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Agriculture bio

Des pistes pour vendre ses fruits et légumes

Produire est une chose. Mais commercialiser ses produits en est une autre. En maraîchage bio, la vente directe est souvent privilégiée, mais l’offre reste encore insuffisante pour répondre à la demande. Lors de la journée technico-économique maraîchage bio, organisée à Romans-sur-Isère par Corabio et BioConvergence, différentes solutions pour distribuer les légumes en commun ont été présentées.
Des pistes pour vendre ses fruits et légumes

Basée dans le Vaucluse, Solébio est une société qui rassemble une cinquantaine de producteurs de fruits et légumes bio du Sud-Est de la France. Le groupement – 100 % label Bio Cohérence – organise et planifie la production et la commercialisation des produits de ses adhérents. Si la majeure partie de ceux-ci est implantée en région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, certains sont aussi basés dans le Gard ou des départements rhônalpins. « Ils sont moins d'une dizaine en Rhône-Alpes. Ceux de l'Isère sont les plus excentrés. Dès lors, on ne les voit pas souvent. Et rien ne peut remplacer une rencontre physique », concède Vincent Dorbec, coordinateur du groupe Solébio. Chaque année, ce sont près de 3 000 tonnes de produits de saison qui sont ainsi mis sur le marché (1 000 références – calibres et variétés –, sauf les endives et les poireaux). Solébio connaît une croissance continue. Elle recherche donc actuellement de nouveaux producteurs pour satisfaire les demandes de ses clients. « Nous travaillons avec des petits et des plus gros producteurs. Ces derniers nous permettent d'avoir une régularité dans notre offre », poursuit Vincent Dorbec. Si Solébio doit construire une base logistique dans les deux ans, le transport des marchandises n'est pas encore à l'ordre du jour. Pour l'heure, ce sont donc les agriculteurs qui livrent leurs productions sur la plateforme Sud-Est de Biocoop, située dans le Vaucluse. Toutefois, des points de collecte peuvent être organisés avec Biocoop, évitant ainsi que les camions ne reviennent à vide. En savoir plus : solebio. fr


Nord-Isère : la SARL Relais bio Dauphiné

Voilà une entreprise qui illustre la motivation d'agriculteurs à livrer en commun des magasins spécialisés bio. Antonin Benyacar cultive des légumes de plein champ à Brangues (Isère). Avec d'autres producteurs, ils ont créé une SARL afin de commercialiser leurs produits. L'idée étant d'optimiser la logistique et de maîtriser les coûts. Chaque semaine, ce sont près de 10 000 euros de marchandises transportées en moyenne. « Cela a été très informel jusqu'en 2011. Une exploitation avait un camion. Nous avons donc créé une SARL pour formaliser les choses et mieux répartir les coûts », témoigne Antonin Benyacar. La répartition des productions est faite en fonction des sols ou encore des envies. L'affaire fonctionne et le camion livre des magasins Biocoop en Savoie, Haute-Savoie ainsi qu'en Isère. La SARL a même été obligée de lâcher certains commerces, la demande étant trop importante.
Fournir des paniers en mutualisant la logistique
AlterConso se veut un système solidaire entre producteurs et consommateurs, à travers la distribution hebdomadaire de paniers agricoles locaux. Les différents produits sont cultivés à moins de 70 kilomètres de Lyon. Chaque semaine, ce sont près de 725 personnes qui en bénéficient. Trois formules, à différents prix, sont proposées. Le consommateur participe également, en plus et selon ses ressources, aux frais de fonctionnement. La durée minimale, après une période d'essai, est de six mois. De quoi assurer une stabilité et une prévisibilité. Cette structure souhaite ainsi permettre l'accès de tous à une agriculture locale de qualité à un prix abordable, dynamiser l'agriculture périurbaine, limiter les transports, réduire l'utilisation d'emballages ou encore créer des emplois. Au fil des années, d'autres acteurs sont arrivés. « Le marché lyonnais le permet, il n'y a pas de magasin de producteurs à Lyon. Cela nous a aussi obligés à nous redéfinir : c'est la solidarité et les demandes n'ont pas diminué », remarque Franck Gayet. À noter, la structure recherche actuellement des fruits. En savoir plus : alter-conso.org

