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Filières animales

Des pays en difficulté, à l’exception de l’Espagne

Danemark, Pays-Bas, France, Allemagne. Tous les grands pays producteurs européens, à l’exception de l’Espagne dont le modèle d’intégration s’avère particulièrement performant s’apprêtent à voir disparaître une partie de leurs élevages de porcs.

Des pays en difficulté,  à l’exception de l’Espagne

Partout, à l'exception peut-être de l'Espagne - dont le modèle d'intégration calqué sur celui des États-Unis a protégé les éleveurs – 80 % des producteurs des grandes régions d'élevage sont payés hors de toute variation conjoncturelle. Sur les huit premiers mois de l'année, l'Espagne n'enregistre aucune perte, tandis que les éleveurs français ont perdu en moyenne 5 euros par porc, estime l'économiste de l'Ifip (Institut du porc) Boris Duflot. S'il n'y avait pas eu de hausse cet été en France, les pertes auraient même atteint 10 euros par porc. En Allemagne et au Danemark, elles atteignent 12 euros sur la même période. En Allemagne, où certains engraisseurs renoncent à remplir leurs bâtiments faute de rentabilité, les naisseurs sont les premières victimes, et le prix du porcelet a presque atteint le niveau « catastrophique » de 2007-2008.

L'Espagne traverse la crise sans encombre

Cette crise de marché - liée à une surproduction en Europe, notamment une hausse inattendue des porcs produits fin 2014, à l'embargo russe et à une faible consommation - constitue un « stress test » pour les modèles économiques de chaque pays. À ce jeu, le modèle espagnol est le plus performant. Les Espagnols ont profité d'une très bonne tenue des prix du porc sur le marché durant la période 2012-2014, qui leur a permis d'investir et de faire progresser leurs performances techniques. Le nombre de porcs produits par truie a progressé de 11 % (contre + 6 % en France), l'indice de consommation de 10 % (contre – 3 % en France) et le temps de travail par truie a baissé de 20 % (contre – 8 % en France). Au total, le coût de revient espagnol n'a augmenté que de 4 % entre 2007 et 2013, alors qu'il a progressé de 17 % en France. « C'est comme s'ils n'avaient pas subi la hausse de l'alimentation », constate Boris Duflot. Ils ont par ailleurs bénéficié d'une très faible augmentation des coûts de construction des bâtiments
(+ 2 %, contre + 21 % en France) et de main-d'œuvre (+ 4 %).

Les pays du Nord liquident les producteurs moyens

Au Danemark et aux Pays-Bas, les éleveurs souffrent durement de la crise, et le paysage porcin s'apprête à vivre une nouvelle restructuration, rapporte l'Ifip. Au Danemark, les éleveurs moyens enregistrent de lourdes pertes depuis de nombreuses années. Mais les éleveurs les plus performants sont toujours rentables, continuent de s'endetter et rachètent leurs voisins, en développant notamment des exploitations multisites. Dans ce pays qui voit disparaître deux tiers de ses élevages tous les 10 ans et qui ne compte déjà plus que 2 000 éleveurs, on s'apprête à vivre une nouvelle restructuration, au même rythme. La situation est similaire aux Pays-Bas, où 20 % des élevages sont proches de la cessation de paiements, en particulier les engraisseurs. Le rythme des disparitions (50 % des élevages tous les dix ans) devrait rester stable. La conjoncture amène toutefois les élevages les plus rentables à différer leurs investissements.

Restructuration à venir en France et en Allemagne

En Allemagne, premier producteur européen, la situation est jugée « catastrophique », rapporte l'économiste Christine Roguet. La restructuration va également se poursuivre. Et l'agrandissement des meilleurs se déroulera par construction, rachat, ou location de porcherie (procédé courant dans le pays). Pour Christine Roguet, le modèle naisseur-engraisseur reprend des couleurs en Allemagne, où il s'avère plus robuste que le naissage spécialisé et répond mieux aux besoins de traçabilité. En France, « 10 % des élevages ne survivront probablement pas à cette crise, et 10 % supplémentaires sont en danger », estime le président de l'interprofession porcine (Inaporc) Guillaume Roué. « Nous allons vers une restructuration, l'enjeu sera de conserver l'efficience », notamment au travers du renouvellement des bâtiments. Toutefois Guillaume Roué s'est dit rassuré de constater que les « problématiques environnementales et sociétales » s'installaient chez les concurrents, notamment en Espagne et en Allemagne, deux pays qui ont connu « une évolution extraordinaire durant la dernière décennie et pris d'importantes parts de marché ».