) s'en sont d'ailleurs retirées, estimant qu'aucun dialogue constructif n'y est possible. « Il y a un problème de gouvernance » qu'il faut réformer au lieu d'imposer une conditionnalité punitive aux éleveurs, assure Laurent Garde. Même constat pour l'éleveur Laurent Reversat, installé sur le plateau du Larzac dans la région de production du roquefort, pour qui la notion d'espèce protégée stricte dont bénéficie le loup en Europe empêche « toute possibilité d'une hypothétique cohabitation ». « Nous avons déjà modifié nos pratiques en rentrant plus souvent nos animaux dans les bâtiments », indique-t-il, mais « si la solution c'est de renter complètement nos brebis pour obtenir un « label loup », ce n'est pas acceptable ».
En effet, dans les zones où le bétail est en pâturage, la coexistence se fait rarement sans conflit. Et tout particulièrement dans les zones où le loup s'est récemment installé. Résultat : le retour à l'étable du bétail depuis les pâturages estivaux se fait plus tôt dans l'année, des pâturages sont abandonnés... Dans de nombreuses zones, les conditions locales (zones de montagne, grands pâturages, troupeaux migrants) ne permettent pas techniquement de mettre en place certaines mesures comme les barrières électriques. Et la présence de chiens de protection spéciaux peut causer des conflits avec les randonneurs. Enfin, les loups se sont rapidement adaptés aux mesures de protection, n'étant pas inquiétés, ils attaquent désormais de jour comme de nuit et se rapprochent des zones habitées. 

 

Contrôle / Débat sur l’hybridation

Dans une prise de position datant du mois d’avril, le Copa-Cogeca demande, dans l’intérêt de la société et de l’économie, de préserver le pastoralisme sans mesures de protection extensives et coûteuses et sans devoir supporter des dégâts significatifs. Pour cela, l’organisation agricole estime qu’il faut fournir des compensations pour tous les coûts directs et indirects sans condition préalable liée à la mise en place de mesures de protection et, en cas de doute concernant la nature des dégâts, privilégier la partie lésée. Enfin, le Copa-Cogeca estime qu’une initiative gouvernementale devrait gérer le contrôle effectif des hybrides chiens-loups. C’est l’autre grande question qui a été mise sur la table par des eurodéputés Michel Dantin et José Bové : le contrôle des populations d’animaux hybrides qui ne sont pas, elles, protégées par la convention de Berne.
Mais les avis divergent sur l’étendue du phénomène, notamment du fait d’un manque de données scientifiques. En France, dans une étude, l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) assure que cette hybridation reste très limitée (moins de 8 % des individus testés sur 130, présenteraient un niveau d’hybridation plus ou moins important). Au contraire, des prélèvements réalisés par des éleveurs français et analysés par un autre laboratoire font état de résultats, rendus publics en novembre 2017, radicalement opposés (100 % des 20 échantillons recueillis seraient des hybrides). Les deux laboratoires ont entamé une discussion d’experts pour confronter leurs approches.