Dans la Drôme, l'association Agri Court

Implantée dans la Drôme, cette structure était à l'origine portée par des parents d'élèves et des consommateurs. Leur objectif : trouver des produits locaux pour les cantines scolaires. Au terme d'une étude de faisabilité, ils constatent alors le besoin de la création d'une plateforme pour mettre en relation les agriculteurs et la restauration collective. Cet outil commercial et logistique verra ainsi le jour en 2011. De quoi soutenir et favoriser avant tout une offre locale, majoritairement issue de l'agriculture biologique et en circuit court. Une démarche récompensée, celle-ci fut en effet lauréate du quatrième prix de l'initiative en économie sociale 2014. « Au quotidien, nous réceptionnons les commandes, ramassons des produits et les livrons. Il y a également un travail de planification avec les producteurs. Il faut savoir précisément qui produit quoi et en quelles quantités », explique Élisabeth Moy, l'une des administratrices de l'association.
Agri Court travaille avec 80 à 100 producteurs de Drôme et d'Ardèche. S'il s'agit aujourd'hui d'une association, la structure devrait devenir sous peu une société coopérative d'intérêt collectif (Scic). Il faut dire que sa croissance est continue. Si elle n'est pas encore totalement indépendante, elle compte aujourd'hui six salariés (contre un à ses débuts). Côté logistique, l'association s'appuie sur deux camions (contre un auparavant). Outre les cantines (elle a d'ailleurs dernièrement remporté le marché des collèges du Département), la structure livre aussi quelques commerces, magasins et groupes de particuliers. En savoir plus : agricourt.fr. 

A. T.

 

Jacques Brochier témoigne
Jacques Brochier produit des légumes diversifiés à Montagneu (Isère). À travers son témoignage, l’exploitant a montré que l’on pouvait gagner sa vie grâce à cette activité. À 500 mètres d’altitude, il cultive 2 600 m² de culture en planche, dont 12 planches sous abri (576 m²) et 42 en plein champ (2 016 m²), soit 63 planches développées en plein champ et 30 sous abri, par an. Toutefois, l’exploitant a tenu à préciser que les revenus dépendaient beaucoup du travail fourni. Et, bien sûr, des consommateurs. Toute sa production est écoulée sur deux marchés hebdomadaires.

 

Avec des petites surfaces en maraîchage bio diversifié, comment produire et commercialiser sa production ?

Les enseignements d’une enquête menée dans le Rhône

Dominique Berry, référent technique régional maraîchage biologique à la chambre d’agriculture du Rhône, a présenté les différents facteurs de réussite mais aussi les points de vigilance à connaître en maraîchage bio diversifié, en s’appuyant sur une enquête menée dans le département du Rhône depuis 2005. En Rhône-Alpes, la surface agricole utile varie pour l’essentiel entre deux et cinq hectares. Quelques exploitations sont toutefois au-dessus de dix hectares, quand d’autres sont en dessous de deux hectares. Les résultats économiques de celles qui sont situées entre deux et cinq hectares varient en fonction de trois facteurs : la technicité du producteur, la structuration de l’outil de production ainsi que des modes de commercialisation. L’optimisation de ceux-ci permet ainsi d’augmenter le résultat d’exploitation et le revenu du producteur. Le maraîchage diversifié se caractérise par la diversité des cultures tout au long de l’année. Dominique Berry a d’ailleurs insisté sur cette notion de « surface développée ». Ce système permet notamment d’élargir le calendrier de production mais aussi celui de la commercialisation. D’après ses données, une part de 20 % de la surface développée sous abri par rapport à la surface développée totale semble être un objectif à atteindre. Cela, selon la précocité, l’altitude de la zone de production et le système commercial. Le temps de travail est aussi l’une des forces – ou une des faiblesses – du maraîchage diversifié. Il varie selon la structuration de l’exploitation, la technicité, le niveau d’équipement et l’organisation du travail. L’ancienneté peut également avoir un impact. L’étude a aussi montré qu’environ 47 % du temps de travail était consacré à la production, 32 % à la récolte-préparation, 15,8 % à la commercialisation et 5 % à l’administratif.