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Fruits et légumes

Des pommes européennes présentes sur les marchés russes

Malgré l'embargo, les pommes continuent d'arriver sur le marché russe, notamment grâce à des filières clandestines.
Des pommes européennes présentes sur les marchés russes

« C'est un embargo passoire ! On trouve de la pomme polonaise et même espagnole sur les marchés russes », a indiqué Jean-Louis Bounie, responsable du marché russe chez Perlim à l'occasion d'une table ronde sur les effets de l'embargo russe dans le cadre du salon méditerranéen des fruits et légumes MedFel à Perpignan le 21 avril. Bien qu'une filière ait été démantelée il y a trois semaines via la Biélorussie entraînant la mise en prison de 17 douaniers, les pommes européennes arrivent à se frayer un chemin vers le marché russe. « On note une forte présence de la production serbe cette campagne, les russes ont décidé d'enquêter, a-t-il ajouté. Il est donc possible de vendre des fruits en Russie. Les flibustiers moyennant beaucoup d'argent peuvent les faire entrer mais cela sous-entend une augmentation du prix de la pomme pour le consommateur. Nous recommençons à vendre nos Golden ces jours-ci et nous en vendrons jusqu'en juillet. » Si le discours est optimiste, Eric Guasch, président de l'Association France-Russie temporise : « il faut remettre les choses dans un ordre légal. Les produits européens ne doivent pas quitter les pays européens sans leurs origines. Si nous voulons être cohérents et garder un cadre de discussion avec les autorités russes, il faut tenir compte de ce cadre légal. Cela ne veut pas dire que le commerce n'est pas possible avec les opérateurs russes. Il faut rappeler qu'un importateur russe a le droit d'importer des marchandises d'origine européenne et de les réexporter. C'est l'origine qui est sous embargo. »

"Il faut être prudent"

Quant à la levée de l'embargo, Jean-Louis Bounie est confiant : « je suis plutôt optimiste, les dirigeants vont vouloir mettre fin à ces sanctions mais le moins mal possible. La Russie n'a pas de paysans et peu de bras pour travailler dans les champs. Mais la levée de l'embargo ne veut pas dire reprise du marché solide. Les entreprises importatrices russes ont été fragilisées par l'embargo ce qui pourrait inquiéter les exportateurs français et européens. « Il faudra être prudent, certaines entreprises ont trop souffert de cet embargo. Il faudra faire des crédits donc le redémarrage sera très compliqué, ajoute Jean-Louis Bounie. De nombreux opérateurs travaillaient avec des structures moyennes, il y aura donc un danger énorme. ». « Si l'embargo se levait demain, il y aurait un problème de sécurisation financière », ajoute Eric Guasch.

Autres débouchés

Pour limiter les effets de l'embargo, les opérateurs ont dû trouver de nouveaux débouchés, mais « on n'ouvre pas un marché avec autant de facilité que cela », a rappelé Daniel Sauvaitre. Pour certains fruits il a fallu plus de dix ans avant de pouvoir exporter. Comme le kiwi vers la Corée du Sud. Loïc Evain, sous directeur des affaires sanitaires européennes et internationales à la DGAL invité du MEdfel sur les questions de barrières phytosanitaires au commerce était fier d'annoncer l'ouverture prochaine du Vietnam aux pommes françaises. Des inspecteurs vietnamiens sont attendus début juillet en France. « Il sera peut-être possible d'exporter dès la prochaine campagne vers le Vietnam. Et l'Afrique du Sud pourrait suivre car des analyses de risques pourraient se débloquer dans le courant du mois. » Le Vietnam en tout cas est une aubaine. « Ils importent plus de 100 000 tonnes de pommes par an venant en grande partie du Chine. Un marché qui importe autant cela nous intéresse, a ajouté Daniel Sauvaitre. C'est un travail de longue haleine mais il est nécessaire car il y a des parts de marché à prendre. »

Daisy Le Huic (Actuagri)