Accès au contenu

Des vaches highlands, nouveau souffle de l’abbaye

Notre-Dame-des-Neiges / Cela fait désormais plus de trois ans que les sœurs cisterciennes de l’abbaye Notre-Dame-des-Neiges sont établies au cœur du domaine de Saint-Laurent-Laval-d’Aurelle (Ardèche), reprenant la suite des frères trappistes. Durant ce laps de temps, plusieurs évènements ont animé la vie sacrée mais aussi quotidienne des sœurs.

Par M.M.
Des vaches highlands, nouveau souffle de l’abbaye
©Notre_Dame_des_Neiges
Les vaches highlands, rustiques, vivent dehors toute l'année.

Perchée à 1 100 m d’altitude, si l’abbaye semble endormie dans son écrin de verdure, les apparences sont trompeuses. Pour lever le voile, il faut d’abord se rendre dans le laboratoire de produits ménagers naturels, mis en œuvre peu après leur installation, véritable fourmilière où plusieurs sœurs s’affairent. Baptisée « Air des neiges », leur marque est loin d’être la seule activité de la communauté. Au détour d’un cloître, au cœur des murs épais de l’imposante bâtisse ou dans les champs, les sœurs, lorsqu’elles ne sont pas en prière, fourmillent de projets, parmi lesquels le développement de leur exploitation agricole. Avec 100 ha de terres et 350 ha de forêts, malgré un emploi du temps chargé et un climat rigoureux, elles s’investissent pleinement pour redonner à l’abbaye son dynamisme agricole et contribuer à celui du territoire.

Naissances à l’abbaye

En décembre 2024, elles ont accueilli 4 vaches adultes de race highland, 4 génisses et 1 taureau. « Nous avons eu notre première naissance en janvier », s’enthousiasme sœur Marine, en charge du volet agricole à l’abbaye. Si le troupeau vit dehors toute l’année, l’une des vaches s’est isolée au cœur de la forêt pour vêler, en janvier dernier. « C’est bouleversant ! Elle manquait à l’appel, elle est partie trouver un endroit qu’elle aimait bien », confie la sœur avec tendresse. Depuis, un autre veau est venu agrandir le troupeau, pour le plus grand plaisir des religieuses. Nommés Belledent et Balltrap, les 2 veaux grandissent paisiblement dans la douceur du printemps. Pour diversifier leur cheptel, les sœurs vont opter pour un taureau noir, plus rare. « C’est un gène récessif, esthétiquement, cela va être intéressant. » Originaire d’Écosse, la race fait partie des plus anciennes au monde. Et les highlands embrassent le rythme de la montagne. Avec une courbe de croissance très lente, il faut environ dix-huit mois pour valoriser la viande. Les religieuses souhaiteraient mettre en place une activité pour la viande séchée, en partie pour leur propre consommation. À terme, elles aspirent à constituer un troupeau d’une vingtaine de mères, afin d’atteindre leur rythme de croisière.

Recréer un havre de biodiversité

Hormis les highlands, l’abbaye dispose de terres arables destinées aux céréales. L’an dernier, les sœurs avaient planté du blé ancien, transformé ensuite en nouilles. Au total, elles cultivent 11 ha de céréales. Si le blé et le seigle ont été conservés pour leur propre consommation et pour complémenter l’alimentation des vaches, elles ont également tenté de faire pousser du sarrasin pour la farine. « L’an passé, nous avons mal géré la conservation. Le grain avait été moissonné humide », explique sœur Marine. Mais il restait assez de graines pour retenter l’expérience cette année, surtout dans le cadre de la rotation des cultures. « Nous souhaitons éviter au maximum le labour », ajoute-t-elle. Dans une démarche plus large de revitalisation des sols, elles ont à cœur de favoriser la biodiversité du domaine. « Nous avons également suivi une formation avec la chambre d’agriculture pour planter des haies. » Quant à l’eau, les sœurs ont la chance de disposer de 3 sources sur le site, utilisées à la fois pour l’abreuvement des vaches et pour l’irrigation. En dehors de l’agriculture, les sœurs ont entrepris des rénovations pour effacer les souvenirs encore vifs des inondations de 2024, qui avaient causé de nombreux dégâts. Entre travaux de remise en état et mises aux normes pour l’accueil des nombreux randonneurs sur le chemin de Stevenson, la boutique elle aussi fait peau neuve, et les aménagements du sol pour faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite prennent forme. Du côté de la forêt, le changement affleure aussi. Les sœurs ont changé de gestionnaire forestier, jugé trop éloigné, et ont mis en place un plan simple de gestion en futaie irrégulière avec l’association Sylv’ACCTES. « L’objectif est de mettre une partie en rewilding », s’amuse sœur Marine. Traduction : un réensauvagement destiné à mieux connaître la biodiversité qui se cache dans l’épaisse forêt. Pour mener à bien tous ces projets, la communauté est primordiale. Si les sœurs peuvent compter les unes sur les autres, elles peuvent aussi s’appuyer sur les nouvelles recrues. Depuis le 26 octobre 2025, elles ont accueilli Alix, et sont désormais 13 à occuper l’abbaye. Le 22 août prochain, une novice devrait encore grossir les rangs. « La belle endormie d’antan » revêt désormais le voile d’un dynamisme fringant, ouverte sur le monde et résolument ancrée dans son temps.

M.M.

Histoire /

La renaissance de l’abbaye

L’abbaye Notre-Dame-des-Neiges, c’est un havre de paix et de silence, bien connue des habitants des environs, mais sa réputation dépasse les frontières locales. Nichée aux confins de l’Ardèche et de la Lozère, elle accueille les esprits en quête de retraite spirituelle et offre une halte paisible aux marcheurs du chemin de Stevenson. Fondée en 1850 par 7 frères trappistes, provenant de l’abbaye Notre-Dame-d’Aiguebelle, dans la Drôme, l’abbaye prospère rapidement au cours du XIXe siècle, au point qu’un nouveau monastère est érigé en 1854. Bien qu’un incendie dévastateur en 1912 détruise le monastère, les frères trappistes, entreprennent, sans tarder, sa reconstruction. En 1949, l’abbaye se lance dans la vinification, une activité qui perdurera jusqu’au début des années 2000, assurant ainsi sa subsistance tout en renforçant sa renommée. Mais au début des années 2020, la communauté, affaiblie, prend la décision de quitter les lieux, passant le flambeau aux moniales de l’abbaye de Boulaur (Gers). À leur arrivée en 2022, les sœurs cisterciennes ne sont que 8 à occuper le monastère, mais elles seront bientôt rejointes par de jeunes sœurs. L’abbaye s’éveille alors. En 2024, elles commencent la fabrication de produits naturels à base de plantes, qu’elles vendent sur place, dans leur boutique. Le point de départ pour accomplir de nouveaux projets.